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Coupures électricité Cameroun : Tawamba interpelle la SOCADEL

Coupures électricité Cameroun : Célestin Tawamba interpelle la SOCADEL et réclame « la lumière ». 65 % des entreprises tournent au groupe électrogène.

Face aux coupures d'électricité persistantes au Cameroun, le président du GECAM, Célestin Tawamba, interpelle directement la SOCADEL et lance un message sans détour : « Remettez-nous la lumière ! »

Célestin Tawamba, président du Groupement des Entreprises du Cameroun (GECAM), a interpellé la Société camerounaise d'Électricité (SOCADEL) sur les coupures d'électricité qui paralysent l'économie camerounaise. Le 22 janvier 2026 à Douala, face au ministre de l'Eau et de l'Énergie Gaston Eloundou Essomba, le patron des patrons avait déjà résumé le paradoxe camerounais : « Plus on investit, moins il y a d'électricité ». Huit mois plus tard, à l'occasion de la 2ᵉ Rentrée économique du Patronat, le 10 septembre 2026, le constat n'a pas changé. Il s'est aggravé. Et cette fois, Tawamba ne parle plus de constat. Il lance un ordre : « Remettez-nous la lumière ! »

LA RENTRÉE ÉCONOMIQUE DU PATRONAT : UN CRI D'ALARME

Ce jeudi 10 septembre 2026, le siège du GECAM à Douala accueillait la 2ᵉ édition de la Rentrée économique du Patronat. Sur la table, un sujet brûlant : l'électricité. Célestin Tawamba, président de la principale organisation patronale du pays, a dressé un bilan sans concession de la conjoncture économique camerounaise.

Le constat est simple. Le pays produit plus d'électricité qu'avant, mais les entreprises en reçoivent moins. La faute à un réseau de transport et de distribution saturé, vétuste, incapable d'acheminer le courant des centrales vers les usines. Le ministre de l'Eau et de l'Énergie, Gaston Eloundou Essomba, l'avait reconnu en janvier 2026 : le Réseau interconnecté Sud (RIS) dispose de 1 536 MW de capacité pour une demande nationale estimée à 1 206 MW. Sur le papier, l'offre couvre la demande. Dans la réalité, les usines sont les premières débranchées.

LA SOCADEL, UNE RÉPONSE QUI NE RÉPOND PAS

La création de la SOCADEL, en mai 2026, devait incarner le renouveau. La Société camerounaise d'Électricité, née de la renationalisation d'ENEO, est désormais détenue à 100 % par l'État camerounais, avec un capital de 43,9 milliards de FCFA. L'État a racheté les 51 % détenus par le fonds britannique Actis pour 78 milliards de FCFA. Sur le papier, une bonne affaire. Dans les faits, la SOCADEL a hérité d'une dette de plus de 800 milliards de FCFA, dont plus de 500 milliards dus aux fournisseurs.

Et les coupures continuent. Pire : elles se sont étendues. En juin 2026, la cimenterie de Cimencam à Figuil, un investissement de 50 milliards de FCFA, a dû suspendre sa production après avoir été déconnectée du Réseau Interconnecté Nord. À Maroua, le sac de ciment est passé de prix normaux à 8 500-10 000 FCFA. L'usine, inaugurée en grande pompe en juin 2025 par le Premier ministre, est à l'arrêt un an après sa mise en service.

« Près de sept coupures sur dix ne viennent pas des centrales : elles viennent des fils », résume un expert en politiques énergétiques dans les colonnes d'EcoMatin. Le point de blocage a une adresse : le corridor Édéa-Douala, où le transit plafonne à 540 MW quand la zone en demande 671.

65 % DES ENTREPRISES TOURNENT AU GROUPE ÉLECTROGÈNE

Les chiffres du GECAM sont sans appel. Selon les enquêtes Enterprise Surveys de la Banque mondiale, 65 % des entreprises camerounaises recourent à un groupe électrogène pour maintenir leur activité. L'autoproduction coûte entre 200 et 350 FCFA par kilowattheure, contre 50 à 99 FCFA pour le tarif industriel. L'écart est abyssal. Il ronge les marges, freine la compétitivité, étouffe la croissance.

Dans certaines régions, les rationnements peuvent aller jusqu'à 10 heures par jour. Des fleurons industriels ont dû temporairement suspendre leur production faute de puissance disponible. Le préjudice est colossal. En janvier 2026, un rapport évoquait un manque à gagner de 13 milliards de FCFA par mois pour l'industrie camerounaise.

NACHTIGAL N'A PAS TOUT RÉSOLU

Le barrage de Nachtigal, mis en service progressivement depuis 2024, a injecté 3 613 785 MWh dans le réseau national à fin mai 2026. Une performance saluée par les autorités. Mais l'impact sur les entreprises reste limité. Pourquoi ? Parce que l'énergie produite ne peut pas être transportée jusqu'aux zones de consommation. Le réseau de transport est congestionné. Les postes de transformation saturent. Le transformateur de Logbaba grimpe à 140 % de sa charge, celui de Bekoko à 120 %.

« Le problème n'est plus dans les centrales : il est dans les lignes », analyse Romain Blachier, consultant en politiques énergétiques, dans une tribune publiée par EcoMatin. La formule est cruelle. Elle dit tout du gâchis : on a investi dans la production, pas dans l'acheminement. Et les entreprises paient la facture.

UN CONTEXTE ÉCONOMIQUE GLOBAL SOUS TENSION

La crise électrique n'est pas un îlot. Elle s'inscrit dans un environnement macroéconomique dégradé. À la fin du premier trimestre 2026, les dépenses d'investissement de l'État se sont effondrées de 74,4 %, tombant à 45 milliards de FCFA contre 175,5 milliards l'année précédente. Le taux d'exécution des crédits d'investissement s'est limité à 2,2 %. Le budget de fonctionnement représente désormais 79,2 % du budget public, contre 20,8 % pour l'investissement. En clair : l'État dépense pour fonctionner, pas pour construire.

Les infrastructures routières et ferroviaires sont également dégradées. Sur le corridor Douala-Ngaoundéré, les dysfonctionnements du réseau génèrent un surcoût logistique de 15 à 20 % pour les marchandises à destination du Nord-Cameroun, du Tchad et de la République centrafricaine. Les coûts de transport ont progressé de 11,5 % en 2023 puis de 12,3 % en 2024 sur les principales liaisons sous-régionales.

CE QUE TAWAMBA EXIGE

Face à ce tableau, Célestin Tawamba ne se contente pas de dénoncer. Il formule des exigences. Le GECAM appelle à une amélioration de la gouvernance du secteur électrique, à une meilleure planification et à une mise en service effective des infrastructures annoncées. Le patronat réclame des comptes sur les investissements réalisés. « En construisant les barrages, quels étaient les KPI à atteindre ? Objectivement, quelle évaluation ? » interroge un observateur dans les commentaires de la page LinkedIn du quotidien L'Économie.

La question est légitime. Entre 2012 et 2023, plus de 300 milliards de FCFA ont été mobilisés par le budget de l'État pour stabiliser ENEO. Le Fonds monétaire international avait alerté sur l'impact croissant de cette reprise en main sur la soutenabilité des finances publiques. Aujourd'hui, la SOCADEL, nouvelle entité, hérite du même problème structurel : des tarifs administrés en dessous du seuil de rentabilité, obligeant le Trésor à verser des compensations récurrentes.

LA LUMIÈRE VIENDRA-T-ELLE UN JOUR ?

Le message de Tawamba est un ultimatum déguisé. Le patronat camerounais, pilier de l'économie nationale, ne peut plus attendre. Les entreprises ferment, les investissements fuient, les emplois disparaissent. La lumière n'est pas un luxe. C'est une condition de survie économique.

La question n'est plus de savoir si la SOCADEL peut résoudre la crise. Elle est de savoir quand. Et à quel prix. Pour les patrons camerounais, la réponse se résume à trois mots. Trois mots que Célestin Tawamba a lancés comme un avertissement : « Remettez-nous la lumière ! »


Pourquoi y a-t-il des coupures d'électricité au Cameroun ?
Les coupures sont principalement causées par un réseau de transport et de distribution saturé, vétuste et sous-dimensionné. Près de 70 % des coupures proviennent du réseau, et non des centrales de production.

Qu'est-ce que la SOCADEL ?
La Société camerounaise d'Électricité (SOCADEL) est l'entreprise publique issue de la renationalisation d'ENEO en mai 2026. Elle est détenue à 100 % par l'État camerounais et a hérité d'une dette de plus de 800 milliards de FCFA.

Qui est Célestin Tawamba ?
Célestin Tawamba est le président du Groupement des Entreprises du Cameroun (GECAM) depuis 2017. Diplômé de HEC Paris et de l'Université Paris-Dauphine, il dirige le groupe industriel Cadyst Invest.

Le barrage de Nachtigal a-t-il résolu les coupures ?
Non. Nachtigal a injecté plus de 3,6 TWh dans le réseau, mais l'énergie ne peut pas être transportée jusqu'aux zones de consommation en raison de la congestion du réseau de transport.

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