Cameroun - Sanctions du Cnc : Un coup d’épée dans l’eau ?
© Le Jour : Prince Nguimbous | 12 Dec 2016 09:02:34 | 7379Les précédentes sanctions prises contre les médias et leurs promoteurs ont simplement été ignorées.
S’achemine-t-on encore vers un bras de fer entre le Conseil national de la Communication et certains médias ? Oui, à bien lire la réalité du monde des médias au Cameroun. L’organe de régulation du secteur de la communication au Cameroun avec ces sanctions n’a aucune garantie de leur application. Avec plus de dix organes de presse provisoirement fermés, de quel moyen dispose le Cnc pour faire appliques ses décisions.
L’expérience du passé prouve les sanctions prises par le Cnc sont difficilement appliquées. L’affaire Afrique média est une illustration. En 2015, le Cnc avait décidé de fermer cette télévision pendant six mois pour manquement grave à l’éthique et déontologie en matière de communication sociale. La chaîne de télévision avait continué normalement de fonctionner. C’est deux mois après que les autorités administratives ont décidé de fermer Afrique Média. Un an avant, l’organe régulateur infligeait également une suspension de trois mois à trois journalistes de la chaîne Vision 4. Le Pdg de cette télévision, Jean-Pierre Amougou Belinga avait décidé suite à ces décisions de Cnc de saisir le Tribunal administratif pour annuler ces sanctions. Le Tribunal administratif avait donné raison à Jean Pierre Amougou Belinga.
Dans la même affaire, une procédure judiciaire avait été déclenchée contre Peter Essoka au Tribunal de première instance de Yaoundé, Centre administratif, pour abus de fonction. Après les sanctions prononcées mardi dernier à l’encontre du groupe l’Anecdote Jean Pierre Amougou Belinga a déclaré qu’il utilisera tous les moyens légaux afin que ces sanctions soient annulées. Le Pdg du groupe l’Anecdote avait précisé en son temps qu’il n’accordait aucun intérêt aux décisions du Cnc compte tenu des méthodes de travail des membres dudit conseil.
En juillet 2016, le Cnc a suspendu le journal l’Epervier pour une période de neuf mois. Les hebdomadaires la Nouvelle et Aurore plus étaient également dans la même liste. Mardi dernier ces journaux ont encore été suspendus alors qu’ils étaient déjà censés avoir fermés suite aux décisions rendues en juillet dernier. Ce qui se passe est que depuis ce mois de juillet, ces journaux paraissent sous une autre dénomination. L’Aurore Plus paraît depuis sous la dénomination Aurore. L’Epervier quant à lui est devenu Epervier Plus.
Au sujet de ce moyen mis en place par certains directeurs de publication pour contourner les décisions du Cnc, Francis Ampère Simo, spécialiste du droit de l’information et de la Communication explique : « Il faut faire la distinction entre entreprise de presse et organe de presse. C'est la même entreprise mais pas le même organe. La loi donne l'opportunité d'avoir plusieurs organes de presse.
Une entreprise éditrice peut avoir plus d'un organe de presse. Un même directeur de publication peut créer plusieurs organes de presse et les faire fonctionner au fur et à mesure qu'ils sont suspendus. C'est la permissivité de la loi de 90. Le régime de création est un régime de déclaration », explique l’enseignant de droit de la Communication qui précise que la loi en matière de création d’une entreprise de presse est poreuse.
Christophe Bobiokono, le directeur de publication du journal Kalara, par ailleurs membre du Cnc ayant écopé d’un avertissement mardi dernier déclare : « Je n’ai pas discuté avec un membre du Cnc au sujet de mon affaire. (…). Le moment viendra pour que je donne les raisons de cette non-participation. Au sujet du communiqué sur mon avertissement, je n’ai aucun commentaire », a conclu le jounraliste.
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