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Cameroun - Camair-Co : Ethiopian Airlines réussit, pas nous

Camair-Co : 15 ans sans bénéfice, 53 milliards de pertes en trois ans. L'audit de la Chambre des comptes révèle des capitaux propres négatifs de 58 milliards. La compagnie nationale au bord du gouffre.

Camair-Co n'a jamais été bénéficiaire en quinze ans d'existence. C'est le constat implacable de l'audit de la Chambre des comptes de la Cour suprême, rendu public le 6 août 2026. Entre 2021 et 2023, la compagnie aérienne nationale du Cameroun a accumulé 53 milliards de FCFA de pertes supplémentaires, portant ses capitaux propres à un niveau profondément négatif de 58 milliards de FCFA.

Pendant ce temps, l'État continue d'injecter des milliards. En 2022, il a épongé 86,79 milliards de FCFA de dettes. En 2025, les subventions publiques ont atteint 6,85 milliards de FCFA. Et pourtant, rien n'y fait. Le diagnostic est sans appel : flotte insuffisante, locations coûteuses, aucune ligne rentable, plan de redressement en échec.

La question qui fâche : combien de temps encore l'État va-t-il alimenter ce gouffre financier ?

L'AUDIT QUI ACCABLE LES CHIFFRES CLÉS

L'audit de la Chambre des comptes de la Cour suprême, publié le 6 août 2026, porte sur la gestion de Camair-Co sur la période 2018-2023. Les chiffres sont édifiants :

- 15 ans sans bénéfice : depuis son lancement commercial, la compagnie n'a jamais dégagé de résultat positif.
- 53 milliards de pertes supplémentaires entre 2021 et 2023, venant s'ajouter à un passif déjà alarmant de 101,5 milliards FCFA en 2020.
- Pertes annuelles oscillant entre 13 et 16 milliards FCFA sur plusieurs exercices.
- Capitaux propres négatifs de 58 milliards FCFA à fin 2023.
- Aucune ligne rentable : aucune des dessertes exploitées par la compagnie ne génère de profits.
- Absence de plan de restructuration global, malgré l'instruction présidentielle de 2020.

« La gestion apparaît ainsi orientée vers le court terme, privilégiant la continuité des vols au détriment de la maîtrise des coûts et du rétablissement de l'équilibre financier », relève le rapport. Une stratégie qualifiée de « contraire aux intérêts de l'État actionnaire et de la compagnie ».

15 MILLIARDS DE LA PRÉSIDENCE UN GASPILLAGE EN BANDE ORGANISÉE

En 2020, une enveloppe présidentielle d'urgence de 15 milliards de FCFA a été débloquée pour tenter de sauver la compagnie. Le résultat ? Près de 14 milliards ont été consommés pour remettre en service seulement trois appareils.

Le milliard restant n'a pas permis de finaliser les travaux sur deux autres avions. Résultat : ces appareils sont restés bloqués dans les ateliers de maintenance en Éthiopie, continuant d'accumuler de lourdes charges d'assurance et d'amortissement sans jamais produire la moindre recette d'exploitation.

À titre d'exemple, l'un des Boeing 737-700 est resté immobilisé pendant plus de trois ans (de février 2019 à juillet 2022) avant de reprendre les airs. Une gestion qui confine à l'absurde.

LE PLAN DE REDRESSEMENT DE 2020 UNE PROMESSE NON TENUE

En juillet 2020, le chef de l'État Paul Biya avait donné une instruction claire : préparer un plan de restructuration, de relance et de développement de Camair-Co, avec à la clé l'ouverture de 51 % du capital à un partenaire stratégique privé.

Six ans plus tard, la Chambre des comptes constate que ce plan « n'a jamais été élaboré conformément aux instructions présidentielles ». Des actions ont certes été engagées, mais elles sont demeurées « partielles » et sans véritable cadre d'ensemble.

La compagnie affirme pour sa part qu'un important processus de restructuration a été enclenché dès 2021. Mais les chiffres parlent d'eux-mêmes : les pertes continuent, les capitaux propres restent négatifs, et aucune ligne n'est rentable.

POURQUOI CAMAIR-CO ÉCHOUE LÀ OÙ D'AUTRES RÉUSSISSENT

La comparaison avec d'autres transporteurs nationaux africains est instructive. Ethiopian Airlines, la référence continentale, a généré plus de 9 milliards de dollars de revenus. La compagnie éthiopienne a su se transformer en hub continental, diversifier ses activités et attirer des investisseurs.

Camair-Co, elle, reste prisonnière d'un modèle économique défaillant. Les coûts fixes (maintenance certifiée, assurances internationales, formation des équipages) sont considérables et ne s'amortissent qu'à condition de faire voler une flotte suffisamment large et régulièrement en état de vol.

Avec un nombre d'appareils chroniquement réduit, souvent partiellement cloués au sol, le coût unitaire d'exploitation de Camair-Co explose mécaniquement, la rendant structurellement incapable de rivaliser avec des opérateurs mieux dimensionnés.

LES SIGNES D'UN MIEUX RELATIF MAIS INSUFFISANT

Les derniers chiffres témoignent d'un mieux relatif : la perte nette s'est réduite à environ 4,65 milliards FCFA en 2025, contre 5,49 milliards en 2024 et plus de 13 milliards en 2022-2023. Le chiffre d'affaires progresse, porté par une activité commerciale plus soutenue.

Mais ce mieux conjoncturel ne change rien à l'équation structurelle : Camair-Co continue de dépendre de subventions d'exploitation et de recapitalisations répétées pour simplement survivre, avec des capitaux propres qui restent négatifs. Les dettes fiscales et sociales de la compagnie ont atteint près de 19,92 milliards de FCFA en 2025.

QUELLE ISSUE POUR CAMAIR-CO ?

La Chambre des comptes a formulé des recommandations pour tenter de sauver ce qui peut encore l'être. Parmi elles : la mise en œuvre effective d'un plan de restructuration global, l'assainissement des comptes, et la recherche d'un partenariat stratégique.

Mais l'histoire récente n'incite pas à l'optimisme. Deux plans présidentiels (2016 et 2020), deux séquences de sauvetage, et toujours la même difficulté à transformer les décisions en programme opérationnel. L'application stricte des réformes structurelles exigées par la Chambre des comptes apparaît désormais comme la seule issue pour éviter le crash définitif.

Une question demeure : l'État camerounais est-il prêt à laisser mourir sa compagnie nationale ou à continuer d'alimenter un gouffre sans fond ?

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