Cameroun - Dieudonné Essomba : « La santé de Biya nous concerne tous »
© Camer.be : Toto Jacques | 17 Aug 2026 15:02:05 | 446Dieudonné Essomba estime que la santé de Paul Biya n'est pas un sujet privé. Décryptage de ses déclarations choc sur Vision 4 et du débat sur la transparence présidentielle.
« Quelqu'un qui signe les décrets sur nous, comment on va fermer la bouche sur sa santé ? » En direct sur Vision 4, l'économiste Dieudonné Essomba a rouvert un débat que le pouvoir voudrait étouffer : celui de la transparence autour de l'état de santé du président Paul Biya.
« La santé de Biya a un impact fondamental sur nos vies »
Invité sur le plateau de Club d'Élites sur Vision 4, l'économiste et consultant international Dieudonné Essomba a tenu des propos qui ne manqueront pas de faire réagir. Alors que l'absence prolongée du président Paul Biya, 93 ans, suscite de plus en plus d'interrogations, Essomba a estimé que la santé du chef de l'État ne saurait être reléguée au rang de simple affaire privée.
« Nous ne sommes pas là pour entrer en conflit ou en débat avec la santé du chef de l'État », a-t-il d'abord nuancé. Avant d'ajouter, dans une formule qui a déjà fait le tour des réseaux sociaux : « On parle de la santé de Biya parce qu'il a un impact fondamental sur nos vies. »
Une déclaration qui replace le débat sur le terrain de la réalité politique. Car si la santé d'un citoyen ordinaire relève de la sphère privée, celle d'un chef d'État, qui signe les décrets, nomme les gouvernements et engage le pays sur la scène internationale, ne peut être traitée avec la même discrétion.
Le cœur de l'argumentation d'Essomba
L'économiste a poussé son raisonnement jusqu'à son terme logique : « Quelqu'un qui signe les décrets sur nous, comment on va fermer la bouche sur sa santé ? »
Cette question, en apparence simple, touche au cœur du contrat social qui lie un dirigeant à son peuple. Dans une république, la transparence n'est pas une option : c'est un fondement de la légitimité. Lorsque l'état de santé d'un président devient un secret d'État, c'est l'ensemble du système politique qui vacille.
Essomba ne s'est pas arrêté là. Il a également souligné que la question de la santé du président est indissociable de celle de la continuité de l'État. « Un pays ne peut pas fonctionner dans l'incertitude perpétuelle », a-t-il laissé entendre, appelant à une clarification sur la situation réelle du chef de l'État.
Un débat qui divise la classe politique
Les déclarations d'Essomba interviennent dans un contexte déjà tendu. Depuis le départ de Paul Biya pour l'Europe le 7 juin 2026, aucune image, aucune déclaration, aucune apparition publique du président n'a été diffusée. Le gouvernement se contente d'assurer qu'il « est en vie » et qu'il rentrera « très bientôt ».
Cette communication minimaliste a ouvert la brèche à toutes les spéculations. Sur les réseaux sociaux, les théories les plus folles circulent. Dans les salons politiques, on murmure. Et dans les médias, rares sont ceux qui osent poser la question qui fâche : où est vraiment Paul Biya ?
Dieudonné Essomba, lui, n'a pas hésité. En s'exprimant sur Vision 4, il a brisé une forme de tabou et relancé un débat que le pouvoir voudrait étouffer.
Santé présidentielle : entre secret médical et devoir de transparence
La question posée par Essomba en soulève une autre, plus large : jusqu'où va le droit à la vie privée d'un chef d'État ? Dans les démocraties occidentales, la transparence sur la santé des dirigeants est devenue la norme. Aux États-Unis, les présidents publient régulièrement des bilans de santé détaillés. En France, un suivi médical est assuré et des communiqués sont régulièrement diffusés.
Au Cameroun, le silence est la règle. Les précédentes absences de Paul Biya notamment en 2018, lorsqu'il avait passé plusieurs semaines en Europe avaient déjà suscité des interrogations. Mais jamais le mystère n'avait été aussi épais.
Pour Essomba, cette opacité n'est plus tenable. « Un État moderne ne peut pas fonctionner sur le régime de la rumeur », martèle-t-il. « Le peuple a le droit de savoir qui gouverne et dans quelles conditions. »
Les conséquences d'une absence prolongée
L'absence de Paul Biya n'est pas sans conséquences sur la vie politique et institutionnelle du Cameroun. Depuis l'élection présidentielle d'octobre 2025, aucun nouveau gouvernement n'a été nommé. Le poste de vice-président, créé par une réforme constitutionnelle en avril 2026, reste vacant.
Les décisions importantes semblent suspendues à un retour qui n'arrive pas. Et dans les coulisses, la guerre de succession fait rage entre le clan de Chantal Biya et celui de Franck Biya, le fils du président.
Dans ce contexte, l'appel à la transparence d'Essomba prend une résonance particulière. Il ne s'agit plus seulement de savoir si le président est malade. Il s'agit de savoir si l'État est encore en capacité de fonctionner normalement.
La réaction du pouvoir
Pour l'instant, le gouvernement n'a pas officiellement réagi aux déclarations d'Essomba. Le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, s'est contenté de rappeler que le président « est en vie » et qu'il rentrera « bientôt ».
Mais l'absence de démenti ou de précision sur les propos de l'économiste pourrait être interprétée comme un aveu de faiblesse. Car si Essomba a raison si la santé du président est bien un sujet public alors le silence du pouvoir devient intenable.
Un débat nécessaire
Au-delà de la polémique, les déclarations d'Essomba ont le mérite de poser une question de fond : dans une république, la transparence est-elle un luxe ou une nécessité ?
Pour l'économiste, la réponse est claire : « Le peuple a le droit de savoir. Pas par curiosité malsaine, mais parce que la santé du chef de l'État a un impact direct sur sa vie. »
Un message que les autorités camerounaises auront du mal à ignorer.
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