Cameroun - Kamdem accusé de manipuler l'évangile pour remplir son église
© Camer.be : Avec Thierry Biassi | 15 Aug 2026 16:19:44 | 546De retour d'exil après dix ans, le pasteur Dieunedort Kamdem est accusé par une tribune virale de manipuler la peur des Camerounais sur la santé du président Paul Biya pour remplir ses églises; une pratique qualifiée d'« indécente » et de « manipulation spirituelle ».
La scène est digne d'un mauvais film. Un pasteur, de retour au pays après dix ans d'absence, monte sur scène et lance : « Nous allons prier pour le retour du chef de l'État parce qu'il y a des gens qui disent qu'il ne reviendra plus. »
En quelques secondes, la panique s'installe. Les fidèles s'inquiètent. Les réseaux sociaux s'enflamment. Et les offrandes dit-on pleuvent.
Mais derrière cette prière se cache une question qui dérange : le pasteur Dieunedort Kamdem est-il en train de transformer la santé du président en outil de croissance pour son église ?
Un retour d'exil très médiatisé
Le 13 juillet 2026, le pasteur Dieunedort Kamdem atterrit à l'aéroport international de Yaoundé-Nsimalen. Après dix ans d'absence, il est de retour. Son exil avait débuté en 2016, précipité par des accusations d'escroquerie financière liées à une entreprise de placement d'argent en Côte d'Ivoire. Installé au Canada puis en Côte d'Ivoire, il a finalement été innocenté par les juridictions ivoiriennes.
Son retour est soigneusement mis en scène. Une fois sorti de l'aéroport, l'homme se prosterne de tout son long et baise le sol camerounais. La vidéo devient virale. Le « Général de Dieu » est de retour.
Mais à peine a-t-il posé le pied sur le sol camerounais qu'il multiplie les sorties médiatiques. Le 26 juillet, il déclare sur Actualité 1 que Paul Biya quittera le pouvoir, désignant Cabral Libii comme son successeur. Une prophétie politique qui met le feu aux poudres.
Quelques jours plus tard, une autre déclaration fait bondir une partie de l'opinion. Cette fois, il ne s'agit plus de politique, mais de santé. Il appelle à prier pour le retour du président, évoquant des rumeurs sur son état de santé.
« Paul Biya va quitter le pouvoir, comme Ahidjo l'avait fait. J'ai l'impression qu'après son départ, on va le regretter […] Après Paul Biya, le meilleur candidat sera Cabral Libii. »
La tribune qui a tout changé
C'est Thierry Biassi qui a mis les pieds dans le plat. Dans une tribune devenue virale, il écrit :
« Monsieur le Pasteur, avec tout le respect dû à la soutane : Arrêtez. »
Et il détaille ce qui dérange :
« Prier pour les autorités, oui. C'est biblique. Mais transformer "l'absence du Président" en argument pour remplir ton église ? C'est comme utiliser le deuil d'une famille pour vendre des tickets. C'est indécent. »
L'accusation est claire : le pasteur Kamdem utiliserait la peur des Camerounais sur la santé du chef de l'État pour remplir ses églises et récolter les offrandes.
Quand la peur devient une stratégie marketing
« Il y a des gens qui disent qu'il ne reviendra plus. »
Cette phrase, prononcée par le pasteur, est au cœur de la polémique. Biassi interpelle :
« Qui sont ces gens s'il te plaît Monsieur le Pasteur ? Vous avez leurs noms ? Non. Vous n'avez que la rumeur. »
Dans un pays comme le Cameroun, où l'état de santé du président Paul Biya est un sujet ultrasensible, évoquer son absence, c'est allumer une mèche. Parti de Yaoundé le 7 juin 2026 pour un « court séjour privé en Europe », le président âgé de 93 ans n'est toujours pas rentré. Le gouvernement a dû multiplier les démentis : « Le président est en vie... Il n'y a aucune vacance du pouvoir ! »
Biassi dénonce ce qu'il appelle une « manipulation spirituelle » :
« Vous créez la panique le dimanche pour récolter les offrandes. Appelons ça par son nom : De la manipulation spirituelle. »
Un passé judiciaire qui interroge
Ce n'est pas la première fois que le pasteur Kamdem est accusé de pratiques douteuses. Fondateur de la « Cathédrale de la Foi » à Yaoundé, il est à la tête d'une véritable holding spirituelle et médiatique : quatre stations de radio, un journal, une chaîne de télévision, une école de formation de pasteurs.
En 2017, il avait incité près de 250 à 300 fidèles à placer des fonds dans une société de placement, promettant des rendements alléchants. Un avis de recherche avait été lancé contre lui.
Le pasteur est aujourd'hui de retour, blanchi par la justice ivoirienne. Mais les observateurs restent prudents. Sa propension à mêler foi et argent, spiritualité et marketing, est régulièrement pointée du doigt.
« La vie d'un homme n'est pas un outil d'évangélisation »
Au-delà de la personne du pasteur Kamdem, c'est une pratique plus large que dénonce Thierry Biassi :
« Le Chef de l'État incarne le Cameroun. Point. Qu'on soit pour ou contre, sa vie ne peut pas devenir un thème de prédication pour faire le buzz sur Facebook. Demain si c'est la santé de votre mère qu'on commente sur TikTok pour avoir des vues, vous allez aimer ? »
L'appel est clair : la foi ne doit pas être utilisée comme un instrument de manipulation.
« Si Dieu vous a vraiment parlé, allez prier dans votre chambre comme Jésus l'a dit. Ne venez pas nous faire du "breaking news prophétique" à chaque culte. »
Et Biassi de conclure, dans une formule qui résume l'essentiel :
« La vie d'un homme n'est pas un outil d'évangélisation. Et la peur du peuple n'est pas une stratégie de croissance d'église. »
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
#Cameroun #PasteurKamdem #PaulBiya #Manipulation #FoiLire aussi
- Kamdem accusé de manipuler l'évangile pour remplir son église
- Jeûne de 40 jours : un pasteur meurt à Sangmélima
- « Lâchez les prêtres ! » : l'appel choc de Mgr Bibi
- Mgr Francis Teke Lysinge : le premier évêque de Mamfe est mort
- Briser les alliances sataniques le dragon la bête et le faux prophète : le Rev. Paul ZANG édifie
LE DéBAT
- Afrique -Débat: Pourquoi la crise anglophone persiste au Cameroun?
- Divorces dans la diaspora camerounaise en Europe : explications ?
- Quand est-ce les Camerounais prendront enfin leurs responsabilités pour la gestion de leur équipe?
- Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
- Canada - Cameroun, Liberté de manifestation partisane au Cameroun : Encore une incurie liberticide de Biya Paul ?
POINT DU DROIT
- La problématique du changement de nom en droit comparé
- Les étapes et les frais de procédure du morcellement d'un terrain au Cameroun
- L'obtention d'un titre foncier au Cameroun à l'issue d'une vente de terrain
- Le jugement supplétif de rectification d'acte de naissance au Cameroun
- La procédure d'achat d'un terrain titré dans la ville de Yaoundé
partenaire
Vidéo de la semaine
Nadine de Liège: Retour triomphal à Lille Août 2026
Flore de Lille prépare son 06 Novembre 2026 à Sarcelles près de Paris
TEETY TEZANO à STRASBOURG Juillet 2026
AZIZ MOUNDE: HOMMAGE A ALAIN LE MIGNON
GASTON KELMAN décrypte NDAP BIKOKOO à Paris
Vidéo
Jeunesse engagée : retour sur la finale du Challenge PDF à Bruxelles
WILFRIED EKANGA À BRUXELLES : Il explique les objectifs du PDF, du MRC et les défis à venir
Charlotte Dipanda en concert à Bruxelles : une soirée qui restera dans les mémoires
Charlotte Dipanda au Cirque Royal : une première historique pour la musique camerounaise
Assassinat d'Anicet Ekanè : les révélations de sa sœur
il y a une semaine
Cameroun - Carnet noir : Alain Malong, figure de l'industrie, n'est plus
Royaume-Uni - DJ Ballas: L’artiste-musicien qui assume son authenticité africaine
France - Plainte contre Paul Biya : la diaspora camerounaise saisit la justice française
Ambassade de France au Congo : une vidéo jugée raciste
Afrique - OLIGUI NGUEMA EN COTE D’IVOIRE ENTRE DIPLOMATIE COOPERATION ET PROXIMITE AVEC LA DIASPORA GABONAISE
il y a un mois
France - Deschamps : fin de règne amère après 14 ans
Cameroun - Nathalie Moudiki : l'épouse qui fait la loi à la SNH
Cameroun - Idriss Confiance MBE annonce un vaste programme d'appui à plus de 5 000 jeunes de la Mifi
Cameroun - Colonel Otoulou : « Ils ont planifié le meurtre »
France - Femmes Sawa en diaspora : un nouveau cercle d'influence pour conjuguer héritage culturel, entreprene
il y a un an