CANgate au Cameroun : le scandale des 1200 milliards de FCFA ressurgit en 2025
© Camer.be : Toto Jacques | 30 déc. 2025 02:00:50 | 4964Alors que l'attention du continent se porte sur la ferveur de la CAN 2025 au Maroc, le Cameroun se retrouve confronté aux spectres de son propre passé sportif et financier. Le dossier désormais célèbre sous le nom de CANgate continue de hanter l'actualité nationale en ce mois de décembre 2025. Derrière les projecteurs des stades marocains, l'envers du décor camerounais révèle une prédation financière estimée à plus de 1200 milliards de FCFA, un montant astronomique englouti dans des chantiers dont beaucoup restent inachevés ou à l'abandon.
L'ardoise totale des infrastructures, incluant les stades, les complexes hôteliers et les voiries, dépasse l'entendement par rapport aux standards internationaux. Le Complexe d'Olembé à Yaoundé symbolise à lui seul cette dérive budgétaire. Initialement prévu pour un coût de 163 milliards de FCFA, la facture finale avoisine les 300 milliards sans que les composantes annexes, telles que le centre commercial ou l'hôtel cinq étoiles, ne soient totalement opérationnelles. Ce détournement de fonds publics massif est aujourd'hui documenté par des rapports d'audit incendiaires émanant de la Chambre des Comptes et du cabinet PEPS sous l'égide de la Banque Mondiale.
Pour financer cette démesure, l'État a lourdement hypothéqué l'avenir du pays à travers une dette souveraine devenue préoccupante. Le recours systématique aux marchés de gré à gré, qui représentent 80 % des contrats, a permis de court-circuiter les procédures de contrôle standards. Plusieurs départements ministériels, notamment le Ministère des Sports et la « Task Force » de la Présidence de la République, sont au cœur des accusations de surfacturations et de décaissements injustifiés. Plus grave encore, des ressources initialement allouées à la lutte contre la pandémie de Covid-19 auraient été réorientées en urgence pour combler les déficits abyssaux des chantiers sportifs.
La situation actuelle des infrastructures laisse craindre l'émergence d'éléphants blancs. L'entretien de joyaux comme le stade de Japoma ou d'Olembé coûte des milliards chaque année, une charge que les recettes locales ne parviennent pas à couvrir. En parallèle, les litiges juridiques se multiplient. En 2025, les bras de fer judiciaires avec des entreprises internationales comme Magil ou Prime Potomac se poursuivent devant les tribunaux étrangers, opposant des demandes de remboursement pour travaux non exécutés à des réclamations pour impayés.
Ce scandale financier demeure une plaie ouverte pour l'économie nationale. Malgré les ferveurs de la compétition actuelle au Maroc, l'opinion publique camerounaise n'oublie pas que les infrastructures promises gisent parfois dans les broussailles. La responsabilité des collaborateurs du Chef de l'État dans cette gabégie financière reste au centre des débats, alors que le pays doit désormais honorer les soldes et les pénalités de retard auprès des prestataires, tout en supportant le poids d'une dette colossale pour des ouvrages inachevés.
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