BERTOUA, NOUVEAU CARREFOUR DE L’EXCELLENCE EDUCATIVE AU CAMEROUN
© AFRIKSURSEINE : Ecrivain et Romancier Calvin DJOUARI | 18 Sep 2026 23:35:26 | 259Depuis quelques années à Bertoua, l’éducation a pris une dimension nouvelle. Longtemps perçue comme une ville située aux confins orientaux du Cameroun, la capitale de la région de l’Est affirme progressivement une autre vocation, celle d’un pôle de formation capable d’attirer des étudiants venus de différentes régions du pays et même dans la sous région.
C’est dans cette dynamique que s’inscrit le Département des Sciences de l’Éducation de l’Académie professionnelle de Bertoua de l’IMETIAC-SUP, placé, selon la fiche de présentation de l’établissement, sous la tutelle académique de l’Université de Ngaoundéré. L’ambition affichée tient en une phrase qui résume presque à elle seule la philosophie de cette institution : « Former des éducateurs compétents, éthiques et innovants pour transformer l’école et la société. » Derrière ces mots se dessine une conception exigeante de l’éducation.
Il ne s’agit plus seulement de délivrer des diplômes, mais de préparer des femmes et des hommes capables de comprendre les mutations de l’école camerounaise, d’accompagner les apprenants et de participer à la modernisation du système éducatif. Pour l’année académique 2026-2027, le Département des Sciences de l’Éducation propose un parcours organisé sur plusieurs niveaux. Le premier cycle conduit au BTS en Sciences de l’Éducation, accessible aux titulaires du baccalauréat ou du GCE A/L, sur étude de dossier.
Le deuxième cycle est consacré à la Licence professionnelle, notamment en psychopédagogie et en administration scolaire. L’accès est ouvert aux titulaires du CAPIEMP ou du CAPIET disposant de l’ancienneté requise, suivant les conditions précisées par l’établissement. Le troisième cycle conduit au Master professionnel, avec des formations en sciences de l’éducation, psychopédagogie et administration scolaire, accessibles aux titulaires d’une licence professionnelle sur étude de dossier. Cette architecture de formation révèle une volonté de construire de véritables parcours professionnels.
De l’étudiant qui découvre les sciences de l’éducation au professionnel qui souhaite approfondir ses connaissances ou accéder à de nouvelles responsabilités, chacun peut trouver un niveau correspondant à son projet. Cette continuité constitue un enjeu important dans un pays où l’amélioration de l’école passe nécessairement par la qualité de celles et ceux qui enseignent, encadrent, administrent et accompagnent les apprenants. Mais l’une des transformations les plus significatives se trouve peut-être ailleurs. Bertoua n’entend plus former uniquement pour Bertoua, ni même seulement pour la région de l’Est. L’enjeu est désormais national et surtout international.
Lorsque des étudiants quittent d’autres régions pour venir se former dans la capitale de l’Est, les anciennes frontières géographiques de l’enseignement supérieur s’effacent progressivement. Bertoua cesse alors d’être seulement un lieu où l’on vient chercher une formation de proximité : elle devient une ville vers laquelle on choisit de se déplacer pour acquérir des compétences. Cette évolution participe également au rééquilibrage de la carte universitaire camerounaise. Pendant longtemps, lorsqu’on évoquait les grands centres de formation supérieure, les regards se tournaient spontanément vers Yaoundé, Douala, Ngaoundéré, Dschang ou Buea. Pourtant, le développement du Cameroun suppose aussi que l’excellence puisse s’enraciner ailleurs.
L’Est doit pouvoir former ses propres cadres, accueillir ceux des autres régions et, à son tour, envoyer ses diplômés servir partout dans le pays. C’est ainsi qu’une ville universitaire grandit : non pas lorsqu’elle conserve ses étudiants, mais lorsqu’elle devient un lieu de rencontre des intelligences. Bertoua possède, à cet égard, une position particulière. Ville de brassage et porte d’entrée d’un immense territoire, elle peut faire de l’éducation un instrument de rayonnement. Chaque étudiant qui y arrive apporte avec lui une histoire, une culture, une manière de penser et une expérience. Celui qui vient du Nord rencontre celui du Centre ; celui de l’Ouest partage une salle de cours avec celui de l’Est, du Littoral, du Sud ou d’ailleurs. L’école devient alors plus qu’un lieu d’apprentissage : elle devient un petit Cameroun, un espace où les différences régionales peuvent se rencontrer autour d’une même ambition, celle de la connaissance.
La force d’une telle initiative réside précisément dans cette capacité à faire de la formation des éducateurs un investissement pour l’ensemble de la société. Un étudiant formé aujourd’hui en psychopédagogie ou en administration scolaire pourra demain exercer dans une école, un établissement, une administration ou une structure éducative située à plusieurs centaines de kilomètres de Bertoua. La compétence acquise dans l’Est voyagera alors à travers le territoire national. Former un éducateur à Bertoua, c’est potentiellement améliorer demain une école à Garoua, Bafoussam, Douala, Ebolowa, Maroua, Yaoundé ou ailleurs. L’IMETIAC-SUP et son Académie professionnelle de Bertoua s’inscrivent non seulement dans une vision qui dépasse la simple délivrance des diplômes, mais surtout comme une chaîne de transmission des savoirs multiples.
Celui qui reçoit le savoir aujourd’hui le transmettra demain à des dizaines, parfois à des centaines d’apprenants. Former correctement un enseignant, un psychopédagogue ou un administrateur scolaire revient donc à agir indirectement sur plusieurs générations. Voilà pourquoi la promotion des sciences de l’éducation mérite une attention particulière. On ne transforme durablement un pays qu’en investissant dans les femmes et les hommes chargés de former les générations suivantes. Et lorsque Bertoua ouvre ses salles de cours à des étudiants venus de plusieurs horizons, c’est toute la région de l’Est qui change progressivement d’image. Elle n’est plus seulement cette partie éloignée du territoire que l’on regarde depuis les grands centres urbains : elle devient également une terre où l’on vient apprendre, se professionnaliser, préparer son avenir et construire celui de l’école camerounaise.
En savourant encore la joie profonde que m’a procurée la rencontre avec son promoteur, je ne peux m’empêcher d’adresser mes chaleureuses félicitations à celui-ci de cette noble initiative. Par sa détermination, son expertise, la constance de son engagement et son attachement aux valeurs fondamentales de l’éducation, il contribue progressivement à faire de Bertoua un véritable rendez-vous du savoir, de la formation et de l’excellence professionnelle. Au-delà de la formation académique proprement dite, nous devons comprendre que cette initiative porte une ambition plus vaste. Elle entend faire de l’éducation un espace ouvert, débarrassé des barrières sociales et générationnelles, où peuvent se rencontrer les expériences, les intelligences et les aspirations. Jeunes étudiants, adultes en reprise de formation, enseignants et professionnels peuvent ainsi se retrouver autour d’un même idéal : apprendre, transmettre, progresser et mettre le savoir au service de la société.
C’est précisément cette dimension qui donne toute sa force au projet. Bertoua devient peu à peu une grande tribune de la connaissance, un lieu où peuvent dialoguer, dans la discipline, le respect et la tolérance, des sensibilités différentes et des courants de pensée parfois contradictoires. L’éducation y retrouve ainsi l’une de ses missions essentielles : non pas imposer une pensée unique, mais apprendre à confronter les idées, à exercer l’esprit critique et à construire des réponses adaptées aux transformations de notre société. Une telle dynamique favorise également la création d’un véritable espace de convivialité, de rencontres, de retrouvailles, d’échanges et de partage. Étudiants, universitaires, chercheurs, enseignants, écrivains, éditeurs, libraires, intellectuels et acteurs du monde éducatif peuvent y croiser leurs expériences et leurs savoirs.
De ces rencontres naissent des vocations, des collaborations, des projets et, surtout, cette indispensable circulation de la connaissance sans laquelle aucune société ne peut durablement progresser. La contribution d’une telle œuvre à l’éducation mérite, à ce titre, d’être reconnue. Car investir dans la formation, c’est investir dans l’intelligence collective d’une nation. C’est préparer des citoyens capables de comprendre leur environnement, d’exercer leur jugement et de participer avec responsabilité à la vie de la cité. L’éducation demeure ainsi l’un des fondements essentiels de toute société démocratique, puisqu’elle donne à chacun les moyens de penser, de choisir, de débattre et d’agir en connaissance de cause.
Le succès rencontré par chaque nouvelle promotion constitue donc bien davantage qu’une satisfaction académique. Il représente un pont jeté vers de nouvelles espérances. Chaque étudiant formé, chaque compétence acquise et chaque diplôme obtenu témoignent de la possibilité de construire, à partir de Bertoua, une ambition éducative dont le rayonnement peut dépasser largement les frontières de la région de l’Est. Ainsi se dessine progressivement l’image d’un Cameroun qui fait de la recherche du savoir une promesse d’avenir. Un pays où l’origine géographique ne devrait jamais déterminer l’accès à l’excellence ; un pays où Bertoua, comme toutes les autres villes, peut devenir un foyer de connaissance capable d’attirer des étudiants venus de tous les horizons.
Car le savoir n’appartient à aucune région : il appartient à tous ceux qui le recherchent, à tous ceux qui le transmettent et à toutes les générations qui choisissent d’en faire un instrument de progrès. A travers cette dynamique, une conviction s’impose : Bertoua peut devenir l’un des territoires où se prépare une partie de l’avenir éducatif du Cameroun. Car l’excellence n’a pas de région attitrée. Elle naît partout où des institutions, des enseignants et des étudiants décident de faire du savoir une ambition collective. Et lorsque l’Est forme pour l’Est tout en ouvrant ses portes au reste du Cameroun, c’est finalement le pays tout entier qui peut bénéficier de cette circulation des connaissances et des compétences.
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