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CAMEROUN :: Biya contracte 85 milliards de FCFA de dette en quelques jours :: CAMEROON

Pendant que les démocraties débattent de leurs budgets devant les parlements, un homme signe des milliards d'un simple trait de stylo. Paul Biya vient de ratifier plus de 85 milliards de FCFA de nouveaux prêts internationaux, quelques jours seulement après avoir approuvé 1,65 trillion pour le développement national.

Aucun débat public. Aucun contrôle législatif. Seulement des décrets présidentiels tombés un lundi soir, validant des engagements financiers qui pèseront sur plusieurs générations de Camerounais.

Une accumulation de dette vertigineuse

Les chiffres donnent le vertige. 102 millions d'euros proviennent de la Finance du Commerce islamique. 30 millions de dollars supplémentaires arrivent de la Banque arabe. Les secteurs ciblés semblent nobles : agriculture, éducation, production de coton et de soja. Mais c'est le schéma global qui alarme les observateurs économiques.

Cette nouvelle vague d'endettement public s'inscrit dans un cycle désormais familier. Le Cameroun multiplie les emprunts sans que les mécanismes de contrôle démocratique ne puissent s'exercer pleinement. La concentration du pouvoir permet à une seule signature de décider de l'avenir financier d'une nation entière.

Quand gouverner devient emprunter

Le paradoxe est frappant. Alors que la plupart des démocraties modernes soumettent leurs emprunts à l'approbation parlementaire et au débat public, le Cameroun voit sa dette nationale gérée par décrets présidentiels. Cette pratique transforme l'emprunt en mode de gouvernance autoritaire, court-circuitant les instances de contrôle censées protéger l'intérêt des citoyens.

Les projets financés par ces prêts peuvent sembler justifiés individuellement. Mais l'accumulation rapide des engagements financiers soulève une question cruciale : qui contrôle réellement la trajectoire économique du pays ? La réponse tient dans une signature apposée un lundi soir, loin des regards et des contre-pouvoirs.

Le coût démocratique de l'opacité financière

Cette gestion unilatérale de la dette nationale illustre un dysfonctionnement structurel. Les nations africaines méritent une transparence budgétaire comparable à celle des démocraties consolidées. Les citoyens camerounais ont le droit de savoir comment et pourquoi leur pays s'endette, quelles garanties sont offertes et selon quelles modalités de remboursement.

La démocratie ne se résume pas aux élections périodiques. Elle implique une responsabilité permanente sur chaque franc emprunté au nom du peuple. L'absence de débat parlementaire sur des engagements de dizaines de milliards transforme la dette en destin imposé, plutôt qu'en choix collectif assumé.

Une trajectoire insoutenable

Le rythme actuel d'accumulation de dette interroge la soutenabilité économique du modèle camerounais. Quand emprunter devient la norme de gouvernance et que les contrôles démocratiques s'effacent, c'est l'avenir des générations futures qui se hypothèque dans le silence des décrets.

Les partenaires financiers internationaux portent aussi une responsabilité. Prêter à un régime qui contourne systématiquement les mécanismes de contrôle démocratique, c'est cautionner un système d'endettement opaque qui fragilise la souveraineté économique des États.

Combien de temps une nation peut-elle supporter cette frénésie d'emprunts avant que la facture ne devienne impossible à honorer, et qui paiera le prix de décennies de décisions prises sans contrôle ni transparence ?

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