Cameroun - Démissions au MRC : quel avenir pour le procès Okala Ebode ?
© Camer.be : Onana Nestor | 08 Sep 2026 16:42:05 | 404Les démissions de Maurice Kamto et Mamadou Mota rebattent-elles les cartes du procès opposant Okala Ebode au MRC ? L'audience du 24 septembre 2026 s'annonce cruciale.
Alors que Maurice Kamto et Mamadou Mota ont quitté la direction du MRC, le contentieux judiciaire opposant Joseph Thierry Okala Ebode, cofondateur exclu, au parti reste pendant. L'audience du 24 septembre 2026 au Tribunal de Grande Instance du Mfoundi pourrait marquer un tournant décisif.
Ce mardi 8 septembre 2026, le MRC a perdu ses deux têtes dirigeantes : Maurice Kamto a démissionné de la présidence, suivi de quelques minutes par son premier vice-président Mamadou Mota. Un séisme politique qui soulève une question juridique brûlante : qu'adviendra-t-il du procès opposant Joseph Thierry Okala Ebode, cofondateur exclu du parti, au MRC ? L'audience, fixée au 24 septembre 2026 devant le Tribunal de Grande Instance du Mfoundi, pourrait voir sa configuration modifiée par ces départs. Mais sur le plan juridique, la démission des dirigeants ne signifie pas automatiquement la disparition du contentieux.
Un contentieux qui remonte à novembre 2025
L'affaire Okala Ebode trouve ses racines dans une exclusion prononcée le 7 novembre 2025. Joseph Thierry Okala Ebode, membre fondateur du MRC et ancien secrétaire national chargé de la réforme et de la modernisation de l'État, a été exclu du parti pour « haute trahison ». Une décision qu'il conteste vivement, estimant qu'elle repose sur une procédure irrégulière.
L'exclusion fait suite à une plainte déposée par le professeur Alain Fogue Tedom, alors en détention, accusant Okala Ebode de trahison. Okala Ebode, qui avait publiquement ouvert le débat sur le retour de Maurice Kamto à la tête du MRC après sa démission de 2025 pour rejoindre le MANIDEM, a été sanctionné. « J'ai été exclu parce que j'ai ouvert le débat sur le retour de Maurice Kamto à l'intérieur du MRC », a-t-il déclaré.
Une procédure contestée sur le fond et la forme
Le 6 février 2026, Okala Ebode a fait signifier par exploit d'huissier une assignation en nullité visant la décision n° 007/2025 rendue par le Comité National de Médiation et d'Arbitrage (CNMA). Sa défense repose sur plusieurs arguments :
- Violation des délais légaux : le CNMA n'aurait imparti que quatre jours à l'accusé pour répondre aux charges, alors que l'article 14 du règlement prévoit dix jours.
- Absence d'audition : Okala Ebode affirme n'avoir jamais été convoqué pour une audition en personne, une violation de l'article 13 du règlement.
- Inexistence de l'article 36 : l'exclusion s'appuierait sur un article 36 qui n'existerait pas, le règlement de procédure ne contenant que 31 articles.
Un parcours judiciaire chaotique
L'affaire a connu plusieurs rebondissements. La première audience était fixée au 26 février 2026 devant le Tribunal de Grande Instance du Mfoundi. Elle a été renvoyée à plusieurs reprises, notamment au 26 mars 2026 pour vice de procédure, puis au 28 mai 2026.
Le 23 juillet 2026, le tribunal a renvoyé le dossier au 24 septembre 2026. En cause, la demande du président du tribunal de recevoir des répliques écrites, malgré la volonté des défendeurs de plaider immédiatement. L'audience s'est tenue devant un juge unique, alors que le recours est habituellement examiné par une formation collégiale de trois magistrats.
Par ailleurs, une autre affaire opposant Mamadou Mota à Okala Ebode est pendante devant le Tribunal de Première Instance de Ndokoti à Douala, renvoyée au 15 octobre 2026.
Les démissions de Kamto et Mota : quel impact juridique ?
La question qui se pose désormais est celle de l'impact des démissions de Maurice Kamto et Mamadou Mota sur cette procédure.
Sur le plan juridique, leur départ ne signifie pas automatiquement la disparition du contentieux. Le tribunal devra déterminer les conséquences de la nouvelle configuration du MRC sur les parties concernées et sur les actes contestés. La procédure engage le MRC en tant que personne morale, et non ses dirigeants à titre personnel. La nouvelle présidente par intérim, Tiriane Balbine Noah, devra donc se positionner sur ce dossier.
Le MINAT, acteur clé du bras de fer
L'affaire Okala Ebode s'inscrit dans un contexte plus large de bras de fer entre le MRC et le ministère de l'Administration territoriale (MINAT). Dans une correspondance datée du 19 août 2026 adressée à Okala Ebode, Paul Atanga Nji a refusé de prendre acte de la convention extraordinaire du 21 décembre 2025 qui avait reconduit Maurice Kamto à la présidence du MRC.
Le MINAT invoque la loi n°90/055 du 19 décembre 1990, rappelant que la convention avait été interdite par le Sous-préfet de Yaoundé 4. Cette position administrative donne du poids aux actions d'Okala Ebode, qui conteste la régularité de cette convention.
Une bataille qui dépasse le simple cadre du MRC
L'enjeu de cette plainte dépasse largement les frontières du MRC. Si la justice camerounaise annule une exclusion prononcée par un parti politique au motif qu'elle viole ses propres statuts, elle crée un précédent applicable à l'ensemble du paysage partisan national. Les directions de partis ne pourraient plus traiter leurs militants comme des variables d'ajustement à écarter sans procédure.
« On ne construit pas un parti de l'intérieur pendant des années pour en être chassé sans réagir », résume un observateur. Le recours judiciaire d'Okala Ebode est autant un acte politique qu'un acte de droit.
Le 24 septembre : une date charnière
L'audience du 24 septembre 2026 s'annonce donc cruciale. Elle interviendra après une période de turbulences sans précédent au sein du MRC, marquée par les démissions de ses deux principaux dirigeants et l'arrivée de Tiriane Noah à la tête du parti.
Le tribunal devra notamment se prononcer sur la validité de la procédure d'exclusion d'Okala Ebode. Une annulation de l'exclusion pourrait rebattre les cartes au sein du MRC et renforcer la position de celui qui se présente comme le défenseur de la légalité statutaire.
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