Cameroun - Douala : Quand un prisonnier piège la justice
© La Nouvelle Expression : David Nouwou | 04 Jan 2017 10:26:46 | 8832Condamné à 10 ans d’emprisonnement ferme avec mandat de dépôt à l’audience, il n’avait pas rejoint la prison. Kamga Nenkam a été finalement coincé par ses poursuivants pour la première fois qu’il se présente au tribunal.
Le 21 décembre dernier, Jean Paul Kamga Nenkam, ancien administrateur directeur général de Marine Magistrale, qui court après une liberté provisoire depuis sa condamnation à 10 ans de prison par la Chambre criminelle du Tribunal de grande instance du Wouri, s’est présenté, pour la première fois, à la Cour d’appel du Littoral le 21 décembre 2016. Il était escorté par des gardiens de prison, comme s’il venait d’être extrait de la prison centrale de Douala, où il était supposé se trouver depuis six mois, après sa condamnation dans l’affaire l’opposant à Marine magistrale (2M) d’Edouard Fochivé.
Manifestement, il était sur le plan d’obtenir cette liberté provisoire, quand Edouard Fochivé, le Dg de 2M, dans un plaidoyer qui a tétanisé la salle, a placé les juges devant leurs responsabilités, en attirant l’attention du tribunal sur le fait que le prévenu, depuis sa condamnation, n’avait jamais séjourné en prison. Plus grave, soutient-il, qu’il est parti d’Europe pour venir tenter d’avoir sa liberté provisoire et repartir, peut-être, pour de bon.
Les juges de la collégialité ont renvoyé l’affaire au 21 janvier 2017. La grande première à l’issue de cette audience, c’est que Kamga Nenka qui n’avait jamais séjourné en prison d’après des sources à la prison de New-Bell et d’après l’accusation, devait y aller cette fois, puisqu’il était entre les mains des gardiens de prison. Un piège dans lequel il est manifestement tombé, puisqu’il ne s’attendait pas à un tel «scénario catastrophe», selon la partie civile.
Il faut rappeler que pour une affaire de détournement présumée de quelques 3 milliards F cfa au préjudice de 2M, Jean Paul Kamga Nenkam et sa fille Aurelie Distelle Kamga Nenkam, avaient été condamnés, le premier à 10 ans d’emprisonnement et la seconde à 5 ans d’emprisonnement avec « mandats d’arrêt à l’audience », selon l’expédition du 7 juin 2016 du tribunal de grande instance du Wouri, siégeant en matière criminelle. Les deux n’étaient pas au tribunal le jour de leur condamnation.
Mais entre temps, leur conseil a fait appel de la décision, en introduisant une demande de mise en liberté provisoire. Les avocats de 2M vont révéler avoir aperçu Kamga Nenka dans un avion qui le ramenait de Paris pour Douala le 16 novembre 2016, alors qu’une audience dans cette cause était prévue le 17 novembre.
Mais il ne s’était pas présenté à cette audience, comme d’ailleurs toutes les autres audiences antérieures, alors que c’est lui qui demandait la liberté provisoire. Les mêmes avocats disent aussi avoir la preuve qu’il a voyagé de Paris à Douala le 19 décembre 2016 pour assister, pour la première fois, à l’audience du 21 décembre 2016. Interrogé par La Nouvelle Expression, le régisseur n’a pas voulu se prononcer sur sa présence effective dans son pénitencier. Et a promis de se renseigner dans ses services.
Plusieurs questions fusent : comment ce prévenu a-t-il pu quitter le pays alors qu’il était condamné à une peine ferme ? Les juges étaient –ils au courant qu’il n’était pas en prison ? Par quel mécanisme a-t-il pu obtenir du régisseur de la prison centrale de Douala que des gardiens de prison l’escortent au tribunal, alors qu’il n‘était pas encore pensionnaire de leur pénitencier ? La suite de l’affaire s’annonce riche en rebondissements.
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