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Pourquoi la production pétrolière du Cameroun baisse encore

Le Cameroun produira 43 800 barils/jour en 2028 contre 54 200 en 2025. S&P confirme la note B-/B. Recettes pétrolières : 364 milliards FCFA en 2025.

La production pétrolière du Cameroun recule pour la deuxième année consécutive, entraînant une chute de 29 % des recettes transférées au Trésor, alors que les champs matures du bassin de Rio del Rey s'épuisent.

Le Cameroun a produit 19,3 millions de barils de pétrole en 2025. C'est 2 millions de moins qu'en 2024. Et selon S&P Global Ratings, ce n'est pas fini : la production tombera à 43 800 barils par jour en 2028, contre 54 200 en 2025.

L'agence de notation a confirmé la note souveraine du pays à « B-/B » le 18 septembre 2026, perspective stable. Derrière cette stabilité apparente, un chiffre raconte une autre histoire : le solde transférable au Trésor par la SNH est passé de 516,3 milliards FCFA en 2024 à 364,6 milliards en 2025. Soit 151,7 milliards de moins. Une baisse de 29,4 % en un an.

Un pays qui produit moins de pétrole, mais qui en dépend toujours autant. Voilà le paradoxe camerounais.

Une érosion lente, documentée depuis des années

La SNH ne découvre pas le problème. Dans son bilan 2024, l'entreprise publique évoquait déjà « la diminution du rendement du champ Oak » et « plusieurs arrêts sur des plateformes du bassin de Rio del Rey ». Le champ Oak, exploité dans le cadre du contrat de partage de production Bolongo, illustre la difficulté d'exploiter des gisements arrivés à maturité.

La production nationale est passée de 21,3 millions de barils en 2024 à 19,3 millions en 2025. Un repli de 9,4 %. L'année précédente, la baisse atteignait déjà 10,49 % par rapport à 2023.

Deux années consécutives de recul à deux chiffres. Ce n'est plus une fluctuation. C'est une tendance.

Les projections de S&P : ce qui attend le Cameroun d'ici 2028

S&P Global Ratings anticipe une poursuite du déclin. La production passera de 54 200 barils par jour en 2025 à 52 000 en 2026, puis à 43 800 en 2028. En volume annualisé, cela représente environ 19,8 millions de barils en 2025, 19 millions en 2026 et 16 millions en 2028.

Entre 2026 et 2028, le Cameroun perdra près de 3 millions de barils de production annualisée. Sur l'ensemble de la période 2025-2028, la baisse atteindra 3,8 millions de barils, soit 19,2 %.

Des recettes qui ne suivent plus

La baisse de production se traduit directement dans les comptes publics. Le solde transférable au Trésor est tombé à 364,58 milliards FCFA en 2025, contre 516,29 milliards un an plus tôt. La SNH a par ailleurs versé 27,71 milliards FCFA en droits et taxes, et 20,04 milliards en dividendes.

Un détail mérite attention : les volumes de brut exportés pour le compte de l'État ont légèrement progressé, passant de 12,449 millions de barils en 2024 à 12,702 millions en 2025. Le Cameroun a donc exporté un peu plus, mais encaissé nettement moins. La raison : la baisse des volumes produits pèse plus lourd que toute hausse ponctuelle des exportations.

Le FMI confirme cette pression. Dans son communiqué de février 2026, l'institution note que « le déficit courant devrait se creuser, passant de 3,3 % du PIB en 2024 à 3,9 % du PIB, en partie à cause d'une baisse des exportations de pétrole ».

Le paradoxe des importations

Le Cameroun exporte du brut. Il importe du carburant raffiné. En 2025, la facture d'importation de carburants et lubrifiants s'est élevée à 788,4 milliards FCFA, en baisse de 19,1 % mais toujours supérieure aux recettes d'exportation de brut, qui ont chuté de 29,6 % à 705,6 milliards FCFA.

Le pays dépense donc plus pour importer des produits raffinés qu'il ne gagne en exportant son propre pétrole. Et pendant ce temps, l'État a dépensé 300 milliards FCFA depuis janvier 2026 pour subventionner les prix à la pompe, selon le MINFI.

Cette équation produire moins, importer plus, subventionner davantage pèse sur un budget déjà contraint.

Le gaz : une bouée de sauvetage incertaine

S&P mentionne un relais possible : le projet Yoyo-Yolanda, développé avec la Guinée équatoriale, doté de réserves estimées à 2 500 milliards de pieds cubes. Mais l'agence souligne que des retards restent possibles.

Un autre défi se profile : le départ du navire-usine Hilli Episeyo des côtes de Kribi devrait entraîner une forte diminution de la production de GNL dès 2027. Le Cameroun perdrait ainsi son unique installation d'exportation de gaz liquéfié avant que Yoyo-Yolanda ne prenne le relais, prévu pour 2028.

Le gouvernement table sur un rebond de l'activité pétrolière et gazière de 14,9 % en 2028 et de 18,1 % en 2029, grâce à la mise en production de nouveaux champs. Ces projections restent toutefois conditionnées à la concrétisation des investissements.

Le secteur minier comme alternative

Face au recul des hydrocarbures, S&P identifie le secteur minier comme principal relais de croissance. Un programme d'investissement de 3,1 milliards de dollars est réparti sur trois projets de minerai de fer, dont le projet transfrontalier Mbalam-Nabeba, développé avec le Congo et adossé à une ligne ferroviaire de 540 kilomètres reliant les zones minières au port de Kribi.

La centrale de Nachtigal, désormais opérationnelle, fournit environ 30 % de l'électricité nationale. Les futurs barrages de Grand Eweng et de Kikot doivent renforcer l'offre énergétique.

Ces projets ne remplaceront pas le pétrole à court terme. Mais ils dessinent une trajectoire.

Ce que ça change pour le Camerounais

Un budget qui dépend moins du pétrole, c'est un budget qui doit trouver ailleurs ses recettes. Le FMI recommande « la poursuite des efforts visant à accroître les recettes intérieures non pétrolières ». En clair : élargir la base fiscale, améliorer le recouvrement, réduire les exonérations.

Le défi est structurel. Le Cameroun a bâti une partie de ses équilibres budgétaires sur une ressource qui s'épuise. Les champs du Rio del Rey vieillissent. Les nouveaux projets prendront des années avant de produire. Et entre-temps, les recettes pétrolières continueront de reculer.

La question n'est plus de savoir si le Cameroun perdra des recettes pétrolières. Elle est de savoir à quelle vitesse il saura les remplacer.


Pourquoi la production pétrolière du Cameroun baisse-t-elle ?
Parce que les champs pétroliers camerounais sont vieux. Le bassin de Rio del Rey, principal zone de production, connaît des arrêts répétés et une baisse de rendement. Le champ Oak, exploité sous contrat Bolongo, en est l'exemple le plus documenté. La SNH parle d'un « vieillissement progressif des champs pétroliers ».

Quelles sont les conséquences sur le budget de l'État ?
Les recettes pétrolières transférées au Trésor ont chuté de 29,4 % en 2025, à 364,6 milliards FCFA. Comme le pétrole finance directement une partie du budget, cette baisse réduit les marges de manœuvre de l'État. Le FMI prévoit un déficit budgétaire de 2,5 % du PIB en 2026.

Le gaz naturel peut-il compenser le déclin du pétrole ?
Pas immédiatement. Le navire Hilli Episeyo, seule installation d'exportation de GNL, quittera les côtes camerounaises en 2027. Le projet Yoyo-Yolanda, qui doit prendre le relais, n'est prévu qu'en 2028 et pourrait accuser des retards. Le gaz est une option, pas encore une solution.

Le Cameroun peut-il remplacer les recettes pétrolières ?
À moyen terme, le secteur minier (fer de Mbalam-Nabeba) et l'énergie hydroélectrique (Nachtigal, Grand Eweng, Kikot) sont identifiés comme relais. Mais leur contribution prendra du temps. En attendant, le pays doit augmenter ses recettes non pétrolières et contrôler ses dépenses.

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