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Cameroun - Ntam : un gendarme tue sa compagne puis se suicide

Un gendarme a abattu sa compagne de quatre balles devant son fils de 10 ans à Ntam avant de se suicider. Eyenga est la quatrième femme tuée cette semaine au Cameroun.

Incapable d'accepter la décision de sa compagne de mettre fin à leur relation, le major Essindi a ouvert le feu sur elle devant son enfant, puis a retourné l'arme contre lui. Eyenga est la quatrième victime de féminicide en une semaine au Cameroun.

Un enfant de 10 ans, pétrifié, regarde sa mère s'effondrer sous les balles. Quatre tirs. Un gendarme qui ne supporte pas la rupture. Puis le silence, et un second coup de feu cette fois, le militaire retourne l'arme contre lui. La scène s'est déroulée ce matin à Ntam, dans la région de l'Est du Cameroun. Eyenga, la victime, est la quatrième femme assassinée cette semaine au Cameroun. Quatrième. En sept jours. Le pays, déjà secoué par une vague de féminicides d'une ampleur inédite, pleure encore une vie fauchée par la violence d'un homme qui n'a pas accepté d'être quitté. Mais ce drame, aussi terrible soit-il, n'est pas un fait divers isolé. Il est le symptôme d'une crise profonde, celle d'une société où les femmes paient de leur vie le droit de dire non.

Le drame de Ntam : un féminicide sous les yeux d'un enfant

Ce matin, le calme de Ntam, un village de la région de l'Est du Cameroun, a été brisé par une déflagration. Quatre coups de feu. Puis un cinquième. Quand les habitants se sont approchés, ils ont découvert deux corps.

Le major Essindi, gendarme en service, venait d'abattre sa compagne, Eyenga, de quatre balles. Le motif ? Elle avait décidé de mettre fin à leur relation. Il n'a pas supporté cette décision.

Le drame atteint son paroxysme dans l'horreur : le fils d'Eyenga, âgé de 10 ans, a été témoin de la scène. Il a vu sa mère tomber sous les tirs de celui qui partageait sa vie. Puis il a vu le gendarme retourner l'arme contre lui.

Quatrième féminicide en une semaine

Le Cameroun, ces derniers jours, vit au rythme des drames. Eyenga est la quatrième femme tuée cette semaine. Une semaine.

Depuis le début de l'année 2026, plus de 60 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint, ex-conjoint ou d'un proche. Rien qu'entre janvier et avril, l'État a officiellement enregistré 50 cas de féminicide. La société civile estime désormais le total à plus de 60.

Ces chiffres, déjà alarmants, prennent une dimension tragique lorsqu'on les compare aux années précédentes : 50 féminicides en 2023, 67 en 2024, 77 en 2025. Soit une augmentation de 54 % en deux ans.

« Le silence est synonyme de complicité »

Face à cette hécatombe, des voix s'élèvent. La footballeuse camerounaise Nchout Njoya Ajara, figure nationale, a pris la parole : « Être une femme au Cameroun ne devrait jamais être un risque ». Elle a ajouté : « Face à la vague tragique de féminicides qui a frappé notre pays ces derniers jours, le silence est synonyme de complicité ».

Des associations dénoncent l'inaction de l'État. Mandela Center International, ONG internationale, a averti le gouvernement : en cas de persistance de son « inaction ou laxisme », sa responsabilité nationale et internationale sera engagée. L'organisation pointe un « mécanisme national unifié et fiable de recensement » absent.

Un phénomène qui interroge la société camerounaise

Le drame de Ntam, comme les dizaines d'autres qui ont secoué le Cameroun cette année, pose une question fondamentale : pourquoi tant de femmes paient-elles de leur vie le simple fait de vouloir quitter un homme ?

Bertin Noa, coordinateur national de l'Association Mani SOS Veuves et Femmes Violentées, résume l'indicible : « Derrière chaque femme tuée, battue, violée ou humiliée, il y a une vie brisée, une famille traumatisée et parfois des enfants qui grandissent avec une blessure qui ne se refermera jamais ».

Le cas d'Eyenga est emblématique. Un enfant de 10 ans témoin du meurtre de sa mère. Un gendarme, censé incarner l'ordre et la protection, qui devient bourreau. Une rupture amoureuse qui se transforme en crime de sang.

Que fait l'État ?

Le gouvernement a reconnu l'ampleur du phénomène. Le ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille a signalé 50 cas de féminicide entre janvier et avril 2026, accompagnés de 166 viols, 13 infanticides et 3 enlèvements. Des « Gender Desks » sont en cours de mise en place.

Mais pour beaucoup, ces mesures sont insuffisantes. La légèreté des condamnations et l'absence de politique structurelle d'envergure sont dénoncées. Pendant ce temps, le rythme des féminicides s'accélère : huit femmes ont été tuées en huit jours à la fin du mois d'août.

Un signal d'alarme pour tout le Cameroun

Le drame de Ntam n'est pas un fait divers. C'est un signal d'alarme. Il dit l'urgence d'agir, de protéger les femmes, de punir les auteurs, de briser le silence.

Eyenga est la quatrième femme tuée cette semaine. Combien faudra-t-il encore avant que les mots deviennent des actes ? Combien d'enfants devront assister au meurtre de leur mère avant que la société camerounaise ne se décide à dire : « plus jamais ça » ?

L'heure n'est plus aux discours. L'heure est à l'action. Car chaque femme tuée est une vie volée, une famille brisée, un enfant meurtri à jamais.

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