La gestion des pannes internet et l'ombre des coupures politiques
© Camer.be : Toto Jacques | 24 oct. 2025 00:00:00 | 3328Alors que les utilisateurs camerounais subissent des perturbations récurrentes de leur connexion internet, les explications officielles invoquant la coupure du câble sous-marin WACS interrogent. La situation est pourtant plus complexe qu’il n’y paraît. Il est essentiel de rappeler que l’État camerounais a pris le contrôle de ce câble à son point d’arrimage à Limbe suite à un accord entre MTN et le ministère des Postes et Télécommunications. Cette mainmise s’est ensuite étendue à l’ensemble de l’infrastructure numérique nationale.
Le pays dispose pourtant d’atouts majeurs. Le câble sous-marin SAIL, construit depuis Kribi, possède une capacité double de celle du WACS. Son financement, assuré par un prêt chinois, génère une dette d’environ 280 milliards de FCFA. En cas de défaillance technique, trois autres câbles sous-marins ACE, SAT-3 et MainOne offrent des solutions de secours. L’ensemble de ces infrastructures représente une capacité théorique de plus de 70 Tbit/s, pour un taux d’utilisation qui n’excède pas 15%. Cette sous-exploitation des ressources interroge sur la gestion globale du secteur des télécommunications.
La société Camtel, à qui l’État a confié l’exclusivité de l’exploitation de ces câbles, se trouve au cœur du système. Cette concentration du contrôle pose la question de la résilience numérique du pays face aux pannes. Les solutions alternatives, comme l’accès à internet satellitaire Starlink, ne sont toujours pas autorisées officiellement, limitant les options des utilisateurs et des entreprises.
Cette situation n’est pas sans rappeler la crise anglophone de 2017, durant laquelle les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest avaient été privées d’internet pendant 93 jours. Un précédent qui démontre la possibilité d’utiliser les coupures de connexion comme un instrument politique. Aujourd’hui, la fragilité du réseau, qu’elle soit technique ou organisationnelle, continue d’affecter la vie économique et sociale, soulignant l’urgence d’une transparence accrue et d’une diversification des accès pour une véritable souveraineté numérique.
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