Cameroun - Paul Atanga Nji veut éliminer le MRC
© Camer.be : Paul Moutila | 26 Aug 2026 16:52:10 | 508Le MINAT refuse de prendre acte de la Convention extraordinaire du MRC du 21 décembre 2025. Paul Atanga Nji invoque la loi 90/055.
Dans une correspondance du 19 août 2026, le ministre Paul Atanga Nji oppose un refus catégorique à la reconnaissance des travaux de la Convention extraordinaire du MRC .
Un courrier. Une signature. Et un coup de tonnerre dans le paysage politique camerounais.
Le 19 août 2026, le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, adresse une correspondance à Okala Ebode Joseph Thierry, membre du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC). L’objet : la contestation du procès-verbal de la Convention extraordinaire du parti du 21 décembre 2025.
La réponse du ministre est sans appel : « Le MINAT n’a pas jugé opportun de prendre acte des travaux de la Convention extraordinaire du MRC du 21 décembre 2025. » Motif invoqué : l’article 3 alinéa 2 de la loi n°90/055 du 19 décembre 1990.
Un refus administratif qui n’est pas anodin. Il plonge le MRC dans une nouvelle tourmente, à quelques mois d’échéances électorales cruciales.
La lettre du 19 août : un refus qui interroge
La correspondance du ministre Paul Atanga Nji, adressée à Okala Ebode Joseph Thierry, marque un tournant dans la relation entre le pouvoir et le principal parti d’opposition.
Le ministre y indique que, conformément aux dispositions légales en vigueur, notamment l’article 3 alinéa 2 de la loi n°90/055 du 19 décembre 1990, le MINAT « n’a pas jugé opportun de prendre acte des travaux de la Convention extraordinaire du MRC du 21 décembre 2025 ».
Cette loi, qui régit le fonctionnement des partis politiques au Cameroun, confère au ministre de l’Administration territoriale un pouvoir de contrôle sur la régularité des activités des formations politiques. Mais son application dans ce cas précis soulève des questions.
Pourquoi ce refus maintenant, huit mois après la tenue de la Convention ? Et surtout, quelles sont les conséquences de cette non-reconnaissance pour le MRC ?
La Convention du 21 décembre 2025 : un tournant pour le MRC
La Convention extraordinaire du 21 décembre 2025 avait été un moment clé pour le MRC. Organisée en visioconférence après l’interdiction par les autorités de la convention prévue le 29 novembre 2025, elle avait permis de réélire Maurice Kamto à la présidence du part
Selon les informations disponibles, le Directoire du MRC, lors de sa session ordinaire du 21 juillet 2025, avait constaté la démission de certains membres et décidé de convoquer cette convention extraordinaire. Les travaux s’étaient déroulés, et les procès-verbaux avaient été déposés au MINAT.
Mais la Convention n’a pas fait l’unanimité au sein du part Des voix dissidentes, notamment celle d’Okala Ebode Joseph Thierry, ont contesté sa régularité juridique. L’ancien trésorier adjoint du MRC, exclu du parti pour « trahison », a déposé une assignation en nullité devant le Tribunal de Grande Instance du Mfound Il dénonce une « illégalité au sommet » et le non-respect des statuts et du règlement intérieur du part
C’est dans ce contexte de crise interne que le MINAT a choisi de ne pas reconnaître les travaux de la Convention.
La loi n°90/055 : un pouvoir discrétionnaire du MINAT
L’article 3 alinéa 2 de la loi n°90/055 du 19 décembre 1990, invoqué par Paul Atanga Nji, dispose que le ministre de l’Administration territoriale est chargé de veiller au respect des lois et règlements par les partis politiques.
Concrètement, le MINAT a la possibilité de refuser de prendre acte des travaux d’une convention s’il estime qu’ils ne sont pas conformes aux dispositions légales. Cette prérogative, bien que prévue par la loi, confère au ministre un pouvoir discrétionnaire qui peut être utilisé comme un outil de pression politique.
Dans le cas du MRC, le refus du MINAT de reconnaître la Convention du 21 décembre 2025 pourrait avoir des conséquences importantes :
- Sur le plan interne : la légitimité des instances dirigeantes issues de cette convention pourrait être remise en cause.
- Sur le plan électoral : le MRC pourrait rencontrer des difficultés pour présenter des candidats aux prochaines élections, si le MINAT considère que le parti n’est pas en règle.
- Sur le plan juridique : le parti pourrait être contraint de saisir la justice pour faire valoir ses droits.
Okala Ebode : un contestataire au cœur du bras de fer
La correspondance du MINAT a été adressée à Okala Ebode Joseph Thierry, un membre du MRC qui conteste vigoureusement la régularité de la Convention extraordinaire. Exclu du parti pour « trahison », il a déposé une assignation en nullité devant le Tribunal de Grande Instance du Mfound
Okala Ebode, ancien trésorier adjoint du parti, accuse la direction du MRC d’avoir violé les statuts et le règlement intérieur. Il dénonce une « campagne orchestrée de rumeurs fabriquées » visant à détourner l’attention des militants.
Mais ses détracteurs, comme Pierre Gaëtan Ngankam et Paul Chouta, l’accusent d’avoir rencontré Paul Atanga Nji pour « mettre du feu » dans son ancien parti et invalider la Convention. Des accusations qu’Okala Ebode dément vigoureusement, les qualifiant de « pure intoxication politique ».
Ce bras de fer entre la direction du MRC et Okala Ebode a donné au MINAT un prétexte pour refuser de reconnaître les travaux de la Convention. Le ministre Paul Atanga Nji semble avoir pris parti dans une querelle interne à l’opposition.
Un contexte politique tendu à un an des élections
Ce refus du MINAT intervient dans un contexte politique particulièrement tendu. Le MRC, principal parti d’opposition, est de plus en plus présent sur le terrain : 230 nouvelles unités créées depuis janvier 2026 et 2 300 nouveaux militants recrutés en six mois.
Cette montée en puissance inquiète le pouvoir, qui multiplie les obstacles administratifs et judiciaires pour affaiblir le parti de Maurice Kamto. Des militants dissidents ont même saisi la justice pour demander la mise sous tutelle du MRC, une plainte que certains analystes qualifient d’« opération politique » visant à neutraliser l’opposition avant les élections locales de 2027.
Le refus du MINAT de reconnaître la Convention du 21 décembre 2025 s’inscrit dans cette stratégie de déstabilisation. En fragilisant la légitimité des instances dirigeantes du MRC, le pouvoir espère affaiblir le principal adversaire politique de Paul Biya.
Ce que l’on peut affirmer et ce que l’on ignore
On peut affirmer que :
- Le MINAT, par la voix de Paul Atanga Nji, a refusé de prendre acte de la Convention extraordinaire du MRC du 21 décembre 2025, dans une correspondance du 19 août 2026.
- Ce refus est fondé sur l’article 3 alinéa 2 de la loi n°90/055 du 19 décembre 1990.
- La Convention du 21 décembre 2025 a été contestée par Okala Ebode Joseph Thierry, qui en remet en cause la régularité juridique.
- Le MRC est le principal parti d’opposition au Cameroun, avec une présence croissante sur le terrain.
On ignore encore :
- Si le refus du MINAT sera contesté devant les tribunaux par la direction du MRC.
- Les conséquences exactes de ce refus sur la participation du MRC aux prochaines élections.
- Si le MINAT agira de la même manière pour d’autres partis d’opposition.
La question qui fâche : le pouvoir instrumentalise-t-il la loi ?
Au-delà du cas particulier du MRC, ce refus pose une question de fond : le MINAT utilise-t-il ses prérogatives légales pour affaiblir l’opposition ?
La loi n°90/055 donne au ministre de l’Administration territoriale un pouvoir de contrôle sur les partis politiques. Mais ce pouvoir, exercé de manière discrétionnaire, peut devenir un instrument de pression politique.
En refusant de reconnaître la Convention du MRC, Paul Atanga Nji envoie un signal fort : le pouvoir ne laissera pas l’opposition s’organiser librement. Une stratégie qui risque de renforcer la défiance des Camerounais envers les institutions.
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#Cameroun #MRC #MINAT #Élections #OppressionLire aussi
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