CAMEROUN :: 1200 jours dans le Local 131, le calvaire d'Amadou Vamoulke :: CAMEROON
© Camer.be : Paul Moutila | 23 Feb 2026 00:45:56 | 636Mètres carrés par détenu, nuits sans sommeil, neuropathie qui progresse. Amadou Vamoulke, ancien directeur général de la CRTV, cumule plus de 1200 jours de détention à la Prison centrale de Kondengui. Son crime présumé ? Avoir "gonflé" la Redevance amp-audiovisuelle. Son calvaire réel ? Une machine judiciaire qui broie sans preuve.
Le profil d'un homme tombé en disgrâce
Amadou Vamoulke n'est pas un inconnu. Ancien président de l'Union des Journalistes du Cameroun, il a dirigé la Cameroon Radio Television. À sa nomination, il refuse le salaire indécent de son prédécesseur et le divise par quatre. Il signe un mémorandum pour la libéralisation de l'amp-audiovisuel. Il forge le slogan "au cœur de la Nation" pour réconcilier le public avec sa télévision publique. Cette réputation d'électron libre lui sera fatale.
L'accusation qui défie la logique
La justice lui reproche un "détournement de deniers publics par gonflement artificiel de la Redevance Audiovisuelle". Problème : l'instruction établit qu'il n'y a eu ni détournement, ni gonflement, ni perte d'argent. La Redevance est un impôt géré exclusivement par le Trésorier Payeur Général. Comment Vamoulke, depuis son bureau, aurait-il pu manipuler les livres comptables de l'État ? La justice camerounaise l'admet pourtant, contre tout bon sens.
Le record des 24 renvois
Depuis son incarcération le 29 juillet 2016, son procès a été renvoyé 24 fois. Vingt-quatre. Chaque audience s'apparente à une comédie dramatique où les règles du droit sont suspendues. Les délais légaux de détention provisoire sont fixés à neuf mois par la Loi. Vamoulke en cumule plus de 1200 jours. Mais au Cameroun, quand la justice viole la Loi, aucun recours n'existe.
La mécanique d'une justice aux ordres
Le témoignage de Vamoulke révèle le fonctionnement réel du système. Des juges reçoivent pour instruction de leur "hiérarchie" de "défendre la position du ministère public jusqu'à l'absurde". La séparation des pouvoirs, principe fondamental censé empêcher le Garde des Sceaux de s'immiscer dans les procédures, n'est qu'un slogan. L'indépendance de la justice n'existe pas.
Le refus de soins, arme de destruction silencieuse
La neuropathie sévère dont souffre Vamoulke a été diagnostiquée par des spécialistes camerounais et étrangers. Tous ont demandé son évacuation sanitaire urgente. L'absence d'infrastructures adaptées au Cameroun rend les soins impossibles. Le risque de paralysie est avéré. Pourtant, le Tribunal refuse sa mise en liberté provisoire le 28 novembre. Des "criminels" condamnés sont libérés pour raisons médicales. Lui, simple prévenu, doit rester.
Les vraies raisons de l'acharnement
Si ce n'est la carrière irréprochable de Vamoulke, alors quoi ? Il livre en vrac les griefs informels qui circulent dans les cercles du pouvoir. Un ministre lui reproche son passage à la CRTV. Les renseignements le jugent "hautain". Il aurait écarté l'entreprise de la fille du conseiller judiciaire du Chef de l'État. Surtout, il est considéré comme "non fiable", c'est-à-dire "incontrôlable". Dans un système qui verrouille tout, cette qualité devient un crime.
L'engrenage de la détention provisoire excessive
Le mécanisme est rodé. On inculpe sans charges solides. On maintient en détention au-delà des limites légales. On refuse les soins médicaux. On fait traîner les procédures. Les personnalités de haut rang qui tombent sous ce couperet ne s'en relèvent pas. Premiers ministres, ministres, recteurs, directeurs généraux, préfets : la liste des victimes de cette justice sélective s'allonge année après année.
Le coût humain de l'opération Épervier
Vingt ans après son lancement, l'Opération Épervier a produit des milliers de détenus. Mais a-t-elle produit une once de justice ? Vamoulke pose la question avec son corps qui s'éteint. La neuropathie progresse. Les jambes menacent de ne plus jamais porter un homme qui n'a commis aucun détournement. L'argent public, lui, dort toujours dans des comptes, pendant que l'État finance l'incarcération de ses victimes.
Quand la vérité finira-t-elle par se venger ?
"La vérité se venge, et quiconque la hait ou la méprise, tôt ou tard sera sa proie." Vamoulke cite ce penseur du XIXème siècle depuis sa cellule. Il veut continuer à espérer. Mais comment espérer quand un haut responsable du système aurait lancé, paraît-il : "Si vous m'attendez au jugement dernier, sachez que je n'y viendrai pas" ?
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