Cameroun, Point-Virgule d’Edouard Kingue : Disparitions de nourrissons et difficultés d’adoption au Cameroun
© Camer.be : Edouard Kingue | 22 sept. 2017 15:02:31 | 7450Dans un pays où pullulent les orphelins, où les enfants de la rue sont une ‘institution’, pour adopter un enfant au Cameroun, il faut être déclaré…stérile. Cela ne s’invente pas ! Les gens de bonne volonté désireux d’offrir un foyer aux orphelins sont-ils d’office exclus parce qu’ils ne sont pas « stériles » ?
Les couples qui s’engagent sur ce chemin ont de sérieuses équations à résoudre: les conjoints doivent être non séparés de corps et mariés depuis plus de 10 ans ; l’un des conjoints au moins doit être âgé de plus de 35 ans. Une personne peut solliciter l’adoption d’un enfant, mais il faut avoir « plus de 40 ans ». Plus grave, la présence d’enfants biologiques au foyer des candidats « fait obstacle à l’adoption ».
De fait, il existe deux types d’adoption au Cameroun : L’adoption simple qui résulte d’un acte passé devant le juge de paix ou un notaire puis homologué par le tribunal civil. Celle dite « légitimation adoptive » résulte de la rupture des liens de filiation entre l’enfant et sa famille biologique, mais cette forme d’adoption n’est possible que pour les enfants de moins de 5 ans, orphelins, abandonnés ou sans filiation connue. Bien entendu, l’administration, ou la personne qui élève l’enfant doit donner son avis sur le projet d’adoption.
Si l’adoption « simple » laisse subsister des liens entre l'enfant et sa famille d'origine, la seconde provoque une rupture de lien entre les deux familles. L'adopté devient un enfant légitime dans la famille adoptive. Beaucoup de couples ou de personnes individuelles désirant adopter un enfant préfèrent la deuxième solution.
Mais on n’est pas au bout de ses peines. Le postulant doit produire aux services spécialisés du ministre des affaires sociales, une demande timbrée, un extrait de casier judiciaire, un extrait de l'acte de naissance ou la copie conforme de sa carte nationale d'identité, un certificat médical, le bulletin de salaire ou la justification d'un revenu stable, l'acte de mariage (pour les mariés); l'engagement d'un tiers qui pourrait suppléer l'adoptant célibataire, un certificat de stérilité accompagné d'une copie certifiée conforme du dossier médical du postulant, un rapport d'enquête sociale avec avis motivé, un certificat de domicile. Le dossier ainsi constitué est déposé dans les services du ministère des Affaires sociales. Lequel l'apprécie et décide, soit du rejet, soit de l'inscription du candidat.
Toutes ces difficultés ouvrent la voie aux déviances parfois dramatiques. Selon une radio locale, une jeune dame a récemment mis au monde un bébé prématuré de sexe masculin. Ce bébé a été mis à la couveuse du Centre Hospitalier et Universitaire de Yaoundé. « Seulement, quelques jours après, contre toute attente, les infirmiers lui annoncent le décès de son nourrisson qui aurait été conduit à la morgue du CHU à l’insu de la mère.
Problème : La mère n’a pas reconnue le corps du bébé qui lui a été présenté. En larmes, elle dénonce le vol de son nouveau-né et dénonce un trafic.
Ce n’est pas la première fois que ce genre d’actes souvent de nature criminelle fait la une des journaux. On peut même dire que le fait est récurrent et a intéressé les sociologues. « Le trafic des enfants s'organise à travers un réseau qui associe des parents – qui cèdent leurs enfants pour une somme dérisoire. Les enfants des familles vivant dans la précarité sont alors les cibles désignées ».
Entre enlèvements et tutelles informelles, la rumeur ajoute des pratiques morbides telles que le rapt des personnes vulnérables aux fins de trafics d’organes humains.
Mais ce qu’on ne dit pas souvent, la stérilité dans les couples et le désir de maternité conduisent parfois au vol de nourrissons, avec la complicité du personnel médical. On peut sans risque dire que cette pratique est plus que lucrative.
Qui a subtilisé la petite fille de Vanessa et pourquoi ? Six ans après, l’émotion reste vive pour Vanessa Tchatchou qui continue de croire son enfant en vie : « Tu as aujourd’hui six ans bébé. Je ne t’ai jamais vu. Les plus forts du monde t’ont récupérée. Mais je sais une chose, ils ne sont pas plus forts que Dieu », a-t-elle écrit sur sa page Facebook. L’histoire très médiatisée du vol du bébé de Vanessa Tchatchou vient nous rappeler le désespoir des couples sans enfants qui sont prêts à tout et les difficultés que pose l’adoption légale au Cameroun. Ce qui provoque souvent les disparitions de nourrissons avec des complicités insoupçonnées.
A Douala, une dame de la haute, pourtant médecin, avait ainsi convaincu la tante d’une orpheline de lui donner l’enfant de sa nièce, futur maman. La parente affirma à sa fille que le bébé né prématuré était mort lors de son transport dans la couveuse. Il a fallu que les voisins s’en émeuvent pour que la supercherie soit découverte. Dans le cas du bébé de Vanessa à Yaoundé, les journaux accusèrent une dame magistrat de s’être emparée du nourrisson, avec des complicités dans la chaine de la maternité. Les tribunaux regorgent de cas de condamnation pour vols de nourrissons. Quant à la conception assistée, elle demeure une nébuleuse. A la fois couteuse et peu fiable en l’état actuel de la couverture médicale au Cameroun.
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