Cameroun - Condamnation d’Hissene Habré : Comment la nouvelle est accueillie à Garoua ?
© Le Jour : Adolarc Lamissia | 02 Jun 2016 02:17:11 | 5730Reportage dans une communauté tchadienne basée dans la capitale régionale du Nord.
Les commentaires vont bon train depuis le verdict rendu par la Cour spécial Africaine de justice dans l’affaire Hissene Habré, l’ex président tchadien condamné à perpétuité pour crime contre l’humanité et crime de guerre et viols. Dans ce quartier Yelwa à Graoua où une forte communauté tchadienne vit, la satisfaction se lisait sur les visages de certains.
C’est le cas de ce groupe de réfugiés tchadiens. Autour d’une table de damier, ils repassent en revue le procès Hissene Habré qu’ils suivent via les médias. Le plus jeune d’entre eux n’a que 27 ans. Il se prénomme Emmanuel Janvier. Il vit à Garoua avec sa mère, ses deux frères et son oncle depuis octobre 1990. Il n’a pas connu son père, un infirmier. Il a été tué par les agents de la Direction de la documentation et de la sécurité (Dds) la police politique de Hissene Habré. Il n’avait que 16 mois. Depuis l’annonce du verdict lui et certains de ses compatriotes savourent leur victoire.
« C’est la justice qui a été rendue et je ne peux que rendre gloire à Dieu », affirme Emmanuel Janvier. Dans ce débat, les joueurs du damier sont partagés en deux camps. Ceux qui crient à la victoire et ceux qui croient qu’il s’agit d’un procès théâtralisé. Une vive discussion entre ce groupe de réfugiés tchadiens est suivie de près par les amis Camerounais d’Emmanuel.
Pour les autres membres du groupe, le verdict du vrai procès des crimes commis sous le régime Habré n’a pas encore été rendu.
« Nous sommes aussi des victimes du régime Habré. J’ai tout perdu pour venir reconstruire une nouvelle vie ici au Cameroun à cause du régime Habré. Ce verdict ne me satisfait pas. Pour la simple raison que les complices de ce dictateur sont encore dehors. J’ai perdu beaucoup de membres de ma famille entre 1987 et 1990. Les auteurs de ce crime sont encore vivants et sont connus de tous. Non ! Je ne suis pas satisfait du théâtre qui vient de s’achever à Dakar » ; proteste Lazare Soussé, un refugié tchadien.
Puis il verse une goutte de larme. Il est immédiatement réconforté par son jeune compatriote Emmanuel. Juste le temps de se faire sécher les larmes et la discussion reprend entre les compatriotes de l’ex dictateur tchadien.
« Il y a un autre complice qui court. Nous voulons qu’Idriss Deby soit aussi jugé. Parce qu’il était le bras droit d’Hissene Habré », souhaite Mahamat Saleh, un autre réfugié tchadien. Selon lui, pour éviter qu’un autre crime de ce genre de se reproduise, il faudra que les complices d’Habré soient aussi jugés et punis.
Avis que ne partage pas un autre tchadien. « Crois-tu qu’il est son complice ? Pourquoi l’avoir chassé du pouvoir s’ils étaient complices ? » Rétorque Ousmane Tiguir. Au consulat du Tchad à Garoua, ils vont et viennent pour partager leur joie. Hamid Oumar Nassour, le consul du Tchad à Garoua évoque une justice pour l’histoire.
« C’est la victoire du peuple et nous sommes satisfait » a-t-il déclaré. Une doha et un verre de thé et à la fin tous prient pour que Dieu pardonne à Hissene Habré et que les familles commencent véritablement le deuil de leur proche estimés à plusieurs dizaines de milliers de victimes.
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