Cameroun - Violence de genre/FÉMINICIDES :ATTITUDE IRRESPONSABLE DE L'ÉTAT, LÉGÈRETÉ DES CONDAMNATIONS
© Correspondance : Mandela Center International | 02 Sep 2026 06:54:32 | 355ALERTE NATIONALE : Le Gouvernement de la République du Cameroun est formellement averti qu'en cas de persistance de son inaction ou de son laxisme, sa responsabilité nationale et internationale sera engagée sans plus aucune tolérance de la part de Mandela Center International et de ses partenaires, qui saisiront, sans préavis supplémentaire, l'ensemble des mécanismes internationaux et africains compétents.
Mandela Center International, ONG internationale à Statut Consultatif Spécial auprès des Nations Unies, Lauréat du Prix international des droits de l'Homme 2024,
Dans le cadre de sa mission permanente de veille, d'alerte et de protection des droits humains dans le monde, porte :
A l’attention de la communauté nationale et internationale :
1. Que Mandela Center International suit avec un profond déchirement, bouleversement, depuis plusieurs mois, la déferlante cruauté de la nature humaine à l’égard des femmes à travers une vague de féminicides d'une gravité inédite ;
I. L'AMPLEUR ALARMANTE DU PHÉNOMÈNE
2. Que le Cameroun traverse depuis le début de l'année 2026 une vague de féminicides d'une gravité inédite et exceptionnelle, comme en attestent les propres statistiques communiquées par le Gouvernement de la République du Cameroun : cinquante-six (56) cas enregistrés par le ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille en 2023, soixante-sept (67) en 2024, puis soixante-dix-sept (77) en 2025, soit une augmentation officiellement reconnue de cinquante-quatre pour cent (54 %) en deux ans ;
3. Que le premier trimestre de l'année 2026 a, à lui seul, enregistré vingt-six (26) nouveaux cas documentés par le Gouvernement, tendance annuelle qualifiée d'« historiquement haute », tandis que des organisations de la société civile ont recensé cinquante-trois (53) féminicides entre le 1er janvier et le 29 juillet 2026, parmi lesquels sept (07) mineures ou jeunes filles violées puis tuées, âgées de dix (10) à vingt-deux (22) ans ;
4. Que la seule dernière semaine du mois d'août 2026 a vu périr au moins huit (08) femmes en huit (08) jours à Yaoundé et à Douala, soit un rythme d'environ une victime par jour, portant à plus de soixante (60) le nombre de femmes tuées depuis le 1er janvier 2026 selon les propres services du Gouvernement, et à environ deux cent cinquante (250) le nombre cumulé de victimes depuis 2023, sans qu'une seule mesure structurelle d'envergure n'ait été prise par le Gouvernement pour enrayer cette hécatombe ;
5. Que le simple fait que les décomptes varient, selon les sources, entre quarante (40) et plus de soixante (60) victimes pour les huit premiers mois de la seule année 2026 illustre, à lui seul, l'absence coupable d'un mécanisme national unifié et fiable de recensement, que Mandela Center International réclame depuis plusieurs mois ;
6. Que cette hécatombe camerounaise s'inscrit dans une tendance mondiale alarmante que l'Organisation des Nations Unies elle-même qualifie de fléau planétaire : que l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) et ONU Femmes ont établi que quatre-vingt-cinq mille (85 000) femmes ont été tuées intentionnellement dans le monde en 2023, dont environ soixante pour cent (60 %) par leur partenaire intime ou un membre de leur famille, soit environ cent quarante (140) femmes et filles chaque jour, et que l'Assemblée générale des Nations Unies a jugé nécessaire, dès 2013, d'adopter une résolution spécifique sur ce fléau ;
II. CAS EMBLÉMATIQUES RECENSÉS CES DERNIERS MOIS AU CAMEROUN
7. Que le 21 janvier 2026, à Nkolmetet (département du Nyong-et-So'o), Christine Glawdys Mvogo, dix-sept (17) ans et enceinte, a été sauvagement décapitée à la machette dans un champ de manioc par son compagnon, âgé de trente (30) ans, lequel a justifié son acte par une jalousie maladive et un doute sur la paternité de l'enfant à naître ;
8. Que dès le lendemain, à Yaoundé, le corps sans vie de Mballa Tsama a été découvert, assassinée avec une brutalité inouïe sur sa terre natale, ravivant l'effroi dans la capitale camerounaise et le spectre de l'impunité déjà dénoncé par la presse nationale ;
9. Que le 23 février 2026, à Douala (quartier CCC, lieu-dit la Fontaine), une femme cherchant à échapper à son compagnon a été poursuivie puis égorgée à la machette jusque dans l'enceinte d'un établissement scolaire où elle tentait de trouver refuge, sous les yeux de témoins impuissants;
10. Que la semaine du 17 au 25 août 2026 a vu se succéder, dans un silence assourdissant des pouvoirs publics, les féminicides de Blandine Diane, vingt-deux (22) ans et enceinte, tuée par son compagnon Osée Yen Enock, vingt-deux (22) ans, au marché Mokolo à Yaoundé les 17-18 août 2026; de Modestine T., trente-deux (32) ans, poignardée à plusieurs reprises par son époux Hervé N., quarante-deux (42) ans, boucher au marché de Logpom à Douala, le 22 août 2026 ; d'une femme tuée le 21 août 2026 dans l'arrondissement de Yaoundé V par son compagnon, parce qu'elle voulait le quitter ; de Dorothée Ngo, trente-six (36) ans, égorgée à Douala ; de deux autres femmes tuées dans les quartiers Mimboman et Auberge-Château à Yaoundé ; et enfin de Madame Béguel Crescence Merline, quarante-quatre (44) ans, enseignante, poignardée à mort le 25 août 2026 dans les locaux de l'hôtel Salvador VIP, au quartier Fouda, à Yaoundé, par un homme de vingt-deux (22) ans rencontré en ligne qui avait financé son déplacement ; que le suspect, qui tentait de prendre la fuite, a été rattrapé et maîtrisé par les riverains avant d'être remis aux forces de l'ordre, et que sur lui ont été retrouvés une corde de deux mètres ainsi que les cartes nationales d'identité d'autres femmes, laissant craindre un mode opératoire répété ; que le Sous-Préfet de Yaoundé V n'a réagi que par la fermeture administrative de l'établissement, deux jours après la découverte du corps ;
11. Que cette liste, déjà glaçante et traumatisante, est loin d'être exhaustive : que la presse camerounaise a également documenté, ces derniers mois, les meurtres de Christel Ntsa, quarante-deux (42) ans, poignardée par son compagnon à Soa en août 2025 ; d'une fillette de onze (11) ans, tuée à l'arme blanche à Anguissa en juin 2026 ; d'une femme décédée des suites de violences conjugales répétées à Ekié, le même mois ; d'une jeune femme tuée par son mari à Mendong en août 2026, alors qu'elle avait pourtant fui le domicile conjugal précisément pour échapper à ses violences ; et d'une jeune femme de dix-neuf (19) ans retrouvée étranglée au quartier Efoulan (Yaoundé III), que l'on soupçonne d'avoir été tuée par son compagnon ; que le cas de Mendong illustre, à lui seul, l'échec cuisant des maigres dispositifs de protection existants, une femme ayant fui son foyer pour sauver sa vie et ayant néanmoins été rattrapée et tuée par son bourreau ;
III. QUELQUES JUGEMENTS RENDUS EN MATIÈRE DE FÉMINICIDE : LA PREUVE DU LAXISME JUDICIAIRE SANS PRECEDENT
12. Que s'agissant des rares décisions judiciaires rendues à ce jour, le Tribunal de Grande Instance du Wouri, à Douala, a, le 1er avril 2026, statué sur le décès de Diane Yangwo, trente (30) ans, mère de trois (03) enfants, morte en novembre 2023 des suites de coups portés par son époux, Eric Bekobe, employé de banque : que ce dernier, poursuivi pour « coups mortels » et non pour meurtre, a plaidé coupable en reconnaissant être l'auteur des coups tout en niant la préméditation, et a été condamné à cinq (05) ans d'emprisonnement avec sursis, assortis d'une amende dérisoire de cinquante-deux mille (52 000) francs CFA, ce qui revient, dans les faits, à le laisser libre de toute détention effective ;
13. Que Mandela Center International dénonce, avec la plus vive indignation et la dernière énergie, ce verdict que la société civile camerounaise elle-même a qualifié de « verdict de la honte », d'inapproprié, de fantaisiste et d'injuste, tant il revient, dans les faits, à autoriser la libre circulation de l'auteur d'un homicide conjugal avéré, pour la mort d'une mère de famille, en échange d'une amende inférieure au coût d'un simple téléphone portable ; que cette clémence n'est nullement un cas isolé mais le symptôme d'un laxisme structurel et généralisé de la chaîne judiciaire camerounaise face aux violences faites aux femmes, laquelle persiste à requalifier systématiquement des faits d'une extrême gravité en infractions mineures, à prononcer des peines dérisoires et à tolérer, par son inertie répétée, la banalisation sociale du meurtre des femmes ;
14. Que Mandela Center International relève, en outre, que la quasi-totalité des autres féminicides recensés dans la présente note — les meurtres de Christine Glawdys Mvogo, de Mballa Tsama, de Blandine Diane, de Modestine T., de Dorothée Ngo et de Créscence Merline — demeurent, à la date de la présente Note d'Information, sans jugement définitif connu de l'opinion publique, en dépit de l'écoulement de plusieurs mois pour certains d'entre eux, ce qui constitue, en soi, un facteur supplémentaire d'inquiétude quant à la diligence réelle de l'appareil judiciaire camerounais dans le traitement de ces dossiers ;
15. Que face à cette situation, Madame Marie-Thérèse Abena Ondoa, Ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille, a publiquement reconnu l'ampleur du phénomène et évoqué des mesures étatiques (une centaine d'abris temporaires, déploiement progressif de « Gender Desks » et « Child Desks », ligne d'assistance, formations des magistrats, avocats et policiers), sans que ces mesures, restées largement déclaratoires et dérisoires, n'aient, à ce jour, permis d'enrayer la hausse continue du nombre de victimes ni la légèreté persistante des sanctions judiciaires ;
16. Que plusieurs voix de la classe politique et de la société civile camerounaises, dont Madame Hélène Ekwessa, Vice-Présidente du Front pour le Changement du Cameroun, ont publiquement sommé le Gouvernement de présenter un plan national concret de lutte contre les féminicides, tandis que l'Église Évangélique du Cameroun, dans une déclaration publique du 28 août 2026, a condamné avec la plus grande fermeté toute forme de féminicide, rejetant expressément toute justification tirée de la dispute, de la frustration, de l'infidélité réelle ou supposée, du conflit familial, de la tradition ou de la difficulté économique ;
IV. LE CADRE JURIDIQUE NATIONAL : DES LACUNES QUI PERPÉTUENT L'IMPUNITÉ
17. Que le droit pénal camerounais, en son état actuel, ne comporte aucune incrimination autonome du féminicide, le Code pénal se limitant à réprimer l'homicide (article 275) et l'assassinat (article 276) sans reconnaître le mobile sexiste ou la relation de genre comme circonstance aggravante spécifique, ce qui favorise structurellement les requalifications a minima et les peines symboliques telles que celle observée dans l'affaire Diane Yangwo ;
18. Que la Constitution de la République du Cameroun proclame, en son préambule, l'égalité de tous les êtres humains en droits et en dignité sans distinction de sexe, ainsi que le droit à la vie et à l'intégrité physique et morale, principes que le laxisme répété de la chaîne pénale rend, dans les faits, largement illusoires pour les femmes victimes de violence intime ;
V. LE CADRE JURIDIQUE INTERNATIONAL ET RÉGIONAL : DES ENGAGEMENTS SOLENNELS TOUJOURS PIETINES PAR L’ETAT DU CAMEROUN
19. Que le Cameroun a librement ratifié, sans réserve, en 1994, la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDEF/CEDAW), dont les Recommandations générales n°19 (1992) et n°35 (2017) du Comité CEDAW qualifient expressément la violence fondée sur le genre, y compris le féminicide, de forme de discrimination au sens de la Convention, et imposent aux États parties d'agir avec la diligence requise pour prévenir ces violences, enquêter sur elles, en poursuivre et sanctionner sévèrement les auteurs, et réparer le préjudice subi par les victimes ;
20. Que l'Assemblée Générale des Nations Unies a, par sa résolution 68/191 du 18 décembre 2013, intitulée « Mesures à prendre contre les meurtres sexistes de femmes et de filles », expressément reconnu que le féminicide atteint des proportions alarmantes à l'échelle mondiale et appelé tous les États à agir avec la diligence requise pour prévenir, enquêter et punir ces crimes, appel réitéré par la résolution 70/176 (2015), ainsi que par la Déclaration et le Programme d'action de Beijing (1995), qui identifie la violence à l'égard des femmes comme un obstacle majeur à l'égalité, au développement et à la paix ;
21. Que le Cameroun est également lié par la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples (Charte de Banjul, 1981), dont l'article 4 protège le droit à la vie, l'article 5 la dignité de la personne humaine et l'article 18(3) impose aux États l'élimination de toute discrimination contre les femmes, ainsi que par le Protocole à la Charte africaine relatif aux droits de la femme en Afrique (Protocole de Maputo, 2003), dont l'article 3 consacre le droit à la dignité, l'article 4 le droit à la vie, à l'intégrité et à la sécurité de la personne et impose expressément aux États parties de prévenir et réprimer toutes les formes de violence à l'égard des femmes, y compris au sein du foyer, et dont l'article 25 garantit aux victimes un droit à un recours judiciaire approprié et à réparation ;
22. Que la Commission Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples a elle-même adopté, lors de sa 60ème session ordinaire tenue à Niamey (Niger) du 8 au 22 mai 2017, les Lignes Directrices relatives à la Lutte contre les Violences Sexuelles et ses Conséquences en Afrique, qui imposent aux États membres de l'Union Africaine des obligations précises de prévention, de répression et de réparation, et rappellent que l'impunité perpétue et aggrave le cycle de la violence faite aux femmes ;
23. Que l'Union Africaine elle-même, à travers la Déclaration solennelle sur l'égalité entre les hommes et les femmes en Afrique (2004) et l'Agenda 2063 (Aspiration 6), engage tous ses États membres, dont le Cameroun, à adopter et faire appliquer une législation prohibant toutes les formes de violence à l'égard des femmes, y compris les meurtres liés au genre ;
24. Que le Cameroun est en outre lié par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, dont l'article 6 protège le droit à la vie et l'article 26 garantit l'égalité devant la loi sans discrimination fondée sur le sexe, ainsi que par la Déclaration universelle des droits de l'homme du 10 décembre 1948, dont l'article 3 consacre le droit à la vie et l'article 5 l'interdiction des traitements cruels, inhumains ou dégradants, et s'est enfin engagé, dans le cadre du Programme de développement durable à l'horizon 2030, à atteindre l'Objectif de développement durable n°5, dont la cible 5.2 vise expressément l'élimination de toutes les formes de violence à l'égard des femmes et des filles ;
VI. LA JURISPRUDENCE INTERNATIONALE ET AFRICAINE : UN STANDARD DE DILIGENCE RAISONNABLE DÉSORMAIS BIEN ÉTABLI
25. Que la responsabilité internationale d'un État peut être clairement engagée par Mandela Center International, non seulement par les actes de ses agents, mais également par sa négligence dans la prévention, l'investigation, la poursuite et la sanction de violences commises par des particuliers, ainsi que l'a établi de longue date la Cour interaméricaine des droits de l'homme dans l'arrêt Velásquez Rodríguez c. Honduras (1988), consacrant le standard de la diligence raisonnable (due diligence) aujourd'hui reconnu en droit international des droits de l’homme ;
26. Que la même Cour interaméricaine, dans l'arrêt González et autres (« Champ de coton ») c. Mexique (2009), a jugé qu'un État manque à son obligation de prévention lorsqu'il tolère, en connaissance de cause, un contexte structurel de violence contre les femmes, et à son obligation d'enquête lorsque ses autorités n'adoptent pas une perspective de genre dans le traitement de ces affaires, consacrant ainsi la notion de féminicide comme catégorie juridique appelant une réponse étatique renforcée et différenciée ;
27. Que la Cour européenne des droits de l'homme a, dans l'arrêt Opuz c. Turquie (2009), jugé que la passivité prolongée des autorités face à des signalements répétés de violence domestique engage la responsabilité de l'État au titre du droit à la vie et peut caractériser une discrimination fondée sur le sexe, solution confirmée dans les arrêts Kontrová c. Slovaquie (2007) et Talpis c. Italie (2017), tandis que le Comité CEDAW, dans ses constatations A.T. c. Hongrie (2005), Şahide Goekce c. Autriche (2007) et Fatma Yıldırım c. Autriche (2007), a constaté que l'absence de mesures de protection effectives face à des violences conjugales connues des autorités, suivies de la mort ou de graves atteintes à l'intégrité des victimes, constitue une violation directe de la Convention ;
28. Que cette obligation de diligence raisonnable trouve, en droit africain lui-même, des assises jurisprudentielles solides et directement opposables au Cameroun : que la Cour Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples, dans son arrêt historique APDF et IHRDA c. République du Mali (11 mai 2018), a jugé, pour la toute première fois, qu'un État partie africain avait violé le Protocole de Maputo et la Charte africaine des droits et du bien-être de l'enfant en maintenant dans son droit interne des dispositions insuffisamment protectrices des femmes et des filles, consacrant ainsi, sans ambiguïté, le caractère pleinement justiciable et opposable du Protocole de Maputo devant les juridictions africaines, y compris s'agissant des carences législatives internes en matière de protection contre la violence ;
29. Que la Commission Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples, dans la Communication 245/02, Zimbabwe Human Rights NGO Forum c. Zimbabwe (2006), a affirmé qu'un État peut être tenu pour complice de violations graves commises par des particuliers lorsqu'il échoue systématiquement à en assurer la répression, et que ce défaut de diligence caractérise, à lui seul, un manquement aux articles 1er et 7 de la Charte africaine — solution directement transposable au laxisme systémique de l'État du Cameroun face aux féminicides commis, jour après jour, par des particuliers sur son territoire ;
30. Que la Commission Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples a, au surplus, dans sa jurisprudence constante rappelée dans l'affaire Kaptue Tagne Serges Bruce c. République du Cameroun (Communication 697/18, décision du 2-22 mai 2025), réaffirmé que la carence structurelle d'un État dans la mise en œuvre de la Charte emporte la violation automatique de son article 1er ;
31. Que les juridictions internes africaines elles-mêmes ont, à plusieurs reprises, consacré l'obligation positive de l'État de protéger les femmes contre la violence : qu'en Afrique du Sud, la Cour constitutionnelle, dans l'arrêt Carmichele c. Minister of Safety and Security (2001), a reconnu la responsabilité de l'État pour la carence de ses services de police et de son ministère public, dont l'inertie avait permis la remise en liberté d'un homme dangereux qui a ensuite agressé la requérante, et que la même Cour, dans l'arrêt S v Baloyi (1999), a affirmé que l'État a l'obligation constitutionnelle positive de protéger les femmes contre la violence domestique et de garantir l'effectivité réelle, et non seulement formelle, des mécanismes judiciaires de protection ;
32. Que ces précédents africains, tout comme la jurisprudence des juridictions universelles, interaméricaine et européenne rappelée ci-dessus, convergent unanimement vers la reconnaissance d'une obligation de diligence raisonnable qui pèse sur tout État africain, y compris le Cameroun, et dont la violation caractérisée — par le laxisme persistant, intolérable et la légèreté inadmissible des condamnations observés dans le traitement judiciaire des féminicides commis sur son territoire — engage sans conteste sa responsabilité internationale et régionale ;
33. Que Mandela Center International appelle solennellement la Commission Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples et la Cour Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples à consolider et à renforcer davantage cette jurisprudence protectrice, en consacrant expressément, à l'instar de la Cour interaméricaine, le féminicide comme catégorie juridique autonome appelant une réponse étatique différenciée et renforcée sur le continent africain ;
VII. L'ATTITUDE IRRESPONSABLE ET COUPABLE DE L'ÉTAT DU CAMEROUN
34. Que Mandela Center International dénonce, avec la plus grande vigueur, l'attitude foncièrement irresponsable de l'État du Cameroun face à ce fléau : que le phénomène n'est nullement une découverte récente ni une surprise pour les pouvoirs publics, le Bureau Central des Recensements et des Études de Population (BUCREP), organisme officiel de l'État camerounais, ayant lui-même publiquement recensé, classifié et documenté, dès l'année 2023, les différentes formes de féminicide sévissant au Cameroun — meurtres consécutifs à des violences conjugales, crimes dits « d'honneur », féminicides ciblés en contexte de conflit armé, fœticide et infanticide, décès consécutifs à des mutilations génitales féminines et meurtres consécutifs à des accusations de sorcellerie ; que trois années après cette alerte officielle émanant de ses propres services, aucune réforme législative d'ampleur n'a été adoptée par l'État du Cameroun, ce qui traduit une irresponsabilité caractérisée, un État ne pouvant prétendre découvrir un phénomène qu'il documente lui-même depuis plusieurs années sans jamais le traduire en politique publique effective ;
35. Que cette irresponsabilité s'illustre également dans le traitement des circonstances entourant plusieurs assassinats de femmes restés largement inexpliqués : que le meurtre de Mballa Tsama à Yaoundé, en janvier 2026, a ainsi suscité, au sein de l'opinion publique et de la presse nationale, de sérieuses interrogations sur d'éventuelles zones d'ombre entourant les commanditaires du crime, sans qu'aucune communication officielle rassurante n'ait, à ce jour, permis de dissiper ce doute légitime, alimentant un sentiment généralisé d'impunité et de défiance à l'égard des institutions camerounaises;
36. Que cette culture de la légèreté judiciaire et de l'irresponsabilité étatique n'est du reste nullement circonscrite aux seuls féminicides intraconjugaux : que le Tribunal Militaire de Yaoundé, statuant le 19 février 2026, six ans après les faits, sur le massacre de Ngarbuh (14 février 2020), au cours duquel vingt-deux (22) civils, dont des femmes enceintes et des enfants, avaient été tués par des militaires camerounais, n'a prononcé que des peines de cinq (05) à dix (10) ans d'emprisonnement à l'encontre de trois des accusés, sans qu'aucune réparation n'ait été accordée aux familles des victimes — illustration supplémentaire, si besoin en était, de la propension chronique de l'appareil judiciaire camerounais à traiter avec une légèreté inquiétante les atteintes les plus graves portées à la vie des femmes, y compris lorsque leurs auteurs sont des agents de l'État lui-même ;
37. Que l'irresponsabilité de l'État se vérifie jusque dans sa réponse immédiate aux drames les plus récents : que face au meurtre de Madame Béguel Crescence Merline, la réaction officielle s'est limitée à la fermeture administrative ponctuelle d'un unique établissement, à l'ouverture d'une enquête judiciaire de droit commun et à une interpellation politique adressée à un seul département ministériel, juste pour se faire bonne conscience, sans qu'aucune mesure structurelle, législative ou budgétaire d'ensemble n'ait été annoncée ; que cette réponse fragmentée, disproportionnée face à l'ampleur du fléau, confirme que l'État camerounais continue de traiter chaque féminicide comme un fait divers isolé plutôt que comme la manifestation récurrente d'une urgence nationale de droits humains ;
38. Que cette irresponsabilité se double d'une paralysie législative persistante : que le projet de Code de la famille, seul texte de portée générale susceptible de renforcer la protection des femmes et des enfants au sein du foyer, continue de piétiner depuis des années dans les arcanes institutionnelles camerounaises, sans qu'aucune échéance d'adoption crédible n'ait été communiquée à l'opinion publique ; que la Ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille elle-même s'est contentée, à l'occasion de la finale de la Coupe du Cameroun de football féminin, le 24 août 2026 au Stade Annexe 1 de Yaoundé, d'un message de sensibilisation générale contre les violences faites aux femmes, illustrant, une fois de plus, le caractère essentiellement symbolique et communicationnel de la réponse gouvernementale, en total décalage avec l'urgence vitale de la situation ;
39. Que Mandela Center International dénonce, sans détour ni complaisance, cette attitude irresponsable qui consiste, pour l'État du Cameroun, à se contenter de communiqués de compassion et de statistiques officielles sans jamais engager les réformes structurelles, budgétaires, législatives et institutionnelles qu'imposent pourtant, depuis des années, sa propre connaissance du phénomène et ses engagements internationaux et régionaux librement souscrits ; que cette inertie coupable, au regard du nombre croissant de victimes, s'apparente à une véritable démission de l'État face à son obligation constitutionnelle et conventionnelle de protéger la vie de ses citoyennes ;
VIII. LA COMPLICITÉ PASSIVE D'UNE PARTIE DE LA SOCIÉTÉ CAMEROUNAISE : UNE RESPONSABILITÉ COLLECTIVE
40. Que Mandela Center International affirme, avec la même fermeté, que la responsabilité de cette hécatombe n'incombe pas au seul État : que la société camerounaise elle-même porte une part de responsabilité qui ne saurait être éludée ni passée sous silence, à travers la pression exercée par de nombreuses familles sur les femmes victimes de violences graves pour qu'elles renoncent à porter plainte ou retournent auprès de leur agresseur au nom de la préservation du foyer, de l'honneur familial ou de la tradition ;
41. Que MCI dénonce fermement une partie du débat public camerounais qui, au lieu de placer la responsabilité de ces crimes sur leurs auteurs et sur les défaillances avérées de l'État, tend à individualiser et à psychiatriser systématiquement les meurtriers, ou à exhorter les femmes elles-mêmes à « se protéger » et à « reconnaître les signes de dangerosité » chez leur partenaire, un tel discours ayant pour effet, qu'il soit ou non intentionnel, de déplacer indûment sur les victimes une responsabilité qui incombe, avant tout, aux auteurs de ces crimes et à un État défaillant dans sa mission de protection ;
42. Que MCI condamne également le traitement médiatique complaisant qui persiste, dans une partie de la presse et des réseaux sociaux camerounais, à qualifier ces assassinats de « crimes passionnels », de « drames conjugaux » ou de simples « faits divers », une terminologie qui banalise la gravité de ces actes, occulte leur dimension structurelle et systémique de violence de genre, et contribue à l'indifférence collective qui permet au phénomène de prospérer en toute impunité sociale;
43. Que Mandela Center International rappelle solennellement que le silence des voisins, des collègues et des témoins de violences conjugales répétées, de même que la complaisance de certaines autorités traditionnelles et religieuses qui privilégient le règlement à l'amiable de faits d'une extrême gravité au détriment de la sécurité des victimes, participent, tout autant que la défaillance de l'État, à la persistance de ce fléau ; que la lutte contre les féminicides au Cameroun ne pourra jamais aboutir sans une transformation profonde des mentalités et des pratiques sociales camerounaises, l'État et la société portant, chacun pour sa part, une responsabilité conjointe et indissociable dans cette hécatombe ;
IX. LA POSITION FERME DE MANDELA CENTER INTERNATIONAL : METTRE IMMEDIATEMENT UN TERME A CETTE DEMISSION DE L’ETAT DU CAMEROUN !
44. Que cette jurisprudence internationale et africaine, constante et concordante, conforte, sans la moindre ambiguïté, l'analyse de Mandela Center International selon laquelle la persistance et l'aggravation du phénomène des féminicides au Cameroun, aggravées par l'attitude irresponsable de l'État, la légèreté des condamnations prononcées et la complicité passive d'une partie de la société, en dépit de leur parfaite connaissance par les pouvoirs publics, sont de nature à engager la responsabilité internationale de l'État du Cameroun s'il ne prend pas, sans délai supplémentaire, les mesures structurelles qui s'imposent ;
45. Que Mandela Center International sonne solennellement le tocsin et met fermement le Gouvernement de la République du Cameroun face à ses responsabilités : la reconnaissance publique et statistique du phénomène ne saurait indéfiniment tenir lieu de politique publique, et le silence prolongé des plus hautes autorités de l'État face à une hécatombe connue, documentée et récurrente constitue, en lui-même, une forme de consentement tacite à sa poursuite ;
46. Que Mandela Center International interpelle solennellement, à travers la présente Note, tant les dirigeants camerounais que la communauté internationale et les mécanismes africains et onusiens des droits humains, afin que cessent, une fois pour toutes, l'irresponsabilité étatique, la légèreté judiciaire et la complicité sociale qui, chaque semaine, coûtent la vie à des femmes camerounaises ;
47. Que Mandela Center International met formellement en garde les autorités camerounaises, à tous les échelons de l'État, contre toute persistance dans l'inaction ou le laxisme actuellement observés : que toute inertie supplémentaire face à ce fléau, tout nouveau verdict de complaisance, toute réforme annoncée puis enterrée dans les arcanes institutionnelles, comme cela a été le cas pour le Code de la famille, seront désormais interprétés par Mandela Center International, ses partenaires internationaux et les mécanismes des droits humains compétents comme la marque d'une volonté délibérée de l'État du Cameroun de tolérer la persistance des féminicides sur son territoire, engageant pleinement, sans plus aucune indulgence, sa responsabilité nationale et internationale ;
48. Que tels sont les faits qui commandent la présente note d'information et l'interpellation solennelle, ferme, virulente et sans équivoque, tant du Gouvernement de la République du Cameroun que de la société camerounaise tout entière.
Eu égard à tout ce qui précède, Mandela Center International et ses partenaires internationaux :
1. Dénoncent, avec la plus vive indignation et la dernière énergie, l'attitude irresponsable et coupable de l'État camerounais, qui documente lui-même le phénomène des féminicides depuis 2023 sans jamais avoir engagé les réformes structurelles qu'impose sa gravité, ainsi que la légèreté scandaleuse et systémique des condamnations prononcées, notamment dans l'affaire de feue Diane Yangwo ;
2. Mettent solennellement le Gouvernement de la République du Cameroun face à ses responsabilités, en lui rappelant qu'il ne peut indéfiniment se réfugier derrière la reconnaissance statistique du phénomène sans y opposer une réponse pénale, judiciaire et institutionnelle à la hauteur de sa gravité et de ses obligations internationales et africaines ;
3. Dénoncent avec fermeté la complicité passive d'une partie de la société camerounaise, notamment la pression familiale en faveur de la réconciliation forcée, le traitement médiatique complaisant qualifiant ces crimes de « faits divers » ou de « drames passionnels », et tout discours public qui déplace la responsabilité de ces meurtres des auteurs et de l'État vers les victimes elles-mêmes ;
4. Exigent, clairement et avec toute la détermination, l'adoption sans délai par le Gouvernement et le Parlement camerounais d'une loi incriminant spécifiquement le féminicide comme infraction autonome et aggravée, conformément à la résolution 68/191 de l'Assemblée Générale des Nations Unies et aux Lignes Directrices de Niamey (2017) de la Commission Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples ;
5. Exigent clairement la mise en place immédiate d'un mécanisme national officiel, coordonné et régulièrement publié, de collecte de données sur les féminicides, les homicides conjugaux et les violences domestiques graves, le BUCREP ayant démontré depuis 2023 que l'État dispose déjà des capacités techniques nécessaires ;
6. Exigent, avec toute la fermeté, que les juridictions camerounaises appliquent, dans toutes les affaires de féminicide en cours, y compris en instance d'appel dans l'affaire Diane Yangwo, des peines proportionnées à la gravité des faits, à l'exclusion de toute mesure de clémence incompatible avec les obligations internationales et africaines du Cameroun ;
7. Mettent, clairement, en garde toute autorité administrative, judiciaire, traditionnelle ou religieuse qui chercherait, par la pression en faveur d'une réconciliation forcée, par une requalification complaisante des faits, ou par tout autre moyen, à faire obstacle à la protection effective des femmes victimes de violence ;
8. AVERTISSENT CLAIREMENT ET SANS ÉQUIVOQUE, ET METTENT SOLENNELLEMENT EN GARDE le Gouvernement de la République du Cameroun et l'ensemble des autorités administratives et judiciaires camerounaises qu'en cas de persistance de leur inaction ou de leur laxisme, et à défaut de mesures concrètes, vérifiables et publiquement rapportées dans un délai de SOIXANTE (60) JOURS CALENDAIRES à compter de la date de publication de la présente Note d'Information, Mandela Center International et ses partenaires internationaux saisiront, sans autre préavis ni tolérance supplémentaire, les mécanismes internationaux et africains compétents, notamment le Comité des Nations Unies pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes, la Rapporteure spéciale des Nations Unies sur la violence à l'égard des femmes et des filles, ses causes et ses conséquences, la Commission Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples ainsi que sa Rapporteure spéciale sur les droits de la femme en Afrique ;
9. Recommandent vivement au Gouvernement camerounais la généralisation des « Gender Desks» à l'ensemble du territoire, l'instauration d'ordonnances de protection d'urgence, le renforcement des refuges et de l'assistance psychosociale et juridique gratuite, et la formation systématique des magistrats, officiers de police judiciaire, acteurs de la société civile et avocats à une approche sensible au genre ;
10. Appellent solennellement l'ensemble de la société camerounaise — familles, communautés, autorités religieuses et traditionnelles, médias, plateformes numériques — à rompre avec toute minimisation du féminicide et à assumer, chacune à son niveau, sa part de responsabilité collective dans l'éradication de ce fléau, afin de faire de la protection des femmes et des filles une cause véritablement et durablement nationale.
Pour toute information complémentaire, bien vouloir nous contacter aux adresses suivantes :
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Tel/WhatsApp: (+41) 767925018/ (+237) 679798180/ 694058494/ 699258777/ +1 (202) 528-0183 /+1 (343) 462 9349/ +33780798099.
Fait à Washington DC, le 30 août 2026
Le Secrétaire Exécutif Permanent
Jean Claude Fogno
Spécialiste en Droits de l'Homme
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