Cameroun - La nécessaire impopularité des prochains dirigeants
© Correspondance : Par Louis Marie Kakdeu | 24 Aug 2026 16:27:48 | 378Un pays ne se redresse pas avec des mesures qui plaisent à tout le monde. Face à l'ampleur du désordre urbain, de l'incivisme, de la corruption et du mépris généralisé des règles, on en vient à une conclusion inconfortable : les prochains dirigeants devront, pour espérer changer les choses, accepter de déplaire.
Un inventaire qui donne le vertige
Il suffit de traverser Yaoundé, Douala ou n'importe quelle ville secondaire du pays pour dresser un constat implacable : tout marche à contre-sens. Le désordre urbain n'est plus un accident : il est devenu le mode de fonctionnement normal de l'espace public.
Au chaos spatial, s'ajoute un incivisme quotidien qui use les nerfs autant qu'il fragilise le vivre-ensemble. Feux rouges ignorés, sens interdits empruntés sans complexe, klaxons comme unique langage de la route, ordures jetées depuis les vitres des voitures, files d'attente que l'on double sans égard : chacun de ces gestes, pris isolément, semble anodin. Mis bout à bout, ils dessinent une société où l'intérêt individuel immédiat prime systématiquement sur la règle collective.
Le respect des textes, des horaires, des procédures est devenu, lui aussi, l'exception plutôt que la norme. Un rendez-vous administratif fixé à 8 heures peut commencer à 11 heures sans que cela ne choque personne. Un permis de construire peut être ignoré, une norme de sécurité contournée, une taxe éludée, sans que la sanction ne suive. Le pire, sans doute, n'est pas l'existence de ces écarts, aucune société n'en est totalement exempte, mais leur normalisation. On ne les cache plus, on ne s'en excuse plus : on les revendique presque, au nom d'une débrouillardise érigée en vertu nationale.
Pourquoi la fermeté est de plus en plus réclamée
Face à ce tableau, une partie croissante de l'opinion publique en vient à réclamer une main plus ferme. L'idée n'est pas nouvelle dans l'histoire des nations qui ont connu des phases de refondation : On ne refondera pas le Cameroun sans une main de fer dans un gant de velours. Rwanda, Singapour, Corée du Sud sont souvent cités, à tort ou à raison, comme des exemples où une discipline collective imposée d'en haut a permis, en quelques décennies, de transformer des sociétés jugées, en leur temps, tout aussi désordonnées.
Cette fermeté ne devrait pas s'appliquer qu'aux citoyens ordinaires, en épargnant les puissants et les bien connectés, car cela renforcerait le sentiment d'injustice. La fermeté marche lorsque c’est l’ambiance générale du pays et du moment. Un vent de fermeté doit souffler sur le Cameroun.
Une piste : la fermeté couplée à l'exemplarité et à la prévisibilité
Entre le statu quo, qui a démontré son inefficacité, et la tentation de la force brute, qui comporte ses propres risques, une voie médiane mérite d'être explorée : celle d'une fermeté prévisible, universelle et exemplaire.
Prévisible, d'abord : les citoyens s'adaptent plus facilement à des règles strictes qu'à des règles arbitraires. Une sanction appliquée systématiquement, annoncée à l'avance et non négociable, change les comportements plus durablement qu'une répression épisodique et spectaculaire.
Universelle, ensuite : la crédibilité de toute politique de discipline collective dépend de son application égale, du simple citoyen au haut-fonctionnaire. Un contrôle routier qui épargne les véhicules officiels, une démolition qui ne touche que les quartiers populaires, discréditent d'avance l'effort demandé au reste de la population.
Exemplaire, enfin, au sens où l'État devrait démontrer, dans son propre fonctionnement, la rigueur qu'il exige des citoyens : administrations qui respectent leurs propres horaires, marchés publics attribués selon les règles, agents publics sanctionnés pour incivisme comme n'importe quel citoyen. Le changement de mentalité, pour être crédible, doit d'abord se voir au sommet.
À ces trois piliers pourrait s'ajouter un volet d'investissement structurel : le désordre urbain n'est pas qu'affaire de discipline, il est aussi affaire d'infrastructures. Sans marchés modernes suffisants, sans espaces de stationnement, sans système de collecte des déchets fonctionnel, on ne peut réprimer indéfiniment des comportements qui, souvent, ne sont que l'adaptation à un manque criant d'aménagements adéquats.
Une chose paraît certaine : aucune politique de rupture avec des décennies de laisser-faire ne pourra plaire à tout le monde d'emblée.
Le vrai risque, pour le pays, n'est pas l'impopularité en tant que telle ; c'est l'inaction déguisée en consensus. Reste à savoir si les gouvernants sauront transformer cette impopularité assumée en autorité légitime, et non en simple rapport de force, seul gage d'un changement de mentalités qui survive au-delà d'un mandat politique.
Louis Marie Kakdeu, MPA, PhD & HDR
Deuxième Vice-Président National SDF
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
Lire aussi
- La nécessaire impopularité des prochains dirigeants
- Richard Makon : « Le gouvernement le plus incompétent »
- Santé de Paul Biya : Ntimbane Bomo interpelle Mvondo Ayolo
- Choléra : l'UE donne 65 millions, le Cameroun dépense le double en Prado
- Paul Biya : retour ou début d'une autre histoire ?
LE DéBAT
- Afrique -Débat: Pourquoi la crise anglophone persiste au Cameroun?
- Divorces dans la diaspora camerounaise en Europe : explications ?
- Quand est-ce les Camerounais prendront enfin leurs responsabilités pour la gestion de leur équipe?
- Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
- Canada - Cameroun, Liberté de manifestation partisane au Cameroun : Encore une incurie liberticide de Biya Paul ?
POINT DU DROIT
- La problématique du changement de nom en droit comparé
- Les étapes et les frais de procédure du morcellement d'un terrain au Cameroun
- L'obtention d'un titre foncier au Cameroun à l'issue d'une vente de terrain
- Le jugement supplétif de rectification d'acte de naissance au Cameroun
- La procédure d'achat d'un terrain titré dans la ville de Yaoundé
partenaire
Vidéo de la semaine
Nadine de Liège: Retour triomphal à Lille Août 2026
Flore de Lille prépare son 06 Novembre 2026 à Sarcelles près de Paris
TEETY TEZANO à STRASBOURG Juillet 2026
AZIZ MOUNDE: HOMMAGE A ALAIN LE MIGNON
GASTON KELMAN décrypte NDAP BIKOKOO à Paris
Vidéo
Jeunesse engagée : retour sur la finale du Challenge PDF à Bruxelles
WILFRIED EKANGA À BRUXELLES : Il explique les objectifs du PDF, du MRC et les défis à venir
Charlotte Dipanda en concert à Bruxelles : une soirée qui restera dans les mémoires
Charlotte Dipanda au Cirque Royal : une première historique pour la musique camerounaise
Assassinat d'Anicet Ekanè : les révélations de sa sœur
il y a une semaine
Cameroun - Dimitri Lipoff : l'homme de l'ombre du sacre
Appel pour un gouvernement d’union nationale au Tchad: Succès Masra ou le syndrome de Stockholm ?
Cameroun - Paul Biya : le simulacre d'un pouvoir qui s'éteint
Cameroun - Dieudonné Essomba : « La santé de Biya nous concerne tous »
Cameroun - Lionnes championnes : Biya les attendait… mais était absent
il y a un mois
Cameroun - Paul Biya’s Dynastic Succession Plot
Cameroun - Affaire Jessica Edima : l'appel poignant de Marthe Cécile Micca
États-Unis - Guerre Iran-USA : le Pentagone manipule-t-il les chiffres ?
Cameroun - Le général Melingui Nouma succède à Ezo’o Mvondo
Paul Biya : 2 600 jours hors du Cameroun en 43 ans
il y a un an