Cameroun - Jymmy Deffo : Itinéraire d’un clandestin
© Le Jour : Hiondi Nkam IV | 09 Jun 2016 08:58:18 | 8203Cet homme de 37 ans a traversé 10 pays et frôlé la mort pour vivre son rêve d’immigrer en Europe.
C’est le prototype du jeune camerounais bercé par le rêve du paradis occidental. Un CEPE obtenu dans la ville de Bafoussam, des études qu’il balbutie jusqu’en classe de 4e et voilà Jymmy Deffo qui s’ouvre la voie de l’aventure avec l’idée de rallier l’Europe en traversant le désert du Sahara. « J’ai décidé de vendre le salon de coiffure que je possédais. J’ai collecté 175.000 FCFA et j’étais prêt à me jeter à l’eau ».
Mais la maladie de sa mère viendra ponctionner ces réserves. Finalement, il s’élance en Septembre 2001 avec dans ses proches un joli pactole estimé à …20.000FCFA. Bafoussam- Foumbot-Foumban-Kouta ba- Banyo et déjà une première escale : « Je n’avais plus d’argent. A Banyo, je rencontre un ami d’enfance qui tient la Boutique de son grand frère et qui veut aussi partir ». Ils parviennent à rallier Madanga, 1e village nigérian à la frontière du Cameroun passent par Gounoudje le village suivant, avant de se poser à Lagos, la capitale nigériane où ils remettront le bleu de chauffe.
La galère au Nigeria
« On allait au marché pour se battre, tout était bon à prendre. En 3 mois et deux semaines j’ai pu épargner 45.000 nairas », déclare Jymmy. En Juin 2012, il se sépare de son ami lessivé par l’aventure. Il achète un faux papier français à 15.000 nairas et paie 500 nairas pour changer la photo sur le passeport et prend un avion pour Moscou. Une fois à l’aéroport de Moscou, Jymmy court dans les toilettes et se débarrasse de son document de voyage. Avant de se faire contrôler, il croise une femme visiblement âgée et se présente dans un anglais approximatif comme un congolais fuyant la guerre et qui a égaré tous ses papiers.
Grâce à son entregent, la femme parvient à extirper le jeune homme de l’aéroport et l’héberge chez elle. Jymmy croit alors s’être ouvert une voie royale vers l’eldorado européen mais c’était sans compter avec la libido exacerbée de la Russe qui décide d’en faire un objet sexuel. Il tente de s’enfuir vers la France mais est rattrapé à l’aéroport par l’immigration qui avait été alerté par sa compagne sur son statut. Menotté, Jymmy est conduit dans une cellule. Le lendemain il est rapatrié manu militari vers le Nigeria son pays de provenance.
Emprisonné pendant 3 mois au Nigeria, Jymmy ressort des geôles, malade. A l’Ambassade du Cameroun on lui remet 50.000 nairas pour son retour au pays. « Au lieu de rentrer et de reconnaitre mon échec je me suis entêté, avec cet argent j’ai pris la route du Benin », reconnait-t-il. Et au Benin Jimmy dérive. Il sombre dans le trafic de marijuana qu’il achète bon marché au Ghana. S’étant fait une santé financière il décide de repartir à l’assaut de l’Europe. Il passe par le Mali, traverse le désert à pied pour rejoindre Banjul, la capitale gambienne.
A Banjul, l’aventurier croise une espagnole et c’est reparti pour une autre randonnée sexuelle tintée de drogue et d’alcool.
La mort de 23 clandestins
« J’ai une fois de plus volé l’argent de l’espagnole et je me suis enfui. J’ai contacté des passeurs prêts à me faire traverser pour l’Espagne avec de petits bateaux dont certains avaient la forme de vessie. La traversé coutait 200 dinars ». Convaincu, Jymmy s’élance. Cette nuit-là, ils sont 30 à embarquer dans un petit bateau dans l’espoir de rejoindre les côtes espagnoles.
« Il y avait des Sierra-Léonais, des Maliens des Gambiens et plusieurs autres nationalités. J’étais le seul Camerounais. Nous sommes partis vers 23h et après 4h nous étions tout prêt de la côte que nous apercevions au loin ». Si près du but mais aussi d’un drame qui va définitivement enterrer le rêve de Jymmy. « Le bateau a chaviré je ne sais pas exactement ce qui s’est passé c’était la panique générale. Un bloc de fer est tombé sur ma jambe, j’ai cru que j’allais mourir ». Quelques minutes après avoir constaté le drame les passeurs réussissent à redresser le bateau.
Eprouvés ils déclarent ne pas pouvoir continuer le périple. Mais les clandestins ne l’attendent pas de cette oreille et refusent de rebrousser chemin. Gravement blessés pour certains, ils se voient tout proche du but et décident de se jeter à l’eau pour rejoindre l’Espagne. Cet entêtement scellera le sort de 23 clandestins qui mourront lors de cette folie collective.
Sept vont s’en tirer, repêchés par des patrouilles espagnoles. Sept rescapés dont Jymmy toujours hanté par cet épisode qui a failli lui coûter la vie : « Ils ne nous ont donné aucun soins alors qu’on était gravement blessés. Ils sont allés nous jeter dans le désert du Sahara où j’ai connu la vraie galère », raconte encore ce rescapé du désert.
Sans le moindre sous ils sont embarqués pour le Mali. Après 14h de route ils rallient Bamako. Le début de la résurrection. Amaigri, les yeux livides et le ventre ballonné, Jimmy suscite la pitié. Toujours blessé à la jambe, il a besoin de soins. Les camerounais de Bamako cotisent 450.000 FCFA pour lui permettre de rentrer au pays.
Le grand retour au Cameroun a lieu un soir de Septembre 2011. « Ma famille était présente à l’aéroport. Mes frères ont eu du mal à me reconnaitre j’étais tout maigre » se rappelle Jymmy. Opéré à la jambe il se remet à marcher et retrouve son métier : Celui de coiffeur !
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