Débat sur le FCFA au Cameroun
© LE QUOTIDIEN DE L’ECONOMIE : Sylvain Andzongo | 18 Apr 2017 14:32:30 | 6177L’économiste Dieudonné Essomba pense que ce sont les dirigeants africains qui sont à blâmer si l’Afrique continue d’utiliser le FCFA.
L’un des économistes qui a déjà publié un article considérable sur le FCFA au Cameroun est Dieudonné Essomba. Sa position n’est pas très éloignée de celle de Michel Sapin. A la question de savoir ce que représenterait la sortie du CFA ? Il répond : « Incontestablement, elle serait une victoire contre la colonisation ». Mais, demande-t-il, seraitce une avancée vers le développement ?
« La réponse est clairement non, car le niveau de dépendance des pays qui ont le CFA n’est ni plus élevé, ni moins élevé que ceux qui ne l’utilisent pas », répond-il. Car, il n’y a aucune différence entre la situation économique du Cameroun, ou du Sénégal, avec celle du Ghana, du Kenya ou de la Mozambique, et encore moins avec les pays qui en sont sortis comme la Guinée, la Mauritanie ou Madagascar.
Par contre, argumente Dieudonné Essomba, le CFA fournit une occasion en or pour implanter le seul système capable d’élargir la marge de manoeuvre, la binarisation. Pourquoi ? Simplement parce, aux yeux des étrangers, l’utilisation du CFA comme monnaie majeure est plus rassurante qu’une monnaie purement camerounaise. Dieudonné Esomba poursuit : à supposer même que la France soit cette ennemie si accrochée à son CFA dont elle vit, est-il intelligent d’engager un combat ouvert ? L’économiste pense que la France n’est pas un petit ennemi. Et pour cause, par le passé, elle a montré de quoi elle est capable.
« Redoutable, sanguinaire et rusée, calculatrice à souhait, la dangereuse France a passé sa vie à tuer, à éliminer tous ceux qui ont tenté de toucher à son CFA et à ses intérêts. Quand vous voulez combattre un tel adversaire, vous allez le faire sur la rue, élaborer les stratégies sur la place publique, quelquefois en plein coeur de Paris, dans l’antre de l’ennemi ?
Tout d’abord, ce n’est pas sûr qu’elle vous laissera faire. Mais même si elle le fait pour des raisons stratégiques, vous êtesvous demandé si elle n’envoie pas ses espions, et qu’au moment même où vous élaborez votre stratégie de sortie, elle ne prépare pas sa riposte ? », raisonne M. Essomba. Sous un angle plus obtus, l’économiste rappelle que dans la convention de coopération monétaire entre la République française et les États membres de la BEAC signée le 23 novembre 1972, l’article 17 dispose que, « Tout État signataire peut dénoncer la présente Convention.
Cette décision prend effet à compter de la date de sa notification à l’État dépositaire. La négociation des arrangements nécessaires sera entreprise immédiatement entre les États signataires à la diligence de l’un quelconque d’entre eux. L’application de la Convention de Compte d’opérations prévue à l’article 9 ci-dessus est suspendue de plein droit à compter de la date de cette notification, en ce qui concerne cet État. »
« S’il y a donc quelqu’un à reprocher, conclut Dieudonné Essomba, c’est bien nos dirigeants qui n’utilisent pas ce droit ; d’où vient-il qu’ils vont manifester contre la France qui ne cesse d’ailleurs de leur proclamer que le destin du CFA appartient aux Africains ? »
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