CAMEROUN :: Macron, l’immature :: CAMEROON
© Repères : Dominique MBASSI | 24 Feb 2020 00:48:00 | 2912Interpellé samedi 22 février par un activiste camerounais lors du Salon de l’agriculture, le président français n’a pas hésité à dévoiler en mondovision des secrets d’Etat sur le Cameroun et l’Afrique.
«Un président ne devrait pas dire ça ». Sans doute, Emmanuel Macron n’a pas lu ce livre de Gérard Davet et de Fabrice Lhomme, qui dévoilent les secrets d’Etat que François Hollande, son prédécesseur, leur a livrés. Et qu’il n’aurait jamais dû. Interpellé sans manière par un ‘’inconnu’’ au Salon de l’agriculture samedi 22 février, le président français a trahi les honneurs de sa fonction en violant les codes non écrits qui encadrent la parole d’un chef d’Etat. Il s’est alors mis à livrer des secrets d’Etat sur l’alternance en République démocratique du Congo ou sur ses collusions avec des chefs d’Etat africains et l’Union africaine dans la gestion de certains dossiers du continent.
« Moi je dis partout, je veux des dirigeants démocratiquement élus, et là où ils ne le sont pas, je travaillerai avec la société civile. Je mets la pression sur chacun et je travaille avec l’Union africaine et les organisations régionales pour mettre la pression », révèle, dans la posture du maître, l’actuel locataire de l’Elysée. Des révélations qui n’ont rien de révolutionnaires pour qui connait tant soit peu les usages de la Françafrique. Le président français balance davantage sur ses relations avec son homologue camerounais.
Dans une vidéo devenue rapidement virale, Emmanuel Macron s’exprime principalement sur deux sujets : la crise anglophone et Maurice Kamto. Il affirme : « J’ai mis la pression sur Paul Biya pour que d’abord il traite le sujet de la zone anglophone et ses opposants. J’avais dit, je ne veux pas qu’on se voie à Lyon tant qu’un Kamto n’est pas libéré, et il a été libéré parce qu’on a mis la pression. » Comme si le pouvoir a attendu ses pressions pour faire, comme jamais par le passé, des concessions afin d’apaiser la crise sociopolitique dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest.
Des pressions réelles
Même s’il est indéniable que Paul Biya a effectivement subi des pressions aussi bien pour la gestion de la crise anglophone que pour la libération du président du MRC. La preuve : celle-ci a surpris plus d’un au sein du sérail. S’agissant de la crise anglophone, Paul Biya lui-même a admis dans un discours que certains partenaires du Cameroun se sont risqués à des injonctions. Face à la presse à l’issue de sa rencontre avec Emmanuel Macron tenue en marge du sommet de Lyon, il a confié avoir rendu compte à son homologue français de la tenue du Grand dialogue national. Tout observateur note aussi que, après avoir longtemps hésité à lâcher du lest, le pouvoir de Yaoundé a donné un coup d’accélérateur à la décentralisation consacrée par la Constitution de 1996. Cette option épouse la vision de l’Elysée qui a toujours soutenu, au besoin en allant à l’encontre des options des acteurs comme les Etats-Unis, que la résolution de la crise anglophone sera politique, et passe notamment à travers une décentralisation plus poussée.
Mais de là à donner l’impression que Paul Biya n’agit que sous sa pression ou sur ses ordres, il n’y a qu’un pas allègrement franchi par Emmanuel Macron. Et le ton est injonctif : « Sur le président Biya je lui ai dit, il doit ouvrir le jeu, il doit décentraliser, il doit libérer les opposants politiques, il doit faire respecter les droits. Je mettrai tout ce qui est en mon pouvoir pour que cela aie lieu. Il faut que vous le sachiez ». Le président français pousse le bouchon plus loin en annonçant de quoi demain sera fait pour Paul Biya : « Là la situation est en train de se dégrader. Je vais appeler la semaine prochaine le président Biya et on mettra le maximum de pression pour que cette situation cesse. Je suis totalement au courant et totalement impliqué pour que les violences qui se passent au Cameroun et qui sont totalement intolérables cessent. Je fais le maximum. »
S’il ne désigne pas le responsable des violences et autres violations des droits de l’homme, en revanche le président français semble accréditer la thèse de son interlocuteur. Quand l’activiste lance : « Il y a un génocide au Cameroun », Emmanuel Macron rétorque : « Je sais ». Un tableau loin de la réalité. En dehors du fait qu’aucun génocide n’a cours au Cameroun, mieux la situation s’est nettement améliorée comme le reconnait le président de la Commission de l’Union africaine.
Mise en scène
Au-delà de la quintessence de son propos, à bien y regarder cette sortie ne relève pas du hasard. Tout porte à croire qu’il s’agit d’une séquence bien orchestrée. Il n’est qu’à voir le déroulement de la scène. Alors que Emmanuel Macron fait le tour de l’exposition, subitement Thiam Abdoulaye alias Calibri Calibro se met à hurler. Et presqu’aussitôt le protocole le conduit vers l’activiste bien connu des services de renseignements hexagonaux. Lui le fondateur de la Brigade anti-sardinards (BAS) arrivé en Europe de manière irrégulière et qui était en première ligne lors du saccage de l’ambassadeur du Cameroun en France.
D’ailleurs d’après un observateur, « les services spéciaux français ont bien positionné Calibri calibro ». Même si la mise en scène n’est pas parfaite : « Dans une foire, il est très difficile au premier coup d’identifier l’origine d’une interpellation. Or au premier cri, toute la sécurité et Macron se retournent spontanément vers la même cible et s’arrêtent. Ceci rappelle l’affaire JFK et Lee Harvey Oswald, le faux tueur vers qui tous les flics se sont retournés ».
Si la thèse d’une mise en scène est validée, que convient-il alors de comprendre ? Emmanuel Macron aurait voulu envoyer un message à Paul Biya qu’il s y serait pris autrement. En décrochant par exemple son téléphone. A moins qu’il ne s’agisse d’une manière d’humilier le président camerounais pour n’avoir pas cédé sur certains dossiers. Ou d’une démarche visant à se libérer lui-même d’une quelconque pression en prenant l’opinion internationale à témoin. Là encore, la manière trahit une certaine immaturité de Emmanuel Macron qui n’ignore pas que Paul Biya, désormais au soir d’un magistère de bientôt 38 ans, a vu défiler des présidents français qu’il a parfois défiés. Exemple le plus récent : le président camerounais a lancé cette pique à François Hollande venu au palais de l’Unité lui faire une leçon de démocratie: « Ne dure pas au pouvoir qui veut, mais dure au pouvoir qui peut ». Et l’Histoire donné raison à Paul Biya.
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