Issa Tchiroma : Le Crime de Lèse-Majesté qui Déchaîne la Haine du Régime RDPC
© Camer.be : Avec Jean-Pierre Du Pont | 15 nov. 2025 01:53:18 | 5417La sphère politique camerounaise est secouée par une onde de choc post-électorale, révélant une hostilité inattendue et viscérale entre les barons du régime RDPC et Issa Tchiroma Bakary, l’opposant qui se revendique "véritable vainqueur" de l'élection présidentielle du 12 octobre 2025. Ce désamour brutal et cette détestation affichée sont d'autant plus frappants qu'ils succèdent à une période de confiance, voire de condescendance, que les caciques du parti au pouvoir accordaient jadis à celui qu'ils considéraient comme un allié de circonstance.
Le fondement de cette fureur s'explique par une lecture stratégique erronée de la part des élites du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC). Habituellement rompus aux jeux de pouvoir de la "forêt équatoriale", ces "messieurs" n’auraient pas saisi les dynamiques subtiles de conquête et de conservation du pouvoir ancrées dans les traditions des lamidats peuls et haoussas du Nord.
C’est là que réside l'avance stratégique de Tchiroma. Maître consommé de l'entrisme et de l'art de jouer l'âne pour manger le foin, l’homme politique originaire de Garoua a su manœuvrer avec une astuce redoutable. Le régime l'aurait perçu comme une "quantité négligeable", un simple Wajo de service destiné à conférer une légitimité aux bourrages d'urnes et aux manipulations électorales, notamment après la neutralisation de figures comme Maurice Kamto.
Or, Tchiroma a opéré un coup de théâtre : il a pris le régime de vitesse, à revers et sans préavis, revendiquant une victoire qui met en péril l'hégémonie du RDPC et, implicitement, la position de Paul Biya. Cet acte est considéré par les faucons du parti comme un véritable crime de lèse-majesté, une apostasie politique qui ne saurait rester impunie. Le courroux qui anime ces figures de l'ombre, exacerbé par une certaine presse dite "de caniveau", est inversement proportionnel à la sérénité affichée par l'opposant.
Le natif de Garoua est dépeint comme un homme doté d'une haute estime de soi, un orateur puissant qui n'a peur ni de la confrontation ni des conséquences. Belliqueux par nature, il manie le soft power et une rhétorique aiguisée avec une avance stratégique qui déroute ceux qui l'ont toujours regardé de haut, avec paternalisme. Ils sont passés à côté du vrai Tchiroma.
Le RDPC et ses barons réalisent, au moment même où il s'apprête, imperturbable, à les jeter hors du pouvoir et surtout, loin de leurs "précieuses mangeoires" qu'ils ont gravement sous-estimé son ambition et son habileté. Cette guerre de tranchées politique souligne les failles de la gouvernance actuelle et la profonde crise politique au Cameroun post-électorale.
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