Cameroun - Sacre Akwa : le gouverneur et le préfet se contredisent sur Mbanya
© Camer.be : Toto Jacques | 24 Sep 2026 14:00:46 | 481Le gouverneur du Littoral assure que le rite de Mbanya se tiendra « en paix ». Le préfet du Wouri affirme le contraire. Le sacre du King Akwa plongé dans le doute.
À trois semaines du sacre de Louis Din Dika Akwa, deux autorités administratives donnent deux versions inconciliables sur la tenue du rite au sanctuaire de Mbanya.
Deux hommes. Deux versions. Un même site. Le gouverneur de la région du Littoral dit que la tradition pourra s'accomplir. Le préfet du Wouri dit qu'elle n'aura pas lieu. Entre les deux, un sanctuaire que les chefs Akwa considèrent comme le cœur spirituel de leur royauté. Et un roi qui attend.
Ce que le gouverneur a dit, ce que le préfet a répondu
L'affaire remonte à quelques jours. À l'approche du sacre de Louis Din Dika Akwa, prévu le 10 octobre 2026, les chefs traditionnels du canton Akwa ont sollicité l'avis des autorités administratives sur la tenue du rite au sanctuaire de Mbanya. La réponse du gouverneur Samuel Dieudonné Ivaha Diboua a été perçue comme une autorisation : les chefs pourraient accomplir leur tradition « en paix ».
Puis le préfet du Wouri, Sylyac-Marie Mvogo, a pris la parole. Il a affirmé qu'aucun rite sacré ne se tiendrait sur le site. Deux autorités. Deux positions opposées. Aucune clarification officielle n'a été publiée à ce jour.
Un site, deux légitimités
Mbanya n'est pas un simple lieu-dit. C'est un sanctuaire. Présenté par les chefs Akwa comme le lieu d'intronisation et d'onction de leurs souverains, il est situé au bord de la rivière du même nom, dans la commune de Douala 5ᵉ.
Le programme du sacre, annoncé en août 2026, prévoit que Louis Din Dika Akwa s'y rende avant la cérémonie publique prévue sur les berges du Wouri. Il recevrait ainsi son onction royale vingt-cinq ans après le sacre de son père, célébré en octobre 2001.
Mais l'accès au site fait l'objet d'un conflit ouvert depuis 2020. Cette année-là, le préfet du Wouri de l'époque, Benjamin Mboutou, signe l'arrêté n°922/AP/SAAP créant une chefferie de troisième degré à Mbanya.
Le 21 mai 2026, le Tribunal administratif du Littoral annule cet arrêté. Jugement n°1611/QDI/26. La chefferie dissidente interjette appel. Le différend oppose ceux qui présentent Mbanya comme une partie du village Bonamouang et ceux qui revendiquent l'existence d'une entité distincte.
Le Ngondo entre dans la danse
Le 20 août 2026, le Ngondo, l'Assemblée traditionnelle du peuple Sawa, publie une déclaration officielle. Référence : N°/REF: 145/PR/MEG/PED/C/08/2026. Le texte est sans ambiguïté : le sacre se déroulera sur le site sacré de Mbanya, présenté comme un espace destiné « à l'intronisation et à l'onction de hauts dignitaires Akwa, Sawa et camerounais ».
Le Ngondo précise également que Mbanya se situe dans le village Bonamouang, dans le canton Bonambela. Une manière de rappeler que le sanctuaire ne constitue pas une entité administrative distincte.
Cette prise de position n'a pas mis fin à la controverse. Elle l'a peut-être nourrie.
19 chefs tentent une clarification
Le 19 septembre 2026, dix-neuf chefs traditionnels du canton Akwa publient un communiqué. Ils y distinguent plusieurs parcelles à Mbanya. Le rite du 10 octobre se déroulera sur une parcelle dédiée, distincte de celle qui est au centre d'autres revendications.
Cette précision est importante. Elle suggère que le désaccord entre le gouverneur et le préfet pourrait reposer sur une confusion géographique : deux parcelles différentes, deux statuts différents, deux lectures administratives.
Mais elle ne remplace pas une clarification officielle. Et à ce jour, aucune n'est venue.
La guerre gouverneur-préfet
Pour comprendre la contradiction entre Ivaha Diboua et Mvogo, il faut remonter au 20 mai 2026. Ce jour-là, lors de la parade de la Fête de l'Unité nationale à Douala, le gouverneur a ostensiblement évité de saluer le préfet du Wouri.
Le geste a été capté par des dizaines de téléphones. Il a fait le tour des réseaux sociaux. Le Canard Libéré 237, qui a documenté la scène, évoque « un vent polaire » et « un désaveu en mondovision ».
Depuis, les relations entre les deux hommes sont glaciales. Sylyac-Marie Mvogo, nommé préfet du Wouri en février 2024, et Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, gouverneur du Littoral depuis des années, ne se parlent plus. Le dossier de Mbanya est devenu le théâtre de leur affrontement.
Ce que dit le droit
La procédure est simple, sur le papier. Un chef traditionnel de premier degré ce qu'est Louis Din Dika Akwa est nommé par arrêté du Premier ministre. Le préfet gère le quotidien des chefferies de troisième degré.
Sur Mbanya, deux actes s'opposent : l'arrêté préfectoral de 2020 créant la chefferie, et le jugement de mai 2026 qui l'annule. L'appel en cours suspend les effets de ce jugement.
En attendant, qui contrôle le site ? Personne ne le dit clairement. Et c'est précisément là que le bât blesse.
Les conséquences pour le sacre
Louis Din Dika Akwa a été installé comme chef supérieur du canton Akwa en juillet 2023. Son sacre, reporté à plusieurs reprises, doit consacrer son autorité. Vingt-cinq ans après son père.
Mais si le rite de Mbanya n'a pas lieu, le sacre perd une partie de sa substance. C'est ce que disent les chefs Akwa. Le passage par le sanctuaire n'est pas une formalité. C'est un moment de communion avec les ancêtres, une onction spirituelle sans laquelle le nouveau roi ne peut pas gouverner pleinement.
Dans la tradition Akwa, Mbanya est le lieu où le pouvoir se transmet. Le lieu où les rois reçoivent leur légitimité. Privé de ce passage, Louis Din Dika Akwa serait un roi sans onction.
Le calendrier est serré. Le sacre est prévu dans moins de trois semaines. Les invitations ont été lancées. Le programme est publié. Les comités sont en place.
Mais la contradiction entre le gouverneur et le préfet n'est pas résolue. Et personne, à ce stade, ne sait si le rite de Mbanya aura lieu.
Une question revient dans les couloirs de la chefferie : comment un roi peut-il être sacré si le sanctuaire qui doit le consacrer est au centre d'une bataille administrative ?
Le sacre du King Akwa est-il menacé ?
Le sacre public du 10 octobre sur les berges du Wouri n'est pas remis en cause. Le doute porte sur le rite préalable au sanctuaire de Mbanya. Sans ce passage, le sacre perd une partie de sa légitimité coutumière.
Pourquoi le préfet dit-il que le rite n'aura pas lieu ?
Le préfet du Wouri conteste la légitimité du site comme sanctuaire. Il s'appuie sur le conflit juridique autour de la chefferie de Mbanya, créée par arrêté préfectoral en 2020, annulée par le tribunal en 2026, mais toujours en appel.
Le gouverneur peut-il imposer une solution ?
Le gouverneur a autorité sur le préfet. Mais dans les faits, l'absence de clarification du ministère de l'Administration territoriale laisse la situation en suspens. Aucune instruction officielle n'a été rendue publique.
Que dit le Ngondo ?
Le Ngondo, dans une déclaration d'août 2026, a confirmé que le sacre se déroulerait à Mbanya. Il a rappelé que le site appartient au village Bonamouang, dans le canton Bonambela.
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