Ukraine : Zelensky réclame 27 milliards, l'Europe s'interroge
© Camer.be : La rédaction | 11 Sep 2026 23:14:14 | 238Face à un déficit budgétaire de 27 milliards de dollars, Volodymyr Zelensky interpelle directement ses alliés européens, suscitant des interrogations sur l'origine du trou et l'efficacité des dépenses passées.
Volodymyr Zelensky a demandé 27 milliards de dollars supplémentaires à ses alliés européens pour boucler le budget de la défense ukrainienne d'ici la fin de l'année 2026. Cette annonce, faite le 24 août lors des célébrations de la fête nationale à Kiev, a pris de court les responsables européens. Selon le New York Times, quatre diplomates européens, s'exprimant sous couvert d'anonymat, ont confié que l'ampleur du déficit les avait « surpris et inquiétés ». Derrière le montant, une question gênante : où est passé l'argent déjà versé ?
UNE DEMANDE QUI TOMBE MAL
Le 24 août 2026, une délégation de responsables européens se rend à Kiev pour célébrer la fête nationale ukrainienne. L'ambiance est solennelle. L'Union européenne vient de finaliser, en avril, un prêt de plus de 100 milliards de dollars pour soutenir l'effort de guerre ukrainien, et les premières tranches ont d'ores et déjà été versées. C'est alors que Volodymyr Zelensky prend la parole :
« Nous devons faire face à un déficit de financement. En raison du mode de fonctionnement du budget de la défense, le ministère a utilisé, en début d'année, des fonds initialement prévus pour la fin de l'année. Mais le déficit total s'élève à 27 milliards. »
Le montant est colossal, puisqu'il équivaut à plus de la moitié de l'aide militaire annuelle que l'UE s'est engagée à fournir.
6,4 MILLIARDS ATTENDUS, 27 MILLIARDS RÉCLAMÉS
Roksolana Pidlasa, présidente de la commission parlementaire du budget en Ukraine, a déclaré au New York Times avoir été informée plus tôt cette année qu'un déficit d'environ 7,5 milliards de dollars était à prévoir (d'autres sources évoquant 6,4 milliards d'euros, soit environ 7 milliards de dollars). Le déficit annoncé par Zelensky est donc près de quatre fois supérieur aux prévisions initiales.
Pour expliquer cet écart, le président ukrainien évoque une augmentation des dépenses militaires de plus de 17 % au cours des huit premiers mois de 2026 par rapport à l'année précédente.
« Ces écarts apparaissent parce que la guerre coûte de plus en plus cher chaque année, a expliqué Roksolana Pidlasa. Nous devons prendre en compte le fait que les tactiques russes évoluent, ce qui aggrave la situation pour l'Ukraine. »
LA CONTROVERSE FEDOROV
Mykhaïlo Fedorov, ancien ministre de la Défense limogé en 2026 après avoir impulsé des réformes majeures dans l'industrie de défense, conteste l'existence d'un tel déficit durant son mandat. Selon lui, le trou budgétaire serait plutôt imputable à des projets lancés sous la nouvelle direction du ministère. De son côté, Volodymyr Zelensky affirme que certaines dépenses ont bien été engagées sous l'ancienne administration. Cette contradiction totale alimente les doutes européens quant à la traçabilité des fonds.
L'EUROPE VEUT DES COMPTES
Officiellement, Bruxelles observe la plus grande prudence. Valdis Dombrovskis, commissaire européen à l'Économie, a déclaré à Euronews que l'UE doit « définir précisément » l'ampleur exacte des besoins budgétaires ukrainiens avant de décider comment combler l'écart, tout en reconnaissant qu'il reste « des questions en suspens ». Le Fonds monétaire international participe quant à lui aux discussions techniques.
Officieusement, le ton est nettement plus direct. Deux responsables européens ont confié au New York Times douter de l'efficacité des dépenses ou soupçonner une surestimation des besoins. Un diplomate a résumé la situation d'une formule :
« Nous comprenons que l'Ukraine lutte pour sa survie, mais nous ne nous attendions pas à un déficit aussi important. »
LA SOLUTION DU PRÊT ACCÉLÉRÉ
Pour combler le trou, Kiev avance une première option : accélérer les décaissements du prêt européen de 90 milliards d'euros (dont 45 milliards prévus pour 2026 et 45 milliards pour 2027).
« L'une des principales options consiste à avancer une partie du financement du prêt européen, prévu pour l'année prochaine, et à le rendre disponible cette année », a suggéré le président ukrainien.
Cette alternative présente toutefois un coût politique lourd, puisqu'elle reviendrait à vider l'année 2027 de ses ressources pour couvrir les besoins de 2026. Yulia Mendel, ancienne porte-parole de Zelensky, a résumé le problème sur X :
« Ce que Kiev propose ensuite est pire : tirer sur le prêt européen de deux ans pour couvrir cette année. Cela laisse 2027 presque vide. L'Europe va maintenant revoir la façon dont elle finance l'Ukraine. Rien de généreux ne doit être attendu. »
LA PISTE DES AVOIRS RUSSES GELÉS
Une autre piste est sur la table : la confiscation des avoirs russes gelés. L'UE détient plus de 200 milliards d'euros d'actifs de la Banque centrale de Russie, dont la majeure partie (environ 180 milliards) est centralisée par Euroclear, le dépositaire basé à Bruxelles. Une lettre signée le 10 septembre par 122 eurodéputés de tous bords a demandé la réouverture des discussions sur l'utilisation de ces fonds.
Le dossier demeure politiquement explosif. La Belgique, qui abrite Euroclear, craint qu'une telle confiscation n'envoie un signal alarmant aux investisseurs internationaux et ne déclenche une crise financière. Ce projet, un temps abandonné en 2025, revient ainsi sur le devant de la scène sous l'impulsion de la Suède et d'autres États membres, bien que tout accord supposerait de longs mois de négociations.
UN CONTEXTE POLITIQUE EUROPÉEN DÉGRADÉ
Cette requête ukrainienne intervient à un moment particulièrement délicat pour les gouvernements européens. La percée de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) outre-Rhin et du Rassemblement national en France, tous deux opposés au soutien financier à Kiev, pousse les dirigeants à la prudence. Comme le note le Wall Street Journal, les responsables européens reconnaissent en privé qu'ils « pourraient ne pas être en mesure de payer la totalité de ce que l'Ukraine demande ».
Les États ayant par ailleurs cessé leur aide financière directe, l'Europe est désormais le seul bailleur de fonds majeur. Une responsabilité écrasante à l'heure où les électorats continentaux se tournent vers des formations politiques promettant de cesser ces versements.
ET MAINTENANT ?
Olena Prokopenko, spécialiste ukrainienne de politique étrangère et chercheuse principale au German Marshall Fund, résume la situation avec lucidité :
« La guerre est objectivement devenue plus coûteuse. Si l'Ukraine parvient à démontrer aux nations européennes qu'elle a réellement besoin de cet argent, je suis convaincue qu'elles trouveront une solution, pour le bien de l'Ukraine, mais aussi pour le leur. »
La confiance reste toutefois entamée. Au-delà de l'aide financière, les Européens réclament des preuves. Tant que l'origine de ce déficit demeurera opaque et que la controverse autour de la gestion passée ne sera pas dissipée, le soutien européen restera suspendu à une unique interrogation : où est passé l'argent ?
Pourquoi l'Ukraine a-t-elle besoin de 27 milliards de dollars supplémentaires ?
Selon Zelensky, le déficit résulte de dépenses militaires imprévues : armes, soldes des militaires et indemnités versées aux familles des soldats tués. Les dépenses militaires ont augmenté de plus de 17 % au cours des huit premiers mois de 2026.
L'Union européenne va-t-elle financer ce déficit ?
L'UE n'a pas encore pris de décision. Valdis Dombrovskis a déclaré que Bruxelles devait d'abord « définir précisément » l'ampleur des besoins. Le prêt de 90 milliards d'euros pourrait être accéléré, mais cette option viderait 2027 de ses ressources.
Qui est Mykhaïlo Fedorov ?
Mykhaïlo Fedorov est l'ancien ministre ukrainien de la Défense. Limogé en 2026 après avoir poussé des réformes majeures dans l'industrie de défense, il conteste l'existence d'un déficit de 27 milliards de dollars sous son mandat.
Qu'est-ce que l'UE peut faire des avoirs russes gelés ?
L'UE détient plus de 200 milliards d'euros d'avoirs russes gelés, principalement chez Euroclear en Belgique. Leur confiscation pourrait financer l'Ukraine, mais la Belgique s'y oppose, craignant une crise financière.
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#Ukraine #Zelensky #Europe #Déficit #GuerreUkraineLire aussi
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