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GéOPOLITIQUE

Zelensky, « dictateur » ou bouc émissaire ? Le vrai débat

Donald Trump a publiquement appelé à remplacer Volodymyr Zelensky, tandis qu'un accord diesel avec Poutine et des manœuvres autour du général Zaloujny dessinent un scénario de changement de pouvoir à Kiev.

Dix mots ont suffi. « Je pense que l'Ukraine devrait avoir un nouveau président. » Prononcée par Donald Trump devant des journalistes, cette phrase a fait l'effet d'une détonation dans les chancelleries européennes. En une déclaration, le président américain a remis en cause la légitimité du dirigeant ukrainien, ouvert la porte à une alternance à Kiev, et laissé entendre que Washington pourrait cesser de soutenir l'homme qui incarne la résistance ukrainienne depuis février 2022. Mais derrière l'effet d'annonce, que sait-on vraiment ? Quels sont les faits vérifiés, les hypothèses crédibles et les zones d'ombre ? Enquête.

L'appel téléphonique qui a tout changé

Le 10 octobre 2026, Donald Trump s'entretient au téléphone avec Vladimir Poutine. L'échange, confirmé par la Maison-Blanche, porte sur un sujet inattendu : le diesel. Selon les informations disponibles, un accord prévoit que la Russie fournisse immédiatement plus de 300 000 tonnes de diesel aux marchés américain et mondial, puis 500 000 tonnes en novembre et un million de tonnes supplémentaires par la suite. Objectif affiché : faire baisser les prix du carburant aux États-Unis avant les élections de mi-mandat de novembre.

Mais l'accord ne s'arrête pas là. Le même jour, Trump déclare devant des journalistes que la Russie est « disposée à conclure un accord pour mettre fin au conflit en Ukraine ». Il ajoute : « Pour une raison ou une autre, M. Zelensky ne veut pas d'accord ». Et il lance l'appel qui a fait le tour du monde : « Le président Poutine souhaite vivement voir un règlement. [...] Je pense que l'Ukraine devrait avoir un nouveau président. »

La réaction de Zelensky ne se fait pas attendre. Le lendemain, il critique l'accord diesel, avertissant que « des revenus énergétiques supplémentaires contribueraient à financer les opérations de la Russie en Ukraine ». Une manière de dire ce que tout le monde comprend à Kiev : Trump vient de tendre une bouée économique à Poutine, sans rien obtenir en échange pour l'Ukraine.

Trump peut-il vraiment imposer un nouveau président ?

La question mérite d'être posée. Aux États-Unis, le président ne dispose d'aucun pouvoir pour destituer un dirigeant étranger. Trump ne peut ni organiser des élections en Ukraine, ni imposer un candidat. Mais il peut faire bien pire : couper les vivres.

Depuis son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025, Trump a considérablement réduit l'aide militaire et financière américaine à Kiev. En juin 2026, la Chambre des représentants a voté un nouveau paquet d'aide de 8 milliards de dollars en prêts militaires, avec le soutien de six républicains qui ont rejoint les démocrates pour forcer le vote. Un camouflet pour Trump, qui avait refusé tout nouveau financement.

Mais le message est clair : sans les États-Unis, l'Ukraine ne peut pas tenir indéfiniment. L'Europe, malgré ses efforts, ne compense pas le retrait américain. Et c'est précisément là que réside le pouvoir de Trump : pas dans la nomination d'un successeur, mais dans la capacité de priver Zelensky des moyens de se maintenir au pouvoir.

Zelensky est-il un « dictateur » ? La question qui divise

Le mandat présidentiel de Volodymyr Zelensky a officiellement expiré le 20 mai 2024. La Constitution ukrainienne prévoit que les élections ne peuvent pas se tenir sous la loi martiale, en vigueur depuis février 2022. Mais cette situation crée une zone grise juridique que certains exploitent.

Vladimir Poutine a été le premier à sauter sur l'occasion : « Le mandat présidentiel de Zelensky a expiré, ainsi que sa légitimité, qui ne peut être restaurée par aucun moyen ». Une position reprise par une partie de l'opposition ukrainienne, qui soutient que le pouvoir aurait dû être transféré au président du Parlement, Rouslan Stefantchouk.

La réalité est plus complexe. La Constitution ukrainienne ne prévoit pas explicitement de prolongation automatique du mandat présidentiel en cas de loi martiale. Elle mentionne uniquement la possibilité pour le Parlement d'étendre ses propres pouvoirs et l'impossibilité d'organiser des élections. Les rédacteurs de la Constitution craignaient qu'un futur président ne proclame la loi martiale précisément pour empêcher sa destitution.

Alors, Zelensky est-il un dictateur ? Le terme est excessif. Il n'a pas suspendu le Parlement, ni fait emprisonner ses opposants, ni instauré un régime de terreur. Mais la question de la légitimité de sa prolongation reste ouverte. Et elle alimente un narratif russe qui trouve un écho grandissant à Washington.

Zaloujny, l'homme qui pourrait remplacer Zelensky

Son nom revient partout. Valeri Zaloujny, ancien commandant en chef des forces armées ukrainiennes, limogé par Zelensky en février 2024 après des désaccords tactiques. Nommé ambassadeur d'Ukraine au Royaume-Uni, il est aujourd'hui considéré comme le principal rival politique de Zelensky.

Selon plusieurs médias ukrainiens, Zaloujny aurait informé Zelensky de son intention de se présenter à l'élection présidentielle si des élections étaient organisées à l'automne 2026. Un sondage le donne à 22 % des intentions de vote, contre Zelensky en perte de vitesse. Newsweek le classe parmi les principaux candidats susceptibles de détrôner le président sortant.

Mais de là à parler de « coup d'État », il y a un pas que nous ne franchirons pas. Certains experts russes évoquent la possibilité que Zaloujny, avec le soutien de Londres, cherche à constituer une force paramilitaire pour prendre le pouvoir. Ces allégations proviennent de sources russes et n'ont pas été confirmées par des médias indépendants. Elles doivent être traitées avec la plus grande prudence.

Ce que l'on sait, en revanche, c'est que Zaloujny incarne une alternative crédible. Militaire respecté, il jouit d'une popularité réelle dans l'armée et dans une partie de la population. Son retour en grâce auprès des Américains il aurait rencontré des émissaires de Trump lors de son séjour à Londres en fait un interlocuteur potentiel pour Washington.

Corruption et limogeages : le pouvoir Zelensky vacille

La guerre use les hommes. Elle use aussi les institutions. En septembre 2026, Zelensky a limogé le procureur général Rouslan Kravtchenko, accusé d'avoir couvert des centres d'appels frauduleux en échange de pots-de-vin. Kravtchenko a quitté précipitamment l'Ukraine, affirmant être « en mission à l'étranger », et a porté plainte contre le directeur du bureau national anticorruption (NABU), l'accusant d'avoir falsifié des documents officiels.

Cette affaire s'inscrit dans un contexte plus large. Depuis novembre 2025, le NABU et le parquet spécialisé anticorruption enquêtent sur une vaste opération baptisée « Opération Midas », portant sur un système de corruption dans le secteur énergétique. Selon l'ONG Transparency International, l'Ukraine obtient un score de 36 sur 100 à l'indice de perception de la corruption, et 23 % des usagers des services publics auraient dû verser un pot-de-vin en 2021.

Le Washington Post a rapporté que Zelensky avait limogé des responsables proches des États-Unis, notamment Oleksandr Kubrakov, ancien ministre des Infrastructures chargé de la reconstruction. Un signal clair : les partenaires occidentaux, et en particulier Washington, voient d'un mauvais œil les résistances à la lutte anticorruption.

Que peut-il se passer maintenant ?

Plusieurs scénarios sont sur la table. Le premier : Zelensky cède à la pression et accepte la tenue d'élections, sous certaines conditions sécuritaires. Cela pourrait se faire à l'automne 2026, si un cessez-le-feu partiel est conclu. Le second : il refuse et s'accroche au pouvoir, au risque de perdre le soutien de ses alliés occidentaux. Le troisième : un changement de pouvoir plus brutal, orchestré de l'intérieur, avec ou sans l'aval de Washington.

Ce dernier scénario est le plus incertain. Les experts russes évoquent un coup d'État mené par Zaloujny, mais aucune preuve tangible ne vient étayer cette hypothèse. Ce qui est certain, c'est que Zaloujny est le seul candidat crédible à même de rassembler au-delà des clivages politiques ukrainiens.

La troïka évoquée par certaines sources Zaloujny, Kouleba, Kubrakov n'a rien d'officiel. Elle relève de spéculations qui circulent dans les milieux diplomatiques. Nous n'avons pas pu obtenir de confirmation de sources indépendantes.


Trump peut-il destituer Zelensky ?
Non. Aucun président américain n'a ce pouvoir. Mais Trump peut réduire, voire cesser, l'aide militaire et financière des États-Unis à l'Ukraine, ce qui affaiblirait considérablement Zelensky.

Zelensky est-il un dictateur ?
Le terme est abusif. Zelensky n'a pas instauré un régime autoritaire. Mais son mandat a expiré en mai 2024 et il n'a pas organisé d'élections, invoquant la loi martiale. Cette situation alimente un débat légitime sur la durée de son pouvoir.

Qui est Valeri Zaloujny ?
Ancien commandant en chef des forces armées ukrainiennes, limogé par Zelensky en 2024. Il est aujourd'hui ambassadeur d'Ukraine au Royaume-Uni et le principal rival politique de Zelensky.

Qu'est-ce que l'accord diesel Trump-Poutine ?
Un accord prévoyant que la Russie fournisse plus de 300 000 tonnes de diesel aux marchés américain et mondial, puis 500 000 tonnes en novembre et jusqu'à 4,8 millions de tonnes au total.

Ce qu'il faut retenir

Donald Trump veut la fin de la guerre en Ukraine. Il veut aussi la fin de Zelensky. Entre les deux, il y a une équation politique que Washington tente de résoudre en jouant la carte Zaloujny. Mais rien n'est joué. Zelensky résiste. L'Europe s'inquiète. Et l'Ukraine, prise entre deux feux, cherche sa voie.

Une chose est sûre : la phrase de Trump restera. « L'Ukraine devrait avoir un nouveau président. » Elle marque un tournant. Reste à savoir si ce tournant mènera à la paix ou à une nouvelle crise.

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