Cameroun - Prison de Kondengui : un détenu politique poignardé par l'assassin d'Avenur Ava
© Camer.be : Toto Jacques | 03 Mar 2026 13:05:12 | 2435Un prisonnier politique a été poignardé hier à la prison centrale de Kondengui. La victime, Michel Deugoue, a été attaquée avec une arme blanche par un codétenu. Son agresseur n'est autre que l'assassin présumé de l'artiste Avenur Ava, une figure culturelle camerounaise dont le meurtre avait marqué les esprits. L'incident relance le débat sur la sécurité des détenus et la gestion des profils sensibles au sein des établissements pénitentiaires.
Une agression aux motifs flous
Les circonstances exactes de la dispute restent à éclaircir. Selon des sources proches du dossier, une altercation aurait éclaté entre les deux hommes dans la cour de la prison. Le différend, dont la nature précise n'a pas été divulguée, a dégénéré en violence physique. L'agresseur, déjà incarcéré pour un meurtre, a utilisé une arme improvisée pour s'en prendre à Michel Deugoue. L'état de santé de la victime n'a pas été officiellement communiqué.
Le parcours judiciaire de Michel Deugoue
Michel Deugoue avait été interpellé en octobre 2025. Son arrestation faisait suite à son soutien affiché à Issa Tchiroma Bakary, candidat à la dernière élection présidentielle. Après son placement en garde à vue, il avait subi des séances de torture au commissariat central N°4 de Yaoundé. À l'époque, le commissaire Mindjom avait été directement indexé par des organisations de défense des droits de l'homme pour ces pratiques. Quatre mois plus tard, Michel Deugoue attend toujours d'être jugé par le tribunal militaire.
Une détention provisoire prolongée sans procès
Le cas de Michel Deugoue illustre la problématique des détentions provisoires prolongées au Cameroun. Depuis son incarcération à la prison de Kondengui, aucune audience ne lui a été accordée. Le tribunal militaire, compétent pour juger les infractions impliquant des civils et des militaires dans certaines circonstances, ne l'a pas encore convoqué. Cette situation le maintient dans l'incertitude judiciaire et l'expose aux risques liés à la promiscuité carcérale.
La cohabitation des profils sensibles
L'agression soulève une question fondamentale sur la gestion des détenus dans les prisons camerounaises. Comment expliquer qu'un prisonnier politique et un assassin condamné pour un meurtre médiatisé se retrouvent en contact direct ? Le manque de moyens et la surpopulation carcérale sont souvent invoqués. Mais l'incident de Kondengui pointe aussi un possible défaut de classification et de séparation des profils au sein de l'établissement.
La torture préalable comme facteur aggravant
L'affaire ne se limite pas à l'agression. Le passé récent de Michel Deugoue inclut des sévices documentés lors de sa garde à vue. Ces actes de torture, attribués au commissaire Mindjom, n'ont à ce jour fait l'objet d'aucune poursuite publique. Cette impunité présumée affaiblit la confiance dans l'institution judiciaire et ajoute une couche d'inquiétude à un dossier déjà complexe.
Les implications pour les droits humains
À court terme, l'urgence est de garantir l'intégrité physique de Michel Deugoue et d'enquêter sur cette agression. À long terme, cet événement met en lumière deux défis majeurs pour le système judiciaire camerounais : l'élimination de la torture durant les gardes à vue et la réduction des délais de jugement. La prison politique reste un sujet sensible qui cristallise les critiques internationales envers le pays.
Comment un homme non jugé, déjà victime de torture, a-t-il pu être placé dans une situation où sa vie était exposée à un assassin multirécidiviste au sein même de la prison censée le protéger ?
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