Eto'o-Owona Nguini : le football camerounais devient un champ de bataille politique
© Camer.be : Paul Moutila | 06 juil. 2026 12:56:54 | 2112Le président de la Fecafoot Samuel Eto'o et le politologue Mathias Eric Owona Nguini s'affrontent depuis des semaines sur les causes de la non-qualification du Cameroun à la Coupe du Monde 2026 mais l'enquête de Jeune Afrique révèle que ce conflit dépasse largement le cadre sportif pour toucher à une guerre familiale et politique.
Le Cameroun ne joue pas la Coupe du Monde 2026. Pendant que les meilleures nations du monde s'affrontent sur les pelouses américaines, les Lions Indomptables regardent le tournoi à la télévision, comme des millions de leurs supporters. Une humiliation. Une tragédie. Un échec que le pays n'a pas digéré.
Mais au lieu de chercher des solutions, deux hommes se livrent une guerre sans merci. D'un côté, Samuel Eto'o, légende vivante du football africain, président de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot). De l'autre, Mathias Eric Owona Nguini, politologue, vice-recteur de l'Université de Yaoundé I, figure intellectuelle respectée.
Leurs échanges sont d'une violence rare. Accusations de sabotage, attaques personnelles, mépris affiché. Mais ce qui se joue sous nos yeux est bien plus qu'une simple querelle d'ego. C'est le miroir grossissant de toutes les fractures qui traversent le Cameroun sportives, politiques, familiales, institutionnelles.
Et si le véritable enjeu n'était pas le football ?
Le déclencheur : une non-qualification historique
Le 13 novembre 2025, les Lions Indomptables sont éliminés de la Coupe du Monde 2026 par la République démocratique du Congo (1-0). Pourtant, l'Afrique disposait de dix billets pour ce Mondial un nombre record. Jamais le continent n'avait eu autant de représentants. Et le Cameroun, quintuple champion d'Afrique, n'en a décroché aucun.
L'humiliation est totale. Les supporters ne digèrent pas.
Six mois plus tard, le 14 juin 2026, le professeur Mathias Eric Owona Nguini monte au créneau sur la chaîne Info TV. Sa déclaration est une bombe : « La Fecafoot a saboté le travail de Marc Brys ».
Il détaille : stages bâclés, équipements manquants, joueurs marchant dans les rues de Yaoundé sans tenue appropriée.. Selon lui, la fédération présidée par Samuel Eto'o a sciemment entravé le travail du sélectionneur belge Marc Brys un technicien imposé par le ministère des Sports contre la volonté d'Eto'o.
La réponse cinglante de la Fecafoot
La Fecafoot ne reste pas silencieuse. Le 19 juin 2026, elle publie un communiqué signé de Jean Marie Nkoussa, chef du département communication. La fédération assure avoir « entièrement joué sa partition » et rejette toute responsabilité.
Elle accuse Marc Brys de « décisions unilatérales », de « manipulation de certains joueurs » et de « refus de collaborer » avec son personnel.. Un conflit ouvert, une guerre des mots, un Mondial perdu.
L'escalade : Owona Nguini remonte jusqu'en 2009
Le politologue ne s'arrête pas là. Invité de l'émission Obama Time sur A1, il va encore plus loin. Selon lui, les difficultés des Lions Indomptables trouvent leur origine dès 2009, lorsque Samuel Eto'o était la principale figure de l'équipe nationale.
« Samuel Eto'o est celui qui a mis le désordre dans le football camerounais », lance-t-il.
Il développe : « On a une équipe qui vient de sortir de la finale de la Coupe d'Afrique. C'est une équipe prometteuse qui a besoin de cohésion parce qu'un groupe sportif ne peut pas gagner sans lien mental, sans lien moral. »
Selon Owona Nguini, la polémique autour du brassard de capitaine en 2009 « a pourri la CAN 2010, la Coupe du monde 2010, empêché le Cameroun de se qualifier pour les CAN 2012 et 2013, avant d'aboutir à la catastrophe de la Coupe du monde 2014 ».
Le clash des légitimités
Owona Nguini a aussi attaqué Eto'o sur le terrain du respect institutionnel. Dans une déclaration devenue virale, il a martelé :
« Parce qu'on est champion, on peut se permettre d'insulter tout le monde ? Cela ne passe pas. (…) Parce qu'on est champion, on peut dire : "Un professeur, c'est qui ?" Non, monsieur. Le savoir se respecte ! »
Une charge directe contre Eto'o, dont les relations avec les intellectuels et les journalistes critiques sont notoirement tendues.
La révélation explosive de Jeune Afrique
Mais l'affaire prend une tout autre dimension avec l'enquête exclusive de Jeune Afrique, publiée le 1er juillet 2026. Le magazine révèle que ce conflit n'est pas d'abord sportif c'est une guerre familiale.
L'enjeu réel ? La succession de feu Joseph Owona, ancien Secrétaire Général de la Présidence de la République, décédé en 2024. Et père des deux protagonistes de cet affrontement par procuration.
D'un côté, Mathias Éric Owona Nguini fils de Joseph Owona, politologue pro-Biya, devenu ennemi déclaré d'Eto'o.
De l'autre, Félicité Owona Mfegue Kourra sa sœur, universitaire, avocate, proche de Samuel Eto'o.
Le journal révèle deux événements récents : le 24 juin, la fondation de Félicité « a reçu en grande pompe Samuel Eto'o à l'occasion de la célébration de la Journée internationale des veuves ». Et deux mois plus tôt, « elle était l'une des invités d'honneur d'Eto'o à l'inauguration du siège de la Fecafoot ».
La sœur d'Owona Nguini honore Eto'o. Le frère attaque Eto'o. Deux enfants du même père qui ont choisi des camps opposés.
Une guerre qui vient de loin
Jeune Afrique rappelle que Joseph Owona avait lui-même initié ce conflit. Dans la seconde moitié des années 2010, alors qu'il dirigeait le comité de normalisation de la Fecafoot, il avait pourfendu Eto'o. « C'est sous son magistère que Samuel Eto'o avait annoncé sa retraite internationale, après avoir eu vent d'un projet qui visait à l'exclure à vie de l'équipe nationale. »
La fille répare la blessure que le père avait infligée. Le fils perpétue la guerre du père.
Le conflit successoral entre frère et sœur une situation banale prend une dimension explosive avec l'implication d'Eto'o. Le politologue a accusé le président de la Fecafoot de s'immiscer dans les affaires familiales.
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