Cameroun: Ernest Ouandié, de brigand à héros national
© copy; Source : Georges Ndenga, Ai Douala | 15 janv. 2015 19:10:13 | 12630Ai-Cameroun — Alors qu'il avait été jugé et condamné à mort en Décembre 1970, le 16 Décembre 1991, Ernest Ouandié était reconnu par l'Assemblée Nationale du Cameroun comme héros National. Depuis lors, son nom n'apparaissait dans aucun document officiel et encore moins dans les discours officiels. Le héros national était-il oublié ou relégué aux calendes grecques ? La question restait sans réponse, jusqu'à la célébration du cinquantenaire de la réunification où le nom réapparait dans la plaquette publiée à l'occasion.
Ernest Ouandié, le brigand ?
C'est l'image que le gouvernement d'Ahmadou Ahidjo a laissé à l'opinion publique nationale lorsqu'en Décembre 1970, Ernest Ouandié, Monseigneur Albert Ndogmo alors archevêque de Nkongsamba et d'autres comparses sont jugés par un tribunal spécial à Yaoundé, la capitale.
Ce procès est retransmis dans sa totalité sur les ondes de Radio Cameroun, la radio d'Etat devenue Cameroon Radio and Television Corporation (CRTV) en Décembre 1987. Le déroulement de ce procès produira une onde de choc auprès des populations qui seront convaincues qu'une tentative de coup d'Etat avait été fomentée par les accusés et c'est à juste titre qu'elles accepteront sans rechigner la condamnation des mis en cause. Même le statut d'archevêque de monseigneur Ndogmo n'avait pas ému les populations.
Seuls les intellectuels doutaient de la véracité des faits et y avaient vu une manière de liquider des opposants au régime. L'histoire leur donnera raison plus tard lorsqu'après le départ d'Ahmadou Ahidjo du pouvoir, les langues vont se délier.
Ernest Ouandié, le nationaliste
Enseignant de profession, Ernest Ouandié était également syndicaliste et promoteur du journal « La Voix du Kamerun » militant de l'Union des Populations du Cameroun (UPC). Comme ses camarades, il conteste l'indépendance octroyée par la France en 1960 ainsi que le gouvernement « fantoche » d'Ahmadou Ahidjo. Pour ses camarades et lui, cette indépendance-là est partielle. Alors qu'il n'est jusque là qu'un simple militant, en 1952, il est élu vice-président chargé de l'organisation des organes de presse de l'UPC. La mort de Ruben Um Nyobe en septembre 1958 puis l'assassinat en octobre 1960 du Docteur Félix-Roland Moumié en Suisse, propulsent Ernest Ouandié à la tête de l'UPC. Le parti ayant été banni et faisant l'objet d'incessantes représailles des colons Français et du gouvernement Ahidjo, Ernest Ouandié opte pour l'exil au British Southern Cameroon à Kumba, à Khartoum au Soudan, au Caire en Egypte, à Conakry en Guinée et à Accra au Ghana avant de revenir secrètement au Cameroun avec pour objectif de renverser le gouvernement Ahidjo. Il se met à la tête de l'Armée de Libération Nationale du Kamerun (ALNK) où il organise des insurrections notamment dans les régions de l'Ouest et du Littoral. Monseigneur Albert Ndogmo tente alors une médiation de réconciliation entre lui et l'administration Ahidjo. Alors qu'une version officielle laisse entendre qu'Ernest Ouandié avait été arrêté après une bataille acharnée contre les forces armées, une version non officielle fait savoir que c'est Monseigneur Albert Ndogmo qui avait obtenu la reddition du rebelle.
Condamné à mort, il sera fusillé le 15 Janvier 1971 sur la place publique à Bafoussam, le chef-lieu de la région de l'Ouest. Et ce sera le début de l'oubli de ce nationaliste qui luttait pour une indépendance totale du Cameroun.
Ernest Ouandié, héros national
De 1975 à 1991, officiellement, le nom d'Ernest Ouandié n'était pas évoqué. Tout le monde semblait oublier ce nationaliste de première heure. A la surprise générale, c'est à l'Assemblée Nationale que réapparait le nom d'Ernest Ouandié lorsqu'un projet de loi est déposé pour faire de cet oublié de l'histoire un héros national. Le 16 Décembre 1991, Ernest Ouandié est fait héros national.
Mais en dépit de cela, et depuis plus de deux décennies des questions demeurent : où est inhumé Ernest Ouandié ? Pourquoi un hommage solennel ne lui est-il pas toujours réservé ? Quand aura-t-il droit à un monument ou alors quand donnera-t-on un nom aux places publiques ou aux monuments à Ernest Ouandié dans notre pays afin de pérenniser sa mémoire ? Cela se fera-t-il seulement ? Croisons les doigts.
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