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Coronavirus au Cameroun : Qui a peur des chiffres ? :: CAMEROON

Les autorités sanitaires ne communiquent plus le nombre total de cas confirmés et de décès, une situation aux conséquences multiples.

Les Camerounais n’ont plus droit au quotidien à la situation épidémiologique du coronavirus dans leur pays. En tout cas pas entièrement. Seul le nombre de nouveaux cas confirmés et de nouveaux décès sont désormais communiqués au cours des points de presse journaliers sur l’évolution de la maladie. Les seules statistiques qui continuent d’être publiées entièrement sont celles des personnes ayant recouvré la santé. Tenez par exemple, le nombre total de guéris au 13 avril est de 130 personnes. Du reste, « la pandémie qui est rentrée dans sa phase de transmission communautaire a également connu l’augmentation du nombre de décès et de patients positifs », apprend-on lors du point de presse journalier du 13 avril. La situation dure depuis quelques jours.

« Très sensible à la nouvelle orientation que vous avez souhaité donner à notre communication, je vais donc m’employer désormais à ne publier simplement que des informations sur l’évolution de notre stratégie, les cas graves, les cas guéris, les décès et les mesures barrières », prévenait le ministre de la Santé publique, Malachie Manaouda, le 9 avril dernier. De sources proches du dossier, cette idée « originale » du Cameroun qui ne s’applique pour le moment dans aucun autre pays, aurait été instruite par la présidence de la République. L’objectif étant vraisemblablement de dédramatiser la situation et éviter la psychose. « On s’est rendu compte que les gens avaient de plus en plus peur et beaucoup ne pense qu’à la mort qui emporterait plusieurs au regard du nombre total de cas. Ils voient rarement l’espoir que suscite le nombre de guéris », tente-t-on de justifier au Minsanté.

L’idée est-elle vraiment bonne lorsqu’on sait qu’en matière de communication pour le changement le résultat s’obtient à partir du choc psychologique ? Ailleurs dans le monde, que ce soit en Italie, en Espagne, en France, en Afrique du Sud ou en Côte d’Ivoire, le nombre de décès et de cas confirmés rendus publics quotidiennement ont eu un impact sur le respect des gestes barrières, des mesures de confinement et de couvre-feu décidées par les autorités. Il ne faut toutefois pas nier la part de la culture spécifique en vigueur dans chacun de ces pays.

Les risques d’une non-communication des statistiques autour d’une pandémie pourraient avoir des conséquences sur la maîtrise de la situation. Primo, n’ayant plus une idée assez claire de l’évolution de la pandémie au niveau national, des compatriotes prendront de moins en moins peur, avec pour conséquence la non-observance stricte des mesures barrières, lesquelles peuvent aider à limiter la propagation du virus.

Secundo, l’indisponibilité des chiffres officiels donnera l’occasion à chacun, selon sa sensibilité et son agenda, de produire des statistiques et de les imposer à des followers sur les réseaux sociaux. Une option qui peut amplifier la psychose que souhaite limiter le gouvernement à travers sa nouvelle stratégie de communication.

L’autre risque c’est la banalisation de la maladie par des compatriotes. En tout état de cause, les statistiques sont importantes en ce sens qu’elles permettent de mesurer l’ampleur de la pandémie.

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