L'Assemblée nationale signe un contrat médical sans appel d'offres à Istanbul
© Camer.be : Paul Moutila | 07 mars 2026 18:08:25 | 3818Le 3 mars 2026, le président de l'Assemblée nationale camerounaise, Cavaye Yéguié Djibril, a paraphé un accord à Istanbul avec le groupe turc Memorial Health Group. L'objet de ce partenariat : assurer la couverture médicale des députés et du personnel administratif de l'institution. Une signature en terre étrangère, loin des procédures habituelles de passation des marchés publics.
Un appel d'offres contourné.
Aucune mise en concurrence publique n'a précédé cet engagement. Le choix du prestataire turc s'est fait en dehors du cadre légal régissant les marchés publics au Cameroun. Le montant du contrat, présenté comme juteux par des sources internes, n'a pas été divulgué par le bureau du président de l'Assemblée nationale. Une opacité financière qui interroge alors que l'institution est financée par le budget de l'État.
Les connexions politiques de l'intermédiaire.
La délégation conduite à Istanbul par Cavaye Yéguié Djibril comprenait Mohamadou Atikou Kalda. Cet homme est présenté comme proche du président de l'Assemblée nationale. Il est également le directeur général de Memorial Cameroun, la succursale locale du groupe turc. L'intermédiaire qui a accompagné la signature est donc aussi le dirigeant de l'entreprise bénéficiaire du contrat. Une confusion des rôles qui, dans tout système de bonne gouvernance, aurait dû alerter.
Un profil aux multiples casquettes.
Mohamadou Atikou Kalda n'est pas un inconnu sur la scène politique camerounaise. Il a été impliqué dans l'organisation du meeting « 100 mille jeunes derrière Paul Biya en 2025 », une mobilisation organisée en amont de la présidentielle d'octobre. Il revendiquait alors 450 000 participants, un chiffre largement contesté. Ce parcours illustre la porosité entre engagement militant et accès aux contrats publics.
Un passé conflictuel sur ce dossier.
La question de l'assurance médicale des députés avait déjà provoqué des remous en février 2022. Un conflit ouvert avait opposé Cavaye Yéguié Djibril au secrétaire général de l'époque, Gaston Komba. Ce désaccord avait abouti au limogeage du haut fonctionnaire après moins de deux ans à son poste. Un précédent qui montre que ce dossier cristallise des enjeux de pouvoir et d'argent bien au-delà de la simple couverture sanitaire.
L'opacité comme mode de gestion.
Le contrat sans appel d'offres signé à Istanbul s'ajoute à une longue liste de marchés attribués dans la discrétion au Cameroun. Aucune information budgétaire n'a filtré sur le coût de ce partenariat avec Memorial Health Group. Les députés et le personnel administratif bénéficieront d'un accès privilégié à des soins de haute technicité en Turquie, pendant que les hôpitaux publics camerounais manquent cruellement de moyens.
Les soins de luxe contre la souffrance ordinaire.
Le contraste est saisissant. Pendant que l'Assemblée nationale négocie en secret des évacuations sanitaires vers Istanbul, des millions de Camerounais n'ont accès à aucune forme de couverture médicale. Les formations sanitaires publiques souffrent de pénuries de médicaments, d'équipements vétustes et de personnel insuffisant. La signature à l'étranger d'un contrat opaque pour soigner les élites envoie un signal désastreux.
La Turquie comme nouvelle destination sanitaire.
Le choix de Memorial Health Group n'est pas anodin. La Turquie développe une offensive commerciale agressive dans le secteur de la santé en Afrique. Des hôpitaux turcs accueillent déjà des patients de plusieurs pays du continent. Mais dans le cas camerounais, c'est une institution publique qui contractualise directement, sans transparence, pour évacuer ses membres vers Istanbul.
Les risques juridiques et politiques.
Ce contrat expose l'Assemblée nationale à des critiques sur plusieurs fronts. Juridiquement, l'absence d'appel d'offres constitue une violation des règles de passation des marchés publics. Politiquement, l'opacité sur le montant et les conditions du contrat alimente la défiance citoyenne envers les institutions. La présence d'un intermédiaire aux multiples casquettes renforce les soupçons de conflit d'intérêts.
Un précédent qui interroge la gouvernance.
L'affaire du contrat médical avec Memorial Health Group rappelle d'autres dossiers où la transparence a brillé par son absence. Elle pose la question de la bonne gouvernance au sein même de l'institution qui vote les lois censées la garantir. Les députés, qui contrôlent l'action gouvernementale, se trouvent désormais en position de bénéficiaires d'un système qu'ils devraient surveiller.
Quand les élites se soignent en silence.
Alors que le contrat a été signé loin des regards et que son montant reste secret, une question demeure : comment justifier que ceux qui font la loi au Cameroum se placent eux-mêmes au-dessus des règles de transparence qu'ils imposent aux autres ?
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