Cameroun : les élections de 2027 déjà mort-nées ?
© Camer.be : Paul Moutila | 15 Aug 2026 15:33:54 | 449Christian Ntimbane Bomo juge les élections municipales et législatives de 2027 « irréalistes ». Absence de Biya, budget exsangue : l'opposition tire la sonnette d'alarme.
Selon Christian Ntimbane Bomo, président du parti HÉRITAGE, les élections municipales et législatives prévues pour février 2027 ne pourront pas avoir lieu en l'état en raison de l'instabilité institutionnelle liée à l'absence prolongée de Paul Biya et d'un budget d'investissement exsangue.
Le constat est sans appel. Alors que les partis politiques s'activent déjà pour les prochaines échéances électorales, une voix s'élève pour crier au mirage.
« Tous ces partis politiques qui prétendent préparer actuellement les élections municipales et législatives sont dans le déni de la réalité, pourtant évidente, ou alors dans la distraction pure et simple. »
La sortie est cinglante. Elle émane de Christian Ntimbane Bomo, avocat, président exécutif du parti HÉRITAGE. Pour lui, la suite du processus électoral dépend de deux facteurs : la situation du président Paul Biya et les finances de l'État. Et sur ces deux points, le Cameroun serait loin d'être prêt.
Un constat politique : l'absence qui paralyse les institutions
Depuis le 7 juin 2026, Paul Biya, 93 ans, est en séjour privé en Europe. Un séjour qui s'allonge. Et qui alimente les rumeurs les plus folles sur son état de santé.
Pour Christian Ntimbane Bomo, cette absence prolongée pose un problème constitutionnel majeur. Il cite l'article premier de la Constitution, selon lequel « le siège des institutions est à Yaoundé », et affirme que « l'abandon de poste est dès lors caractérisé. Ce qui correspond en droit à la démission ».
Sa position est claire :
« Aucune élection ne sera programmée au Cameroun tant que l'institution de la présidence de la République du Cameroun ne sera pas stabilisée, à savoir Paul Biya rentré au pays en forme, ou un autre régime prenant le pouvoir. »
L'argument est imparable dans sa logique : comment organiser des élections lorsque le chef de l'État, garant des institutions, est lui-même absent du territoire ?
Un constat économique : le budget ne suit pas
Mais l'obstacle n'est pas seulement politique. Il est aussi et peut-être surtout financier.
Ntimbane Bomo avance un chiffre qui donne le vertige :
« Le budget du Cameroun 2026 ne permet pas de financer une élection pour début 2027. Jusqu'à date, le budget d'investissement n'est pas réellement engagé alors que nous sommes au mois d'août 2026. »
Selon ses sources, le Cameroun n'aurait engagé qu'environ 120 milliards FCFA d'investissement sur des prévisions budgétaires annuelles de plus de 2 000 milliards. Un gouffre.
Pour rappel, le budget de l'État pour 2026 s'élève à 8 816,4 milliards de FCFA en équilibre. Mais les finances publiques sont sous tension. Le pays dépense plus qu'il ne gagne et doit recourir à de nouveaux emprunts. La dette intérieure et extérieure est évaluée à près de 14 500 milliards de FCFA.
Dans ce contexte, organiser des élections à l'échelle nationale un coût estimé à plusieurs centaines de milliards relèverait de la gageure.
« Une vue de l'esprit » : la conclusion qui fâche
La conclusion de Christian Ntimbane Bomo est sans équivoque :
« L'organisation des élections municipales et législatives en 2027 relève en l'état d'une vue de l'esprit. »
Une déclaration qui sonne comme un coup de semonce adressé à la classe politique camerounaise. Mais aussi un appel à la lucidité.
Le contexte des reports successifs
Ces déclarations s'inscrivent dans un contexte de reports électoraux à répétition.
Le 10 février 2026, Paul Biya avait déjà annoncé un « réajustement » du calendrier électoral, invoquant « certaines contraintes impérieuses ». Les élections législatives et municipales, initialement prévues pour début 2026, avaient été repoussées.
Le mandat des députés a été prorogé jusqu'en février 2027. Celui des conseillers municipaux, élus en 2020, est également en cours de réexamen.
Autant de signaux qui, pour l'opposition, traduisent une volonté de maintenir le statu quo.
Les autres voix de l'opposition
Ntimbane Bomo n'est pas seul à tirer la sonnette d'alarme. Boutchouang Nghomsi Chanceline, présidente du Think Tank Cameroon Youth Economic Forum, souligne :
« L'organisation d'échéances électorales mobilise des ressources financières importantes. Dans un contexte marqué par des tensions sur le financement public, comme c'est le cas actuellement, l'État peut être amené à procéder à des arbitrages. »
Marie Flore Mboussi, femme politique, dénonce également la prolongation des mandats :
« On s'attendait à ce que le corps électoral soit convoqué d'ici le mois de mai. Et maintenant, une nouvelle loi a été introduite disant que le mandat des conseillers municipaux pouvait dorénavant être prorogé. »
L'enjeu : une crise de régime ?
Au-delà du simple report électoral, c'est la question de la continuité de l'État qui est posée. L'absence prolongée de Paul Biya 70 jours et plus interroge sur sa capacité à exercer pleinement ses fonctions.
Ntimbane Bomo a déjà soutenu que le Conseil constitutionnel peut constater la vacance à la présidence en raison de cette absence. Une position radicale qui le place au cœur du débat sur la succession.
Et si les élections de 2027 étaient tout simplement impossibles non pas par volonté politique, mais par nécessité institutionnelle et budgétaire ?
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