Cameroun - Prise de parole de l’épiscopat : Invitation de Grégoire Owona par Shanda Tonme à la considération
© Correspondance : Shanda Tonme | 07 Jan 2025 13:41:03 | 3001Monsieur Grégoire Owona, Secrétaire général adjoint du Comité central du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), Ministre du Travail et de la Prévoyance sociale
Monsieur le Ministre,
Chaque fois que nous rejetterons, condamnerons, discriminerons et marginaliserons quelques-uns, quels que soient leurs statuts, simplement parce qu’ils auraient émis des critiques, formulé des propositions gênantes ou édicté des recommandations, nous contribuerons à fracturer d’avantage notre société et à fermer les portes de la réconciliation, du progrès et de la paix.
Votre dernière sortie, conseillant de ne pas ostraciser les Evêques, pour avoir demandé au chef de l’Etat de ne pas briguer un nouveau mandat à la tête de notre pays, m’a fortement plu et montré votre sens de la sagesse et du respect de l’opinion de tous. Plus que jamais, c’est de tous, avec tous, par tous et pour tous, que nous devons envisager le destin du Cameroun.
A la vérité, nous devons, et tous ensemble, sans exclusive, nous rappeler les leçons, dures et tristes des années de braise, cette décennie 1985 – 1995, radicalisant, dont notre société traîne encore comme une plaie chronique, les stigmates. Nous avions alors tous failli, à gauche comme à droite, en haut comme en bas et vice-versa.
Il ne me semble pas, et il ne viendra à l’esprit de personne de sensée, que les ministres du culte, aient vocation à renverser les pouvoirs politiques, et encore moins qu’ils agissent comme des mercenaires pour quelques politiciens tapis dans l’ombre. La seule réalité tangible, c’est que les humbles bergers de la foi, répercutent les messages, les inquiétudes, les attentes et les espoirs qui remontent des arcanes de leurs chapelles, mosquées, paroisses et temples. Ils sont la voix des fidèles, mais d’abord des citoyens concernés et parfois consternés par les orientations, les fautes et les erreurs des gouvernances politiques. Ils ne parlent pas pour eux, ils parlent pour les pauvres pécheurs venus se livrer opportunément en confession, et parfois effrayés par la marche des affaires de la cité. Voilà en fait de quoi il s’agit, et je suis heureux que vous en ayez une appréhension plutôt juste et sage. Les ostraciser serait la pire des réponses, la plus triste des stratégies de réparation de nos fautes collectives.
Toutefois, il va sans dire, qu’à force de sauter dans le train qui roule selon les trompettes de certaines proclamations qui excitent la cité à des révoltes immédiates, des compatriotes mal pensant, pourraient gratifier les ministres du culte, implicitement et malheureusement, des genres de rôle qui nous ont fait manquer voire rater lamentablement, les opportunités divines des années dites de braise. La priorité doit demeurer le dialogue, la tolérance, l’humilité et le pardon. Personne n’aura jamais entièrement tort, et jamais personne n’aura absolument raison. Ce qui est en cause, c’est le destin de millions de personnes, des enfants qui naissent et à naître, demain et après-demain.
En tout état de cause, un dialogue franc, honnête, sincère, inclusif et transparent est indispensable, y compris avec les ministres des cultes. Il me semble que vous le comprenez ainsi. Je vous en félicite amplement.
Avec ma fraternelle considération./.
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