Cameroun - Violences dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest : Des accusés notifiés
© Cameroon Tribune : Grégoire DJARMAILA | 14 Feb 2017 10:47:28 | 5481Après la première audience hier consacrée aux observations préliminaires, les deux affaires ont été renvoyées au 23 mars 2017.
Les avocats, plus d’une centaine, dont certains sont venus des régions du Nord-Ouest, du Sud-Ouest et du Littoral ont pris d’assaut hier la salle d’audience du Tribunal militaire de Yaoundé, situé au camp de l’Unité. Parmi les affaires inscrites au rôle de cette audience, deux étaient relatives aux violences dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. A 10h50, la présidente du tribunal, le colonel Abega Mbezoa épse Eko Eko ouvre l’audience.
Le ministère public est représenté par le chef de bataillon Pierrot Narcisse Nzie. Le greffier en chef, Me Mebenga déroule le premier ordre de mise en jugement direct concernant les trois co-accusés Mancho Bibixy alias BBC, Fontem Aforteka’a Neba et Nkongho Félix Agbor. Les trois ont été interpellés le 17 janvier 2017 et sont accusés de « coaction d’actes de terrorisme, d’hostilité contre la patrie, de sécession, de révolution, d’insurrection, d’outrages à corps constitués et aux fonctionnaires, de rébellion en groupe, défaut de CNI pour Mancho, de complicité d’actes de terrorisme, d’excitation à la guerre civile et de propagation de fausses nouvelles ».
Les esprits s’échauffent. Pour la sérénité de l’audience, la présidente rappelle les principes de discipline et le respect mutuel. Pour cette première audience, le temps est consacré aux observations préliminaires. Le collectif des avocats de la défense est conduit par Me Bernard Muna qu’entourent les anciens bâtonniers Me Charles Tchoungang, Patrice Monthé, Francis Sama, Eta-Bessong Junior. En arrière plan, on peut apercevoir, Me Claude Assira, le Pr Maurice Kamto.
Les débats achoppent très vite. L’interprète choisi a, de l’avis de tous, une prestation approximative. La défense dénonce la non-disponibilité des documents dans les deux langues officielles. La présidente du Tribunal promet qu’à la prochaine audience, l’acte d’accusation sera disponible en français et en anglais et un interprète plus apte sera requis. L’autre pomme de discorde se situe sur la liste des témoins que doit produire l’accusation. Le commissaire du gouvernement souhaite mettre à jour cette liste et la produire à la prochaine audience.
La défense crie au scandale. Par ailleurs, le collège des avocats de la défense s’interroge sur les raisons qui ont motivé le déferrement des accusés devant le tribunal militaire de Yaoundé alors que les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest disposent de juridictions militaires. Le ministère public convoque la loi N°2008/016 du 29 décembre 2009 portant organisation judiciaire militaire au Cameroun pour indiquer qu’ « en cas de circonstances exceptionnelles.., de menaces graves à l'ordre public, de la sécurité de l'Etat ou de terrorisme », le Tribunal militaire de Yaoundé peut exercer ses attributions sur l'ensemble du territoire national.
Puis la défense veut à tout prix donner une connotation politique au procès. Tous les intervenants (Me Bernard Muna, Charles Tchoungang, Eta-Bessong, Francis Sama, Patrice Monthé) se demandent si parler du fédéralisme constitue un crime ou un acte de terrorisme au Cameroun ? Pour le ministère public, les charges sont suffisamment graves pour que ces personnes soient déferrées devant cette juridiction.
Après plus de quatre heures de débat, la cause a été renvoyée au 23 mars 2017 tout comme celle concernant les cinq autres personnes (Penn Terence Khan, Veranso Stephen Vejaini, Tatah Elvis, Elvis Ndzanyuy, Che Saphyra Lum) accusées « d’actes de terrorisme, de sécession, d’insurrection, de rébellion, de complicité d’hostilité contre la patrie, de recel d’individus et de finan- cement d’actes de terrorisme »
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