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Espagne - Sánchez : « Le droit international n'est pas à géométrie variable »

Pedro Sánchez exige l'abolition du veto à l'ONU, une femme latino-américaine à la tête de l'organisation et des mesures contre le « génocide » à Gaza.

Pedro Sánchez a pris la parole à la tribune de l'Assemblée générale de l'ONU. Il n'a pas prononcé un discours. Il a lancé un ultimatum.

Le Premier ministre espagnol a exigé l'abolition du veto des cinq membres permanents du Conseil de sécurité. Il a réclamé une femme latino-américaine à la tête de l'ONU après 80 ans de direction masculine. Et il a employé un mot que peu de dirigeants osent prononcer devant cette assemblée : génocide.

L'ONU a applaudi. Mais derrière les applaudissements, une question. Qui, à Washington, à Moscou, à Pékin, a réellement écouté ?

Le contexte : une ONU sous attaque

L'Assemblée générale des Nations Unies, 81e session. Le monde est en crise. Gaza brûle. L'Ukraine résiste. Le multilatéralisme recule partout.

Dans ce contexte, le discours de Pedro Sánchez n'était pas un discours de plus. C'était une charge. Contre les puissances qui paralysent l'ONU. Contre ceux qui, selon lui, veulent la détruire de l'intérieur.

« La plupart des voix qui s'acharnent aujourd'hui à la critiquer ne décrivent pas son échec : elles tentent de le provoquer », a-t-il déclaré, selon le compte rendu officiel de l'ONU.

L'abolition du veto : le cœur de la bataille

Le message central de Sánchez est simple. Le droit de veto des cinq membres permanents du Conseil de sécurité est un privilège colonial. Il doit disparaître.

« Nous devons réformer le Conseil de sécurité pour que toutes les régions du monde aient une représentation juste, et pour que nous puissions en finir avec le droit de veto des membres permanents », a-t-il déclaré.

Son argument est juridique. La Charte des Nations Unies stipule qu'« aucun pays ne doit être juge et partie, aussi puissant soit-il ».

Pour Sánchez, le système conçu en 1945 sur les ruines de la guerre est devenu un outil de préservation des intérêts des puissants. Un mécanisme qui permet à cinq nations de bloquer toute action contre elles-mêmes ou leurs alliés.

« Il ne s'agit pas de substituer une hégémonie à une autre », a-t-il précisé. « Il s'agit de désarmer la loi du plus fort. »

Gaza : le mot qui dérange

Sánchez n'a pas mâché ses mots sur Gaza. Le mot « génocide » est revenu dans son discours. Il l'avait déjà prononcé la veille, lors de la conférence internationale sur la solution à deux États.

« Nous devons arrêter ce massacre maintenant », a-t-il lancé.

Il a exigé que la Cour pénale internationale puisse « enquêter, poursuivre et sanctionner ceux qui violent les règles ». Sans distinction. Sans passe-droit. Sans protection diplomatique.

L'Espagne, elle, a agi. Un embargo sur les armes à destination d'Israël a été adopté. Un décret-loi interdit le transit de matériel de défense vers Israël par le territoire espagnol. Sánchez a appelé les autres pays à suivre.

« L'histoire nous jugera. Et son verdict sera implacable pour ceux qui se sont tus ou qui ont détourné le regard », a-t-il averti.

Le secrétaire général de l'ONU : un écho

Le discours de Sánchez n'est pas isolé. António Guterres, le Secrétaire général de l'ONU, a lui-même tiré la sonnette d'alarme.

« Rien ne justifie la punition collective du peuple palestinien », a-t-il déclaré, dénonçant « la famine et le génocide en cours » comme une « violation flagrante du droit humanitaire ».

Guterres a parlé de « destruction délibérée des systèmes nécessaires à la survie humaine » à Gaza. Il a dénoncé « des meurtres massifs de civils sans équivalent avec aucun conflit depuis que je suis Secrétaire général ».

Mais il a aussi rappelé que la qualification juridique de « génocide » appartient aux juges, pas aux politiques. La Cour internationale de Justice, saisie par l'Afrique du Sud, n'a pas encore rendu son verdict définitif.

Une femme latino-américaine à la tête de l'ONU

Un des moments les plus forts du discours. Sánchez a rappelé que l'ONU a été dirigée par neuf hommes en 80 ans. Jamais une femme.

« Il est temps qu'une femme latino-américaine prenne la tête de l'ONU », a-t-il déclaré.

Son argument : une organisation qui prétend représenter l'humanité entière ne peut pas être dirigée exclusivement par une seule région du monde et un seul genre. L'Amérique latine est le continent le plus peuplé après l'Asie. Et aucune femme n'a jamais occupé le poste de Secrétaire général.

Sánchez n'a soutenu aucune candidature en particulier. Mais son message est clair. La succession d'António Guterres, prévue pour 2027, doit marquer une rupture.

Les alliés du Golfe et le reste du monde

Le discours de Sánchez a été applaudi. Mais il a aussi semé le trouble.

Pour les États-Unis, qui ont utilisé leur veto à de multiples reprises pour protéger Israël, l'appel à l'abolition du veto est une déclaration de guerre diplomatique. Pour la Russie, qui a bloqué les résolutions sur l'Ukraine, c'est une menace directe. Pour la Chine, qui protège ses intérêts au Conseil de sécurité, c'est un avertissement.

Sánchez le sait. Il a d'ailleurs reconnu que « la plupart des voix qui critiquent l'ONU ne décrivent pas son échec, elles tentent de le provoquer ».

Le Premier ministre espagnol a également dénoncé « l'ignorance colossale et effrontée » de ceux qui croient que les pays puissants « peuvent abuser du reste et n'ont besoin de personne pour prospérer ».

Et après ?

Le discours de Sánchez ne changera pas l'ONU demain. Le veto ne sera pas aboli par un discours. Les réformes prendront des années, si elles voient le jour.

Mais quelque chose a bougé. Un dirigeant européen a osé dire tout haut ce que beaucoup chuchotent. Un Premier ministre socialiste a transformé la tribune de l'ONU en caisse de résonance.

Reste une question. Combien de temps encore l'ONU pourra-t-elle fonctionner avec un système conçu pour un monde qui n'existe plus ?


Que propose Pedro Sánchez pour l'ONU ?
Il propose d'abolir le droit de veto des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, de réformer l'ONU pour une représentation plus juste de toutes les régions, et de nommer une femme latino-américaine à la tête de l'organisation.

Pourquoi Sánchez utilise-t-il le mot « génocide » pour Gaza ?
Sánchez s'appuie sur les rapports de la commission indépendante de l'ONU et sur les conclusions de la Cour internationale de Justice, qui a jugé « plausible » le risque de génocide à Gaza. Il appelle la communauté internationale à agir immédiatement.

Qu'est-ce que le droit de veto à l'ONU ?
C'est le privilège accordé aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni) de bloquer toute résolution, même si elle est soutenue par la majorité des autres membres.

Qui pourrait être la prochaine femme à diriger l'ONU ?
Aucune candidature n'a été officiellement annoncée. Sánchez a soutenu le principe d'une femme latino-américaine sans nommer de personnalité spécifique.

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