Tchiroma appelle l'armée à organiser son retour
© Camer.be : Paul Moutila | 20 juil. 2026 18:56:11 | 3254L'opposant en exil, qui se présente comme le « président élu » du Cameroun, interpelle directement les forces armées et annonce son intention de célébrer la fête nationale militaire en tant que chef de l'État. Une escalade verbale qui interroge sur la suite du bras de fer politique.
Depuis son exil en Gambie, Issa Tchiroma Bakary a lancé un appel solennel à l'armée camerounaise.
L'ancien ministre, qui revendique la victoire à la présidentielle du 12 octobre 2025 face à Paul Biya, a exhorté les forces de défense à « prendre leurs responsabilités » afin de faciliter son retour au Cameroun. Plus encore : il annonce son intention de célébrer le 14 août, jour de la fête nationale des forces armées, en tant que « chef de l'État et commandant en chef des armées ».
Un défi direct au pouvoir en place. Et une question : jusqu'où ira l'escalade ?
Issa Tchiroma Bakary depuis l'exil : « L'armée doit faciliter mon retour »
L'appel à l'armée : un message à double tranchant
Issa Tchiroma Bakary ne s'adresse plus seulement au peuple camerounais. Il parle désormais directement aux militaires.
Dans un message récent, le président du Front pour le salut national du Cameroun (FSNC) a appelé les forces armées à « prendre leurs responsabilités » pour organiser son retour au pays. Cet appel s'inscrit dans une stratégie déjà amorcée pendant la campagne électorale.
Le 17 octobre 2025, alors que la présidentielle venait de se tenir, Tchiroma Bakary avait déjà adressé une lettre aux forces de défense, les exhortant à « rester du bon côté de l'Histoire ». Il leur rappelait qu'elles n'étaient pas « les instruments d'un homme ni d'un régime », mais « au service d'un seul maître : le peuple souverain ».
« Vous avez prêté serment à la Constitution et non à une photo ou encore à des ordres venus d'un entourage invisible » , écrivait-il alors.
Aujourd'hui, le ton est monté d'un cran. L'ancien ministre ne demande plus aux militaires de rester neutres. Il leur demande d'agir pour le ramener au pouvoir.
Le 14 août : une date hautement symbolique
Le choix du 14 août n'est pas anodin. Cette date marque la fête nationale des forces armées au Cameroun, une célébration placée sous l'autorité du président de la République, chef des armées.
En annonçant qu'il célébrera cette journée en tant que « chef de l'État et commandant en chef des armées », Issa Tchiroma Bakary pose un acte politique fort. Il se proclame commandant en chef d'une armée qu'il appelle à se retourner contre le régime en place.
Cette déclaration, si elle est confirmée, constitue une escalade verbale majeure dans le conflit post-électoral qui oppose l'opposant à Paul Biya.
Une localisation incertaine : Gambie ou États-Unis ?
Depuis son départ du Cameroun, la localisation exacte d'Issa Tchiroma Bakary fait l'objet de nombreuses spéculations.
Ce qui est confirmé : après avoir échappé à plusieurs tentatives d'arrestation, il a d'abord trouvé refuge à Yola, au Nigeria, début novembre 2025. Le 7 novembre, il est entré en Gambie, où il a été accueilli « à titre humanitaire » par les autorités gambiennes.
Ce qui reste incertain : certains observateurs affirment aujourd'hui qu'il aurait quitté la Gambie pour les États-Unis, tandis que d'autres soutiennent qu'il se trouve toujours à Banjul, où il bénéficierait d'une plus grande liberté d'expression. La question de sa localisation est cruciale, car elle détermine sa capacité à continuer à mobiliser ses partisans et à coordonner ses actions politiques.
La revendication d'une victoire volée
Issa Tchiroma Bakary, 42 ans, ancien ministre de l'Emploi et de la Formation professionnelle (2019-2025), a créé la surprise en juin 2025 en démissionnant du gouvernement de Paul Biya pour se porter candidat à la présidentielle.
Les résultats officiels lui attribuent 35 % des voix contre 53,66 % pour Paul Biya. Des chiffres qu'il conteste fermement, affirmant avoir remporté un scrutin qu'il juge entaché de fraudes massives.
« Le contrat du 12 octobre 2025, signé entre le peuple camerounais et Issa Tchiroma Bakary, président élu de la République du Cameroun, ce contrat porte sur la construction du changement » , a-t-il déclaré dans un message audio.
Depuis son exil, il multiplie les interventions, promettant un retour « très bientôt » et appelant ses partisans à la mobilisation.
La position de la Gambie et les réactions internationales
L'accueil d'Issa Tchiroma Bakary par la Gambie a été officialisé par le ministère gambien de l'Information, qui a précisé qu'il était hébergé « à titre purement humanitaire ». Le gouvernement gambien a toutefois averti que le pays ne serait pas utilisé comme « base d'activités subversives contre un État ».
Cette déclaration suggère que Banjul observe avec prudence les déclarations de l'opposant camerounais, soucieux de ne pas compromettre ses relations diplomatiques avec Yaoundé.
Les autorités camerounaises, de leur côté, ont menacé de le traduire en justice pour avoir prétendument incité à des manifestations violentes après l'élection. Le bilan officiel des violences post-électorales est de 16 morts, bien que d'autres organisations avancent un chiffre plus élevé.
Une stratégie risquée
En s'adressant directement à l'armée, Issa Tchiroma Bakary emprunte une voie dangereuse. Il contourne les institutions civiles et appelle les militaires à se positionner contre le pouvoir établi.
Cette stratégie a déjà été utilisée par d'autres opposants en Afrique, avec des issues variables. Dans certains cas, elle a conduit à des transitions politiques. Dans d'autres, elle a abouti à des répressions sanglantes.
L'armée camerounaise, historiquement fidèle au régime de Paul Biya, n'a jusqu'ici donné aucun signe de fissure. Mais les appels répétés de Tchiroma Bakary pourraient, à la longue, semer le doute dans les rangs.
Ce que l'on sait et ce que l'on ignore encore
Ce qui est confirmé :
- Issa Tchiroma Bakary est en exil depuis novembre 2025.
- Il a appelé l'armée à faciliter son retour.
- Il revendique la victoire à la présidentielle d'octobre 2025.
- Il annonce son intention de célébrer le 14 août en tant que « commandant en chef ».
Ce qui reste à éclaircir :
- Sa localisation exacte (Gambie ou États-Unis).
- La date précise de son éventuel retour.
- La réaction de l'armée camerounaise à cet appel.
Qu'en pensez-vous ? L'armée camerounaise doit-elle répondre à l'appel d'Issa Tchiroma Bakary ?
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