Lettre aux évêques sur les obsèques des « grands » au Cameroun
© Correspondance : Ludovic Lado, jésuite | 11 juin 2019 11:06:00 | 11644Excellence Messeigneurs, Je vous écris cette brève lettre ouverte parce que mes confrères qui sont curés de paroisse se plaignent de ce que vous les étouffez dans leurs secteurs pastoraux respectifs dès qu’il s’agit de l’enterrement d’un homme d’affaires (comme Kadji Defosso,il n’y a pas longtemps) ou d’un haut dignitaire de l’Etat (comme Martin Belinga Eboutou, ces jours-ci).
Je me suis alors demandé s’il existe des dispositions canoniques relatives à l’enterrement d’un fidèle par un évêque ou par des évêques. J’ai cherché et je n’ai rien trouvé.
Le droit canon n’a rien prévu. Ce qui signifie que c’est laissé à la discrétion d’un évêque qui est l’Ordinaire du Lieu dans un diocèse.
Mais le problème est que c’est une discrétion qui semble bien discriminante au Cameroun, avec une option préférentielle pour les riches et les « grands » de ce monde.
Pourtant « l’option préférentielle pour les pauvres » est bien au cœur de la doctrine sociale de l’Eglise.
Je vous conseille, Messeigneurs, de revoir ce mode opératoire qui ne me semble pas très évangélique. Cette option préférentielle pour les cérémonies des riches et les « grands » de ce monde fait croire que vous êtes motivés par l’appât du gain.
Surtout que les curés des territoires où vous venez célébrer se plaignent aussi que vous ne leur laissez pas une partie de la quête desdites célébrations, lesquelles sont souvent généreuses.
Je sais que de telles occasions sont tentantes mais je vous prie de laisser les curés desdites zones pastorales s’en occuper. Le spectacle que vous offrez dans ces cérémonies n’honore pas l’Eglise catholique.
On peut tout à fait comprendre que le défunt de son vivant, par sa « générosité » se soit lié d’amitié avec nombre d’évêques, ce qui expliquerait leur affluence à ses obsèques, mais on souhaiterait davantage voir aussi nos évêques se lier d’amitié avec les pauvres dont la condition est bien souvent le résultat des injustices entretenues au sommet par ces soi-disant « grands ».
Mais souvent, ces pauvres ont même du mal à trouver un prêtre disponible pour leurs obsèques. L’apôtre Jacques nous a pourtant instruits en ces termes :
« Mes frères, dans votre foi en Jésus Christ, notre Seigneur de gloire, n’ayez aucune partialité envers les personnes.
Imaginons que, dans votre assemblée, arrivent en même temps un homme au vêtement rutilant, portant une bague en or, et un pauvre au vêtement sale. Vous tournez vos regards vers celui qui porte le vêtement rutilant et vous lui dites : « Assieds-toi ici, en bonne place » ; et vous dites au pauvre : « Toi, reste là debout », ou bien : « Assieds-toi au bas de mon marchepied ». Cela, n’est-ce pas faire des différences entre vous, et juger selon de faux critères ?
Écoutez donc, mes frères bien-aimés ! Dieu, lui, n’a-t-il pas choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde pour en faire des riches dans la foi, et des héritiers du Royaume promis par lui à ceux qui l’auront aimé ? Mais vous, vous avez privé le pauvre de sa dignité. Or n’est-ce pas les riches qui vous oppriment, et vous traînent devant les tribunaux ? Ce sont eux qui blasphèment le beau nom du Seigneur qui a été invoqué sur vous. Certes, si vous accomplissez la loi du Royaume selon l’Écriture : Tu aimeras ton prochain comme toi-même, vous faites bien. Mais si vous montrez de la partialité envers les personnes, vous commettez un péché, et cette loi vous convainc de transgression » (Lettre de Saint Jacques, chapitre 2, 1-9)
Le clergé catholique, et moi en premier, est invité à méditer profondément cet enseignement de la parole de Dieu qui est sans ambigüités. C’est un appel à la conversion.
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