Cameroun - MRC : Willy Mengue et ses co-demandeurs désertent le tribunal pour la 2e fois
© Camer.be : Onana Nestor | 15 Sep 2026 18:39:33 | 355Pour la deuxième fois, Willy Mengue et ses co-demandeurs ont déserté le tribunal d'Ekounou. Le MRC a plaidé seul. Décision attendue le 17 septembre 2026.
Quatre avocats du MRC ont déployé un argumentaire complet pendant que les trois demandeurs dont Okala Ebode Thierry restaient absents pour la deuxième audience consécutive.
Yaoundé, Tribunal de première instance d'Ekounou, mardi 15 septembre 2026, 12 h. À l'appel de l'affaire MRC contre Willy Mengue et deux autres, la salle est presque vide du côté des demandeurs.
Les trois requérants Willy Mengue, Laure Noutchang et Sébastien Mbala Wouria II sont absents. Okala Ebode Thierry, leur habituel porte-parole, ne s'est pas déplacé non plus.
Seul un collaborateur de Me Bipan Francis est présent. Il dépose des conclusions. Puis il se tait.
La défense du MRC, elle, est là. Quatre avocats, prêts à plaider. Le juge les y autorise. Ils vont parler pendant que les demandeurs, eux, ont choisi le silence.
Une absence qui commence à peser
C'est la deuxième fois consécutive que les demandeurs désertent le prétoire. Le 10 septembre déjà, leur conseil avait sollicité un report, invoquant « un état de santé précaire » et la réception tardive des conclusions du Ministère Public. Le président avait accédé à cette demande.
Cette fois, personne n'a demandé de renvoi.
Le collaborateur de Me Bipan a déposé les écritures qui réaffirment la demande initiale de désignation d'un mandataire judiciaire ad hoc chargé de « normaliser » le fonctionnement du MRC puis a précisé que son mandat se limitait à cela. Pas de plaidoirie. Pas de débat.
Une attitude qui interroge. Pourquoi les demandeurs, représentés par un avocat, ne viennent-ils plus défendre leur propre cause devant le juge ?
La défense du MRC déploie un arsenal juridique
Pendant que la partie demanderesse gardait le silence, la défense a eu le champ libre.
Me Hippolyte B.T. Meli, du Collectif Sylvain Souop, a ouvert les débats en replaçant le contexte de la procédure. Il a ensuite passé la parole à trois de ses confrères.
Me Martin Ntene Nzohoua, avocat à la Cour, connu pour avoir défendu Maurice Kamto dans plusieurs dossiers judiciaires, a développé les moyens de défense du MRC. Me Fidèle Djoumbissie, avocat et responsable du MRC dans la région du Littoral, a poursuivi. Me Emmanuel Simh, vice-président du MRC et avocat de formation, a clos les échanges.
Leur argumentaire s'appuie sur un faisceau de textes :
- Les instruments internationaux relatifs aux droits de l'homme article 20 de la Déclaration universelle de 1948, article 22 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966, article 10 de la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples.
- La Constitution camerounaise Préambule, articles 3 et 45.
- La loi n° 90/056 du 19 décembre 1990 relative aux partis politiques articles 2, 3 et 18.
- L'article 185 du Code de procédure civile et commerciale.
- La jurisprudence constante de la Cour suprême du Cameroun.
- Les statuts et le règlement intérieur du MRC.
La thèse est simple : le juge des référés ne peut pas désigner un mandataire judiciaire ad hoc dans un parti politique, car cette demande se heurte à une « contestation sérieuse » le fonctionnement et la validité des actes de l'organisation partisane étant eux-mêmes discutés au fond. Le juge ne saurait se prononcer sans préjudicier au fond et porter atteinte au principe de libre administration des partis politiques.
Cette position est soutenue par le Ministère Public.
Le contexte : une crise interne qui s'envenime
L'affaire qui a conduit les trois dissidents devant le tribunal d'Ekounou trouve sa source dans la crise interne du MRC.
En juin 2025, Maurice Kamto démissionne de la présidence du parti pour rechercher l'investiture du Manidem en vue de l'élection présidentielle. Sa candidature est rejetée par ELECAM, puis par le Conseil constitutionnel.
En décembre 2025, il est réintégré à la tête du MRC. Une réintégration que Willy Mengue, Laure Noutchang et Sébastien Mbala Wouria II contestent. Ils estiment qu'elle n'a pas respecté les statuts : ni constat officiel de démission par le directoire, ni convention organisée dans le délai de 60 jours prévu.
Le parti riposte sur le plan disciplinaire. Le 29 juin 2026, le Comité national de médiation et d'arbitrage du MRC prononce l'exclusion définitive de Willy Mengue pour « trahison, indiscipline et manque de loyauté ». La sanction est approuvée par le directoire le lendemain, mais rendue publique seulement le 8 juillet la veille de l'audience du 9 juillet.
Willy Mengue affirme avoir appris son exclusion sur les réseaux sociaux.
Okala Ebode Thierry, membre fondateur du MRC et ancien secrétaire national chargé de la réforme et de la modernisation de l'État, a été exclu pour « haute trahison » après avoir publiquement ouvert le débat sur le retour de Maurice Kamto. Le 2 septembre 2026, il déclarait sur Radio Balafon : « Le MRC n'a pas de président en ce moment. »
Ce que dit l'absence des demandeurs
La question qui flotte dans la salle d'audience ce 15 septembre 2026 est simple : pourquoi les demandeurs ne viennent-ils plus ?
Trois hypothèses, aucune confirmée.
La première : la solidité de leur dossier. Un avocat qui ne plaide pas, un demandeur qui ne vient pas, cela ressemble à une procédure qui s'essouffle. Me Simh l'a souligné à sa manière, en clôturant les plaidoiries : « Il ne s'agit pas d'un jeu : les gens sont morts et enterrés pour la cause, les citoyens meurent de mort lente. » La phrase vise l'irréversibilité de l'enjeu politique. Elle contraste avec la légèreté apparente d'une procédure portée par des absents.
La deuxième : une éventuelle négociation en cours. Nous n'avons aucune information sur ce point. Ni confirmation ni démenti.
La troisième : un problème interne au camp des demandeurs eux-mêmes. Leur conseil habituel, Me Bipan Francis, a envoyé un collaborateur. Pas lui. Pourquoi ? Nous n'avons pas pu le joindre avant publication.
Le président du tribunal a déclaré les débats clos. L'ordonnance sera rendue le jeudi 17 septembre 2026 à 12 h.
Quelle que soit la décision, une chose est claire : le MRC a choisi la bataille judiciaire. Ses avocats ont plaidé pendant que les demandeurs, eux, brillaient par leur absence.
Une question demeure, que personne n'a posée à l'audience : comment demander à un tribunal de « normaliser » un parti quand on ne se présente même pas pour défendre sa demande ?
Que demandent Willy Mengue et ses co-demandeurs ?
Ils demandent au tribunal de désigner un mandataire judiciaire ad hoc chargé de « normaliser » le fonctionnement interne du MRC. Ils contestent la légalité du retour de Maurice Kamto à la tête du parti en décembre 2025.
Pourquoi les demandeurs étaient-ils absents à l'audience du 15 septembre 2026 ?
Aucune explication officielle n'a été fournie. C'est la deuxième absence consécutive. Leur conseil, Me Bipan Francis, a envoyé un collaborateur qui a déposé des conclusions sans plaider.
Qui sont les avocats du MRC dans cette affaire ?
Me Hippolyte B.T. Meli (Collectif Sylvain Souop), Me Martin Ntene Nzohoua, Me Fidèle Djoumbissie et Me Emmanuel Simh, vice-président du MRC.
Quand le tribunal rendra-t-il sa décision ?
Le président a mis l'affaire en délibéré. L'ordonnance est attendue le jeudi 17 septembre 2026 à 12 heures.
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#MRC #Cameroun #Kamto #Justice #YaoundéLire aussi
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