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Cameroun - SONARA condamnée à 42,8 milliards FCFA au Royaume-Uni

La SONARA a perdu son dernier recours au Royaume-Uni. Elle devra payer 42,8 milliards FCFA à Sahara Energy. Décryptage d'une débâcle financière et judiciaire.

Une débâcle judiciaire de plus de quatre ans qui laisse la raffinerie camerounaise exsangue et l'État face à une facture qu'il ne peut plus ignorer.

Londres a dit non. Définitivement.

Le 29 juin 2026, la Cour suprême du Royaume-Uni a refusé à la SONARA l'autorisation d'appel dans le dossier qui l'oppose à la société nigériane Sahara Energy. La raffinerie camerounaise devra payer 76,97 millions de dollars environ 42,8 milliards de francs CFA pour des cargaisons de pétrole brut livrées entre 2013 et 2016 et jamais totalement réglées.

Une décision lourde. Pas seulement par son montant. Parce qu'elle tombe sur une entreprise déjà à genoux, six ans après l'incendie qui a détruit son outil de production à Limbé.

Et parce qu'elle pose une question que personne, à Yaoundé, ne veut affronter publiquement : qui paiera vraiment ?

Une raffinerie à l'arrêt, une dette qui court

La SONARA, unique raffinerie du Cameroun, a cessé ses activités de raffinage dans la nuit du 31 mai 2019. Un incendie d'une violence rare a détruit une partie importante des unités de production du site de Limbé, dans la région anglophone du Sud-Ouest. Depuis, l'entreprise importe des produits pétroliers raffinés pour approvisionner le marché camerounais.

Mais la procédure judiciaire contre Sahara Energy ne date pas de l'incendie. Elle remonte bien avant.

Entre 2013 et 2016, Sahara Energy Resource Ltd a livré plusieurs cargaisons de pétrole brut à la SONARA, dans le cadre d'un contrat signé le 14 janvier 2013. La raffinerie a réglé le principal des factures et les intérêts contractuels après l'ouverture du contentieux. Trois catégories de créances restaient en discussion : des intérêts supplémentaires liés au coût du financement supporté par Sahara auprès de ses banques, des pertes de change, et des pénalités bancaires liées aux lettres de crédit.

Le « Joint Report » de 2019 : le document qui a tout scellé

Les 4 et 5 septembre 2019, les deux entreprises se retrouvent à la raffinerie de Limbé pour une réunion de réconciliation. À l'issue, un document est signé : le « Joint Report ». Il classe les intérêts supplémentaires et les pertes de change parmi les « Undisputed Claims » littéralement, les créances non contestées pour un montant total de 76 967 673,97 dollars. Les pénalités bancaires, chiffrées à 50 760 089,41 dollars, sont classées parmi les « Disputed Claims », les créances contestées.

C'est l'interprétation de ce document qui a déterminé l'issue de tout le contentieux.

La SONARA a soutenu que le « Joint Report » ne constituait pas un accord contraignant sur les créances non contestées, notamment en l'absence d'un calendrier de remboursement précis. Elle a également mis en avant sa dépendance financière vis-à-vis de l'État camerounais pour expliquer son incapacité à honorer ses engagements.

La Haute Cour de Londres lui a donné raison le 9 décembre 2024. La Cour d'appel d'Angleterre et du Pays de Galles a renversé cette décision le 6 février 2026, jugeant que l'expression « Undisputed Claims » devait être prise dans son sens ordinaire : les créances en question n'étaient plus contestées par la SONARA. Rien, dans le « Joint Report », ne rendait l'engagement de la raffinerie conditionnel à une approbation préalable du gouvernement camerounais.

Le 29 juin 2026, la Cour suprême britannique a définitivement refusé d'examiner l'affaire, estimant que la requête de la SONARA ne soulevait pas de question de droit d'importance générale.

Le montant : ce que la SONARA doit vraiment

Les 42,8 milliards de francs CFA 76,97 millions de dollars correspondent aux « Undisputed Claims » du « Joint Report » : intérêts supplémentaires et pertes de change. La SONARA n'est donc pas condamnée à payer les 50,76 millions de dollars de pénalités bancaires réclamés par Sahara Energy. La Cour d'appel a confirmé le rejet de cette partie de la demande, estimant que la clause d'indemnité du contrat de 2013 ne permettait pas à Sahara de répercuter ces coûts sur la SONARA.

Sahara Energy a également tenté de porter ce volet devant la Cour suprême. Sa requête a été rejetée le même jour, dans le dossier UKSC/2026/0047.

Une victoire partielle pour les deux parties, donc. Mais une défaite retentissante pour la SONARA sur le principal.

Une condamnation qui s'ajoute à une liste déjà longue

Le timing est cruel. Le 29 juin 2026, jour où la Cour suprême a rejeté le recours de la SONARA, le gouvernement camerounais ouvrait à Yaoundé un « Market Sounding » destiné à relancer le projet de réhabilitation et de modernisation de la raffinerie, dans le cadre d'un partenariat public-privé. La restructuration de la dette de la SONARA figurait parmi les sujets au menu des discussions avec les investisseurs internationaux.

Le fardeau est lourd. Selon des estimations citées par des médias spécialisés, la dette accumulée par la SONARA depuis l'arrêt de ses activités de raffinage atteignait environ 376 milliards de francs CFA en 2021, et les coûts de réparation étaient estimés à plus de 250 milliards. Par ailleurs, une créance de 353 milliards de francs CFA a été accordée à la compagnie minière australienne Sundance Resources en juillet 2026, selon l'économiste Serge Alain Godong, cité par RFI.

L'État camerounais, lui, garantit déjà à la SONARA une marge fixe financée par une taxe sur le carburant, qui avait accumulé 479 milliards de francs CFA auprès de la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) fin octobre 2025, selon La Tribune.

Autrement dit : la facture de 42,8 milliards ne tombe pas dans le vide. Elle s'empile.

La question que tout le monde se pose

Qui paiera ?

La SONARA n'a pas les moyens de payer. Depuis 2019, elle est en mode survie, important des produits pétroliers pour le marché intérieur. Le gouvernement camerounais, son principal soutien, est lui-même sous pression budgétaire. La dette publique du pays atteignait 15 416 milliards de francs CFA au 31 mars 2026, en hausse de 6 % sur un an, selon des données relayées par le site Leconomie.info.

La décision de la Cour suprême britannique n'ordonne pas à l'État camerounais de payer à la place de la SONARA. Mais en pratique, la raffinerie est une entreprise publique. C'est le contribuable qui absorbera l'ardoise, d'une manière ou d'une autre.

Nous avons tenté de joindre la SONARA pour obtenir une réaction officielle. Aucune réponse ne nous était parvenue au moment de publier ces lignes. De même, le communiqué du gouvernement camerounais n'était pas encore rendu public.

Et maintenant ?

L'issue judiciaire est définitive. La SONARA ne peut plus contester la créance de 76,97 millions de dollars devant les tribunaux britanniques. Reste à savoir comment elle compte s'en acquitter et dans quel délai. Sahara Energy, de son côté, pourrait chercher à faire exécuter la décision au Cameroun ou dans d'autres juridictions où la SONARA détient des actifs.

La réhabilitation de la raffinerie, elle, reste un chantier ouvert. Le « Market Sounding » de juin 2026 a confirmé l'intérêt d'investisseurs internationaux, mais la condamnation à payer 42,8 milliards de francs CFA risque de compliquer les négociations. Les investisseurs n'aiment pas les passifs judiciaires non provisionnés.

La dette de la SONARA est désormais un problème structurel pour l'État camerounais. Et le calendrier électoral de 2026 ne rend pas la pilule plus facile à avaler.


Pourquoi la SONARA a-t-elle été condamnée à payer 42,8 milliards FCFA ?
Parce qu'elle n'a pas contesté dans les délais des créances identifiées comme « Undisputed Claims » dans le « Joint Report » signé avec Sahara Energy en septembre 2019. La justice britannique a jugé que ce document constitue un accord contraignant.

Sahara Energy, c'est qui ?
Une société nigériane de négoce de pétrole, active dans plusieurs pays africains, dont le Cameroun. Elle a fourni du pétrole brut à la SONARA entre 2013 et 2016.

La SONARA peut-elle encore faire appel ?
Non. La Cour suprême du Royaume-Uni a refusé l'autorisation d'appel le 29 juin 2026. La décision de la Cour d'appel est définitive.

Quelles conséquences pour le Cameroun ?
La créance s'ajoute aux 376 milliards de francs CFA de dettes déjà accumulées par la SONARA depuis 2019, et aux 353 milliards accordés à Sundance Resources en juillet 2026. L'État, principal actionnaire, devrait en supporter le coût.

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