Belgique - Livre: Matonge. Une petite Afrique en plein cœur de Bruxelles de Hugues SEUMO
© Camer.be : Olivier Berhuse | 04 Aug 2020 10:12:00 | 9507Extraits....Ce samedi, il est 15 heures. C’est un bel après-midi en-soleillé d’un été caniculaire. Nous sommes à la sortie du métro "Porte de Namur". Nous prenons la chaussée de Wavre quand une clameur s’élève au ciel.
Les sonorités africaines déchirent l’air. Une grande fresque qui décrit une scène quotidienne des villes africaines se dresse là, au petit carrefour qui réunit les chaussées de Wavre et d’Ixelles.
Bienvenue à Matonge, le petit quartier de la commune d'Ixelles dans l’intersection de l’avenue du Trône, chaussée de Wavre et chaussée d’Ixelles au cœur de Bruxelles, la capi-tale européenne.
Sur la chaussée de Wavre, les voitures sont presqu’au ralenti.
Personne n’est pressé. Dans une berline décapotable, un homme vêtu d’un costume aux couleurs bien vives, toutes griffes dehors, cigare à la bouche, discute bruyamment avec un passant. C’est un "Ndeko"3 ou mieux encore un "Mwana-Kin"4
Sur un fond de musique comme seule la République Démocratique du Congo sait en produire, quelqu’un essaie de klaxonner. Il est apparem-ment pressé. Il s’est sûrement trompé de chemin. Car ce n’est pas par la chaussée de Wavre qu’on passe quand il est 15 heures, le samedi, en été. Si on est pressé. L’homme piaffe d’ impatience.
En fait, c’est un homme de type asiatique. Il n’est pas à sa place. Car "ici, on est chez nous". On est à Matonge. " On fait comme chez nous". Et il faut que " ça se voie". On entend alors, à chaque pas franchi, des interminables : " Mbote. Sango nini ? Sango malamu. Oza wapi ? "5.
De belles et jeunes femmes pressent le pas. Elles veulent profiter des soldes dans les galeries. Elles bousculent tout le monde à leur passage. Personne ne proteste. Certains hommes en profitent pour placer un ou deux mots. Ils espèrent. C’est l’été. Les mines sont radieuses. Et à Matonge, on sait en prendre son plaisir.
A l’intérieur des galeries, il faut avoir des tympans solides.
On crie, on braille, on court, on discute, on négocie, on danse. On se croirait dans un marché quelque part en Afrique.
Des Africains, parfois en famille, venus de différents pays d’Europe se retrouvent ici pour plusieurs raisons dont eux seuls connaissent la teneur. Les salons de coiffure tenus par les Africains abondent.
A côté des salons de coiffure, on y retrouve prêt-à-porter, magasins de téléphones, magasins de vivres exotiques, cafés, restaurants, autres petits commerces et beaucoup de "Nganda"6 . C’est un carrefour où des hommes et femmes d’origines diverses se rencontrent.
Outre l’informel, le marché noir fait de Matonge une zone de prédilection pour un grand nombre de jeunes Africains dans l’oisiveté à Bruxelles, et qui jouent ici le rôle de rabatteurs au profit des salons de coiffures ou d'onglerie.
A la sortie du métro, un rabatteur7 crie : " Mama Ciseau, Papa ciseau"8. Plus loin, d’autres vous accueillent : "pantalons, bijoux, vêtements de marque à 50 euros". Les marchands ambulants, toujours sur le qui-vive pour éviter les policiers, tentent de refourguer leur marchandise à des clients pressés. Mais attention aux arnaques et autres entourloupes. En heure de pointe, il faut se faufiler dans le joyeux fracas de ce quartier aux joies éruptives (....)
Cet essai est disponible sur ce lien et en librairie
Matonge, une petite Afrique en plein coeur de Bruxelles
Editeur : EDKBooks (27 janvier 2020)
Langue : Français
ISBN-13 : 979-8605295723
ASIN : B084B1BM19
Dimensions du produit : 12,7 x 0,5 x 20,3 cm
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