41 sièges parlementaires vides au Cameroun : la loi électorale violée en silence
© Camer.be : Toto Jacques | 08 mai 2026 13:12:29 | 3907Au début du mois de mai 2026, le Parlement du Cameroun compte 41 sièges parlementaires vacants en raison du décès de leurs titulaires en cours de mandat. Sur les 180 membres que compte l'Assemblée nationale, seulement 157 députés sont encore en vie. Au Sénat, 18 sénateurs sont décédés depuis le début de leur mandat actuel.
Ces chiffres concernent la 10e législature, en cours depuis 2020. Ils sont vérifiables et n'ont fait l'objet d'aucune contestation officielle. Ce que ces chiffres révèlent, en revanche, est plus dérangeant : aucun de ces sièges vacants n'a été pourvu par une élection partielle.
Pourquoi la loi n'a pas été appliquée
L'article 155 du Code électoral camerounais est explicite. Il impose l'organisation d'élections partielles dans un délai de douze mois suivant la vacance d'un siège parlementaire. Cette disposition n'est pas une recommandation. C'est une obligation légale.
Or, depuis 2020, aucun scrutin partiel n'a été organisé pour combler ces vacances. Ni à l'Assemblée nationale pour les 23 sièges concernés, ni au Sénat pour les 18 autres. L'administration électorale camerounaise Elections Cameroon (ELECAM) n'a pas convoqué les électeurs des circonscriptions concernées.
Cette situation constitue une violation répétée d'une norme constitutionnelle fondamentale. Elle prive des centaines de milliers de Camerounais de leur représentation législative pendant des années.
Une vacance parlementaire non comblée
Une vacance parlementaire se définit comme l'état d'un siège législatif devenu sans titulaire en cours de mandat, du fait d'un décès, d'une démission ou d'une invalidation. Dans les démocraties dotées d'un code électoral opérationnel, ce vide est comblé dans des délais prescrits par la loi.
Au Cameroun, le mécanisme existe sur le papier. ELECAM est l'organe compétent pour convoquer les élections partielles. Le Premier ministre contresigne les décrets de convocation. Le processus est balisé. Son déclenchement est pourtant systématiquement évité depuis 2020.
La raison structurelle la plus tient au contexte politique : organiser des scrutins partiels dans des circonscriptions du Nord-Ouest ou du Sud-Ouest, régions touchées par la crise anglophone, représente un défi sécuritaire réel. Mais cette explication ne couvre pas l'ensemble des 41 sièges concernés, répartis sur l'ensemble du territoire.
Les enjeux pour la représentation et la légitimité institutionnelle
À court terme, le déficit de représentation affecte directement la qualité des délibérations parlementaires. Un hémicycle amputé de 23 membres sur 180 fonctionne avec une légitimité arithmétique réduite. Les votes de procédure, les quorums, les équilibres entre groupes politiques : tout est altéré par ces sièges vacants au Cameroun.
À long terme, l'absence répétée d'élections partielles affaiblit la culture de la responsabilité électorale. Quand la loi n'est pas appliquée à l'échelle d'une institution aussi visible que le Parlement, le signal envoyé à l'ensemble du corps social est celui de l'impunité institutionnelle. Cette érosion de confiance est difficile à quantifier mais durable.
41 chaises vides, une question sans réponse
Le Cameroun dispose d'un Code électoral, d'une institution chargée de l'organiser et d'une obligation légale de douze mois. Ces trois éléments ont coexisté pendant cinq ans sans produire une seule élection partielle.
La question n'est donc pas technique. Elle est politique. Qui décide de ne pas appliquer l'article 155 ? Et surtout : jusqu'à quand les électeurs des circonscriptions concernées accepteront-ils d'être représentés par un siège vide ?
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