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Recensement Cameroun 2026 : le fiasco d'un pays qui ne sait plus se compter

Trois prolongations, un budget explosé, des régions non couvertes : le quatrième recensement général du Cameroun s'achève sur un constat d'échec qui dépasse la simple statistique.

Le recensement général du Cameroun s'est achevé le 15 septembre 2026. Il devait durer un mois. Il en a duré cinq. Trois reports successifs, un budget passé de 13,3 à 19,3 milliards de FCFA, et un pays qui, 21 ans après son dernier dénombrement, n'a toujours pas réussi à compter ses habitants.

Derrière les communiqués officiels, une réalité que personne ne peut plus ignorer : le Cameroun ne sait pas combien il compte de citoyens. Et il le sait.

Trois reports, une seule évidence : le recensement n'était pas prêt

24 avril 2026. Les agents recenseurs sont déployés dans les dix régions du pays. Objectif : dénombrer la population, l'habitat, l'agriculture et l'élevage en un peu plus d'un mois. Une opération couplée, inédite, ambitieuse.

Le 29 mai, rien n'est terminé. Le 31 juillet non plus. Le 15 septembre, enfin, les opérations s'arrêtent — mais pas parce qu'elles sont achevées. Parce que le temps est écoulé. Encore.

Trois prolongations signées par Joseph Dion Ngute. Chaque arrêté promettait de « garantir la qualité des données » . Chaque report a révélé l'inverse.

Ce que les chiffres disent vraiment

Au 20 août 2026, l'UNFPA rapportait 20 686 611 personnes dénombrées, soit 68,6% de la couverture nationale . La cible initiale était de 30,142 millions d'habitants . Il manque près de dix millions de personnes.

Dans le Wouri, département qui abrite Douala, le retard oscillait entre 29% et 32,5% . Un tiers de la capitale économique n'a pas été compté. Des quartiers entiers de Yaoundé et Douala, absents de la cartographie initiale, n'ont jamais vu un agent recenseur .

Le taux de couverture national était encore inférieur à 60% au 24 juillet . Un mois et demi plus tard, il avait grignoté huit points. Trop peu. Trop tard.

La révolte des agents

Le 22 mai 2026, des agents recenseurs suspendent leurs activités. Ultimatum de 72 heures au gouvernement. Ils dénoncent des retards de paiement, des équipements obsolètes, des conditions de travail précaires et un « sentiment croissant d'abandon » .

Dans un mémorandum adressé au Premier ministre, ils réclament 150 000 FCFA de forfait, le paiement de la formation et la revalorisation du transport en zones enclavées .

Un agent déployé dans le Centre confie, sous couvert d'anonymat : « On nous avait présenté certaines sommes au départ. Mais une fois sur le terrain, nous avons découvert des retenues et des dépenses imprévues. Beaucoup d'agents ont le sentiment d'avoir été trompés » .

Des chefs d'équipe affirment avoir perçu les mêmes indemnités que leurs subordonnés, malgré des responsabilités supplémentaires .

Le Wouri, symbole d'un effondrement logistique

L'UNFPA a dépêché une mission d'audit à Douala du 17 au 20 août 2026. Les conclusions sont sans appel : « anomalies de saisie numérique CAPI, distorsions statistiques comme un taux aberrant de 113% à l'Est, démobilisation du personnel liée aux arriérés de frais de mission, démissions accompagnées de rétentions indues de tablettes » .

Des agents sont partis. Avec les tablettes. Les données sont peut-être dedans. Ou pas.

21 ans sans compter : le vrai scandale

Le dernier recensement datait de 2005. Les standards internationaux recommandent un dénombrement tous les dix ans . Le Cameroun a attendu 21 ans.

Pendant ces deux décennies, l'État a planifié ses écoles, ses hôpitaux, ses routes et ses dotations budgétaires sur des estimations . Des projections vieilles de vingt ans. Sur une population qui a explosé, s'est déplacée, s'est urbanisée.

Entre-temps, le pays a connu des crises sécuritaires dans le Nord-Ouest, le Sud-Ouest et l'Extrême-Nord. Des déplacements massifs de populations. Une explosion démographique urbaine .

Comment planifier un développement quand on ne connaît pas le nombre exact de ceux qu'on est censé servir ?

La confiance, deuxième victime du recensement

L'UDC de Patricia Tomaïno Ndam Njoya a publié une déclaration le 26 août 2026. Le parti « dénonce les prolongations à répétition » et « s'interroge sur la fiabilité des données » .

Pour l'UDC, le risque est que « les difficultés d'exécution viennent affaiblir la confiance accordée aux futurs résultats » . Le véritable test viendra après le 15 septembre.

Le Pr Jean Bahebeck avait déjà lancé l'alerte en mars 2026. Selon lui, le gouvernement veut « fabriquer les chiffres pour préparer les prochaines élections » . Une accusation grave, jamais démentie publiquement.

Le recensement s'achève dans un contexte pré-électoral. Un dénombrement qui s'étire fait forcément jaser .

Ce que personne ne dit

Le problème n'est pas seulement logistique. Il est structurel.

Le Cameroun a perdu l'expertise du dénombrement. Le BUCREP, l'organisme censé piloter l'opération, n'a pas organisé de recensement depuis 2005. Les équipes ont changé. Les savoir-faire se sont dilués.

La crise de liquidité qui frappe le pays a fait le reste. Le budget est passé de 13,3 à 19,3 milliards FCFA . Six milliards supplémentaires pour un résultat que personne ne défend.

Et au sommet, un leadership politique qui n'a jamais porté le projet. Le recensement n'a pas été une priorité nationale. Il a été une obligation administrative, repoussée jusqu'à l'absurde.

Les résultats préliminaires sont attendus pour 2027 . Ils seront contestés. Ils le sont déjà.

La question n'est pas de savoir si les chiffres seront fiables. La question est : à quoi bon dépenser 19 milliards FCFA pour un résultat que personne ne croira ?

Le Cameroun s'achève le 15 septembre 2026 avec un recensement inachevé, une confiance brisée et une question qui reste sans réponse : combien sommes-nous ?


Pourquoi le recensement camerounais a-t-il été prolongé trois fois ?
Officiellement, pour « garantir la qualité des données ». En réalité, les prolongations ont été causées par des difficultés logistiques, des retards de paiement des agents, une faible mobilisation des ménages et des quartiers entiers absents de la cartographie initiale.

Combien de personnes ont été recensées au Cameroun en 2026 ?
Au 20 août 2026, l'UNFPA rapportait 20 686 611 personnes dénombrées, soit 68,6% de la couverture nationale. La cible était de 30,142 millions d'habitants.

Le recensement camerounais est-il fiable ?
L'UDC et le Pr Jean Bahebeck ont publiquement exprimé des doutes. Des anomalies de saisie, des distorsions statistiques et des démissions d'agents avec rétention de tablettes ont été documentées par l'UNFPA.

Quand les résultats du recensement seront-ils publiés ?
Les résultats préliminaires sont attendus pour 2027, selon le calendrier officiel.

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