Le vide du pouvoir coûte cher au Cameroun
© Camer.be : Paul Moutila | 13 Aug 2026 11:03:17 | 415Parti pour un « court séjour » à Genève le 7 juin, Paul Biya n'a plus donné signe de vie depuis 65 jours. Les marchés obligataires camerounais enregistrent la pire performance d'Afrique, tandis que les investisseurs s'interrogent sur la succession du doyen des chefs d'État mondiaux.
Le Cameroun paie aujourd'hui le prix de l'absence de son président. Depuis que Paul Biya, 93 ans, a quitté Yaoundé pour Genève le 7 juin, les obligations camerounaises en dollars n'ont cessé de s'enfoncer. Elles affichent désormais la pire performance du continent africain. Les marchés ne croient plus au « court séjour ». Ils voient un vide du pouvoir. Et ils sanctionnent.
65 jours d'absence : un record qui affole les créanciers
Le 7 juin 2026, Paul Biya quittait Yaoundé pour un « court séjour privé en Europe », en compagnie de son épouse Chantal. Soixante-cinq jours plus tard, le président camerounais, âgé de 93 ans, n'est toujours pas rentré. C'est la plus longue absence de ses 44 ans de pouvoir, dépassant le précédent record de 49 jours établi à l'automne 2024.
Aucune apparition publique. Aucune image. Aucune date de retour. Juste un silence assourdissant qui, selon Bloomberg, pèse désormais lourdement sur l'économie du pays.
Les obligations camerounaises au plus bas depuis avril
Les chiffres sont sans appel. Depuis début juin, les obligations camerounaises libellées en dollars sont les plus mauvaises performances d'Afrique. Les rendements de la dette souveraine ont grimpé à leur plus haut niveau depuis avril.
Plus précisément :
- Les obligations à échéance 2033 ont vu leur rendement augmenter de 70 points de base, atteignant environ 9,5 %
- Les obligations à échéance 2031 ont enregistré une hausse de 50 points de base
- Les investisseurs à revenu fixe accumulent des pertes proches de 2 % depuis mi-juin
« Le Cameroun fait figure d'exception face à la tendance générale du continent », alerte James Kuate, fondateur de Qantara Asset Management, interrogé par Bloomberg.
Le paradoxe camerounais : l'exception qui inquiète
Pendant que les autres producteurs africains de pétrole : Gabon, Congo, Angola, Nigeria profitent de la hausse des cours pour resserrer leurs écarts de taux, le Cameroun s'enfonce. La raison ? L'absence prolongée du président ravive les incertitudes sur sa succession.
« Succession is the main risk », résume James Kuate. Le Cameroun, pays pétrolier aux réserves substantielles, voit sa prime de risque politique s'envoler.
Un risque de succession qui tétanise les marchés
À 93 ans, Paul Biya est le doyen des chefs d'État mondiaux. Son absence prolongée nourrit les spéculations sur son état de santé et sur l'avenir du régime.
La révision constitutionnelle d'avril 2026 a certes réintroduit le poste de vice-président, successeur constitutionnel du président. Mais aucune nomination n'a été effectuée à ce jour. Le poste reste vacant.
« Le plus grand risque, c'est ce à quoi ressemblera le Cameroun après Biya », confie un gestionnaire d'actifs cité par Bloomberg.
Le gouvernement tente de rassurer, les marchés doutent
Face à la pression, le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, a tenté de calmer les esprits sur RFI début août : « Le président est vivant et son retour est imminent ». Sans toutefois avancer la moindre date.
Les investisseurs ne sont pas dupes. Le gouvernement n'a pas non plus annoncé la formation du nouveau gouvernement, promise depuis décembre 2025.
Une levée de fonds menacée par l'incertitude
Cette défiance des marchés arrive au pire moment. Le Cameroun prépare une nouvelle émission obligataire d'environ 692 millions de dollars, à vocation environnementale et sociale, structurée avec l'appui de la Banque africaine de développement et d'autres institutions multilatérales.
Mais dans un contexte de défiance, lever des fonds à des taux raisonnables s'annonce compliqué. Les institutions multilatérales, aussi rassurantes soient-elles, ne pourront pas masquer l'incertitude politique qui pèse sur le pays.
L'opposition dénonce un vide du pouvoir
Dans l'opposition, le MRC de Maurice Kamto a publiquement demandé qui exerce réellement les fonctions présidentielles pendant cette absence. Une question légitime, alors que les décrets continuent d'être signés à distance, notamment un remaniement militaire d'ampleur.
Le paradoxe est saisissant : le président est absent, mais l'appareil d'État continue de fonctionner. Une situation intenable pour les investisseurs qui réclament de la visibilité.
Le contraste qui fait mal
Pendant que Paul Biya séjourne à Genève, dans son hôtel de luxe, les obligations camerounaises s'effondrent. Pendant que le président signe des décrets à distance, les rendements de la dette grimpent. Le contraste est brutal. Et il raconte l'état du Cameroun : un pays qui s'endort, un président qui s'éloigne, des marchés qui sanctionnent.
La question qui fâche
« Le président est vivant », assure le gouvernement. Mais depuis quand un chef d'État doit-il seulement être « vivant » pour rassurer les marchés ? Les investisseurs veulent des réponses. Ils veulent savoir qui gouverne. Ils veulent savoir qui succédera. Ils veulent savoir si leur argent est en sécurité.
Le paradoxe du pétrole
Le Cameroun est un pays pétrolier. Les autres producteurs africains voient leurs spreads se resserrer. Le Cameroun, lui, s'enfonce. La seule différence ? L'absence de son président. Un pays riche en ressources, mais pauvre en certitudes politiques. Voilà le paradoxe camerounais.
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
#Cameroun #PaulBiya #Économie #Obligations #InvestissementLire aussi
LE DéBAT
- Afrique -Débat: Pourquoi la crise anglophone persiste au Cameroun?
- Divorces dans la diaspora camerounaise en Europe : explications ?
- Quand est-ce les Camerounais prendront enfin leurs responsabilités pour la gestion de leur équipe?
- Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
- Canada - Cameroun, Liberté de manifestation partisane au Cameroun : Encore une incurie liberticide de Biya Paul ?
POINT DU DROIT
- La problématique du changement de nom en droit comparé
- Les étapes et les frais de procédure du morcellement d'un terrain au Cameroun
- L'obtention d'un titre foncier au Cameroun à l'issue d'une vente de terrain
- Le jugement supplétif de rectification d'acte de naissance au Cameroun
- La procédure d'achat d'un terrain titré dans la ville de Yaoundé
partenaire
Vidéo de la semaine
Nadine de Liège: Retour triomphal à Lille Août 2026
Flore de Lille prépare son 06 Novembre 2026 à Sarcelles près de Paris
TEETY TEZANO à STRASBOURG Juillet 2026
AZIZ MOUNDE: HOMMAGE A ALAIN LE MIGNON
GASTON KELMAN décrypte NDAP BIKOKOO à Paris
Vidéo
Jeunesse engagée : retour sur la finale du Challenge PDF à Bruxelles
WILFRIED EKANGA À BRUXELLES : Il explique les objectifs du PDF, du MRC et les défis à venir
Charlotte Dipanda en concert à Bruxelles : une soirée qui restera dans les mémoires
Charlotte Dipanda au Cirque Royal : une première historique pour la musique camerounaise
Assassinat d'Anicet Ekanè : les révélations de sa sœur
il y a une semaine
Cameroun - Badjeck contre Effoudou : la réplique cinglante du colonel
Espagne - Des centaines de morts en Méditerranée: La réaction amère du Cercle Belgo-Africain pour la Promotion
Cameroun - Ngobo Olive, le nom qui ressurgit dans l'affaire Badjeck
Cameroun - Effoudou accuse Fouda de « général bandit »
Cameroun - Baume François jugé impropre par le LANACOME
il y a un mois
Cameroun - Collision au port de Douala : MV SEA HONOR et BLACK RHINO percutés
Cameroun - 700 millions de l'État, revendue 15 millions : le gâchis Telesud
France - Mathias Aubry-Rakowski : « Faire un livre, c'est comme faire un enfant »
Belgique - Marcel Tchangué:Il restera de toi des souvenirs inoubliables
Cameroun - Enfants fantômes : 35 milliards volés, pas de remboursement
il y a un an