Cameroun - Tazih Robinson :«Apprendre un métier, maîtriser une compétence, entreprendre et créer"
© Camer.be : Lydie Seuleu | 02 Sep 2026 10:20:21 | 405« Notre vision est de contribuer à l’émergence d’une nouvelle génération de professionnels capables de transformer l’agriculture en une véritable activité économique moderne et durable.
Nous voulons montrer aux jeunes que l’agriculture, l’élevage, la transformation agroalimentaire et les énergies renouvelables ne sont pas de simples activités de subsistance, mais de véritables métiers professionnels et des opportunités d’entrepreneuriat. Rencontre avec Tazih Robinson
Pourriez-vous nous présenter le Centre de Formation Professionnelle en Agroécologie de Bangangté-Fetom et nous expliquer sa mission ?
Le Centre de Formation Professionnelle en Agroécologie de Bangangté-Fetom est un établissement dédié au développement des compétences professionnelles dans les domaines de l’agriculture biologique, de l’élevage, de la transformation agroalimentaire et des énergies renouvelables.
Notre mission est de former des professionnels immédiatement opérationnels, capables de répondre aux besoins du marché, de développer leurs propres activités et de participer activement au développement économique de leur communauté.
Nous voulons faire de la formation professionnelle un véritable instrument d’insertion, d’entrepreneuriat et de développement local.
Quelle vision du développement de l’agriculture et de l’emploi des jeunes votre Centre souhaite-t-il promouvoir ?
Notre vision est de contribuer à l’émergence d’une nouvelle génération de professionnels capables de transformer l’agriculture en une véritable activité économique moderne et durable.
Nous voulons montrer aux jeunes que l’agriculture, l’élevage, la transformation agroalimentaire et les énergies renouvelables ne sont pas de simples activités de subsistance, mais de véritables métiers professionnels et des opportunités d’entrepreneuriat.
Notre ambition est donc de former des jeunes capables de produire, transformer, commercialiser, innover et créer des emplois.
Quelles sont les principales filières et spécialités proposées au sein du Centre ?
Notre offre de formation s’articule principalement autour de deux grands domaines.
Le premier est celui de l’agro-pastorale biologique, qui englobe notamment la production agricole biologique, l’élevage, la fabrication d’aliments pour animaux, la transformation des produits agricoles et le conseil agricole.
Le deuxième concerne les énergies renouvelables, avec notamment l’installation photovoltaïque et électrique, l’efficacité énergétique et les différentes applications des énergies renouvelables.
Cette complémentarité nous permet de former des professionnels capables de répondre simultanément aux enjeux agricoles, environnementaux et énergétiques.
Pourquoi avoir choisi de faire de l’agroécologie un axe majeur de votre projet de formation ?
Nous avons fait ce choix parce que l’agroécologie apporte des réponses concrètes à plusieurs défis actuels : la préservation des sols, la protection de l’environnement, la sécurité alimentaire, la valorisation des ressources locales et l’amélioration des revenus des producteurs.
Notre objectif est de transmettre des techniques permettant de produire durablement tout en préservant les ressources naturelles.
Nous souhaitons également que les apprenants comprennent toute la chaîne de valeur agricole : produire, transformer, conserver, conditionner, commercialiser et valoriser.
Votre Centre met en avant une approche composée de 80 % de pratique et 20 % de théorie. Pourquoi cette pédagogie ?
Parce qu’un professionnel doit avant tout être capable de mettre ses connaissances en application.
La théorie permet de comprendre les principes scientifiques et techniques, tandis que la pratique permet de transformer ces connaissances en véritables compétences professionnelles.
Avec une approche de 80 % de pratique et 20 % de théorie, nous plaçons l’apprenant au cœur de son apprentissage. Il doit apprendre à réaliser les opérations, utiliser les équipements, résoudre les problèmes rencontrés sur le terrain et progressivement devenir autonome.
Quels sont les principaux métiers et débouchés accessibles aux personnes formées en agro-pastorale biologique ?
Les possibilités sont nombreuses. Un apprenant peut notamment devenir producteur agricole biologique, éleveur, technicien agricole, fabricant d’aliments pour animaux, transformateur agroalimentaire, entrepreneur agricole ou consultant.
Il peut également créer sa propre exploitation, intégrer une coopérative, travailler dans une entreprise agroalimentaire ou développer une activité spécialisée dans une chaîne de valeur particulière.
Nous voulons surtout que chaque apprenant sorte avec une compétence qui lui permette de travailler, entreprendre ou poursuivre une spécialisation.
Pourquoi avoir intégré les énergies renouvelables dans l’offre de formation du Centre ?
L’agriculture moderne et l’énergie sont aujourd’hui étroitement liées.
Les exploitations agricoles ont besoin d’énergie pour l’irrigation, le pompage de l’eau, la conservation des produits, la transformation agroalimentaire, l’éclairage et de nombreux autres usages.
Le solaire photovoltaïque et les autres solutions d’énergies renouvelables peuvent donc contribuer à réduire les coûts et à améliorer l’autonomie énergétique des exploitations et des communautés.
Nous préparons ainsi des professionnels capables d’intervenir dans l’installation photovoltaïque et électrique, l’efficacité énergétique et le conseil en énergies renouvelables.
Quelle place les partenariats occupent-ils dans la stratégie de développement du Centre ?
Les partenariats sont indispensables au développement d’une formation professionnelle de qualité.
Ils permettent de rapprocher le Centre du monde professionnel, des entreprises, des producteurs, des organisations et des différents acteurs de développement.
Nous travaillons ainsi avec plusieurs partenaires afin de favoriser les échanges de compétences, les stages, la formation pratique, l’accompagnement des apprenants et leur insertion professionnelle.
Notre ambition est de construire progressivement autour du Centre un véritable écosystème de formation, de production, d’innovation et d’entrepreneuriat agroécologique.
Votre Centre a participé au tout premier marché bio de la ville de Bangangté. Que représente cette participation pour vous ?
Cette participation constitue une expérience particulièrement importante pour notre Centre.
Le tout premier marché bio de la ville de Bangangté a permis de réunir différents acteurs autour de la production biologique et agroécologique, notamment les producteurs, les consommateurs, les professionnels et les structures de formation.
Pour nous, c’était l’occasion de sortir du cadre traditionnel de la formation et de mettre en valeur le savoir-faire de nos apprenants à travers des réalisations et des produits concrets.
Cette initiative a également permis de créer un lien direct entre formation, production et marché. Elle montre que les compétences acquises par les apprenants peuvent immédiatement être valorisées dans la vie économique locale.
Quels enseignements tirez-vous de ce premier marché bio et quelles perspectives cette expérience ouvre-t-elle pour le Centre ?
Cette première expérience nous a confortés dans l’idée qu’il faut davantage rapprocher les producteurs des consommateurs et créer des espaces réguliers de valorisation des produits issus de l’agriculture biologique et agroécologique.
Le marché a également permis de sensibiliser le public à l’importance d’une alimentation saine, de la production locale et de la préservation de l’environnement.
Pour l’avenir, nous souhaitons contribuer à la consolidation de cette dynamique en encourageant la production, la transformation, la commercialisation et la consommation des produits agroécologiques.
Nous voyons également dans ce type d’initiative une opportunité supplémentaire pour nos apprenants de tester leurs produits, rencontrer des clients, développer leur réseau et apprendre les réalités du marché.
Quelles modalités de formation proposez-vous pour répondre aux différents profils et besoins des apprenants ?
Nous proposons plusieurs formats afin de rendre la formation accessible à différents publics.
Il existe notamment des formations diplômantes, des formations à la carte et des formations de groupe.
Cette diversité permet de répondre aussi bien aux besoins d’une personne qui souhaite apprendre un métier complet qu’à ceux d’un professionnel ou d’un entrepreneur qui souhaite simplement renforcer une compétence particulière.
Nous accordons également une grande importance aux stages sur le terrain, car l’immersion professionnelle permet de consolider les compétences acquises pendant la formation.
Quels sont les principaux avantages dont bénéficient les apprenants au sein du Centre ?
Notre principal avantage est de proposer un environnement d’apprentissage fortement orienté vers la pratique et directement connecté aux réalités professionnelles.
Parmi les infrastructures et dispositifs présentés par le Centre figurent notamment des logements pour apprenants, des espaces de pratique, une ferme d’élevage, un système d’énergie solaire et des solutions visant à renforcer l’autonomie du Centre en électricité et en eau.
Ces équipements permettent aux apprenants de travailler dans des conditions proches de celles qu’ils rencontreront dans leur future activité professionnelle.
Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes et aux personnes qui souhaitent se lancer dans les métiers de l’agroécologie ?
Je voudrais leur dire que la formation professionnelle est une voie d’excellence et que l’agroécologie représente une véritable opportunité d’avenir.
Il ne faut plus considérer l’agriculture uniquement comme une activité traditionnelle. Aujourd’hui, elle fait appel à la technologie, à la science, à la transformation, au marketing, au numérique, à l’énergie et à l’entrepreneuriat.
Un jeune bien formé peut devenir producteur, technicien, transformateur, entrepreneur, consultant ou créer une entreprise employant d’autres jeunes.
Notre message est donc celui-ci : apprendre un métier, maîtriser une compétence, entreprendre et créer de la valeur à partir des ressources locales.
C’est dans cette dynamique que nous souhaitons accompagner les nouvelles générations et contribuer au développement économique et durable de Bangangté, du Ndé et, plus largement, du Cameroun.
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