Cameroun - Mono : « Les institutions sont acquises au RDPC »
© Camer.be : Paul Moutila | 12 Aug 2026 02:56:29 | 487Le politologue Aristide Mono, figure de la réflexion politique camerounaise, estime que l'opposition s'est enfermée dans une stratégie perdante en acceptant de jouer sur le terrain des institutions contrôlées par le RDPC. L'élection présidentielle de 2025, selon lui, était la dernière présomption de crédit accordée au régime.
Trente ans. C'est le temps que l'opposition camerounaise a passé à « jouer au rythme du RDPC », selon l'expression du Dr Aristide Mono. Trente ans à se présenter devant des institutions qu'elle sait acquises à la cause du parti au pouvoir. Trente ans à espérer une alternance qui ne vient jamais. Pour le politologue, l'élection présidentielle de 2025 était la dernière présomption de crédit accordée au régime de Paul Biya. L'heure est venue, pour l'opposition, de changer de terrain et d'inventer de nouvelles formes de lutte.
ARISTIDE MONO, LE « PÈRE DES EN-BAS D'EN-BAS »
Le Dr Aristide Mono est une figure incontournable du débat politique camerounais. Né en 1983 à Nkoldjama, ce politologue diplômé de l'Université de Yaoundé II est directeur du Cabinet de prestations intellectuelles la Société Camerounaise d'Intelligence et de Recherches. Il est également une voix médiatique influente, apparaissant régulièrement sur Canal 2 International et Équinoxe TV.
Ses analyses, souvent critiques, portent sur l'évaluation des politiques publiques et l'analyse des idéologies politiques. En janvier 2026, il a théorisé ce qu'il appelle la « Troisième Voix », une nouvelle philosophie des sociétés civiles des dictatures africaines, fondée sur une autonomie totale. C'est dans ce cadre qu'il exhorte l'opposition à repenser sa stratégie.
LE DIAGNOSTIC : JOUER SUR LE TERRAIN DE L'ADVERSAIRE
Le constat d'Aristide Mono est sans appel : l'opposition camerounaise s'est enfermée dans une impasse en acceptant de jouer sur le terrain des institutions contrôlées par le RDPC.
« Pendant 30 ans, on n'a fait que jouer au rythme du RDPC en allant devant ses institutions, mais pour quel résultat ? », interroge-t-il. Pour lui, la stratégie est vouée à l'échec tant que l'opposition continue d'accepter les règles fixées par le parti au pouvoir.
« C'est à l'opposition de créer aussi ses lieux de confrontation. C'est à elle d'imposer au RDPC le terrain d'affrontement, parce que si c'est pour continuer à aller jouer sur les terrains du RDPC, à savoir les institutions acquises à sa cause, vraiment, c'est peine perdue. »
Cette analyse rejoint celle d'Amedee Dimitri Touko Tom, qui estime que « le contexte n'est jamais apparu aussi favorable pour une alternance », mais que l'opposition apparaît « comme anesthésiée par des logiques partisanes ».
DES INSTITUTIONS AU SERVICE DU RDPC
Le diagnostic de Mono repose sur un constat : les institutions camerounaises, censées garantir l'équité du jeu démocratique, sont en réalité acquises à la cause du RDPC.
En novembre 2024, il dénonçait déjà une possible politisation d'Elecam et du Conseil constitutionnel. « Ceux qui dirigent Elecam et le Conseil constitutionnel sont des militants sans carte du RDPC », affirmait-il. Ces institutions, censées être neutres, seraient sous l'influence du parti au pouvoir.
Ce verrouillage institutionnel rend l'alternance par les urnes quasiment impossible. L'année 2025 devait être celle de l'alternance démocratique au Cameroun, selon Mono. Elle s'est achevée « dans le sang et la désillusion ».
2025 : LA DERNIÈRE PRÉSOMPTION DE CRÉDIT
Pour Aristide Mono, l'élection présidentielle de 2025 marque un tournant décisif. « Pour nous autres, l'élection de 2025 était la dernière présomption de crédit qu'on accordait au RDPC comme ça. »
Paul Biya a été réélu avec 53,66 % des suffrages pour un huitième mandat consécutif. Son principal rival, Issa Tchiroma Bakary, a revendiqué la victoire, mais le Conseil constitutionnel a validé la réélection du président sortant.
Pour Mono, cette élection a démontré que la voie des urnes est « morte sous l'actuelle gouvernance ». Désormais, l'opposition doit tirer les leçons de cet échec et inventer de nouvelles méthodes.
LA « TROISIÈME VOIX » : UNE NOUVELLE PHILOSOPHIE DE LUTTE
Face à ce constat d'échec, Aristide Mono propose une alternative : la « Troisième Voix ». Cette approche, qu'il a consignée dans son dernier ouvrage, se distingue par son autonomie totale.
« Pas de financement d'ONG, pas d'appui de chancelleries étrangères, pas d'allégeance à un parti politique », résume-t-il. « Nous avons prouvé que nous pouvions mener une lutte politique autonome », se félicite-t-il, revendiquant cette indépendance comme une victoire en soi face au système.
Cette approche s'inscrit dans une réflexion plus large sur la nature du mouvement d'opposition au Cameroun. Mono appelle à transcender les divisions traditionnelles de la politique camerounaise pour dépasser les clivages partisans, ethniques et régionalistes.
L'EXIGENCE D'UNITÉ ET D'AUTOCRITIQUE
L'un des points forts du message d'Aristide Mono concerne la capacité du mouvement à transcender les divisions traditionnelles. Après la disqualification de Maurice Kamto, le ralliement à Issa Tchiroma a démontré que « notre combat dépasse les individus, les partis ou les ethnies ».
Cette union sacrée autour de l'objectif prioritaire la défaite de Paul Biya a permis de mettre « de côté les considérations partisanes, ethniques, régionalistes et ethnolinguistiques ».
Mais Mono appelle aussi à l'autocritique. « En soldats de la liberté, faisons notre introspection. Prenons le temps de tirer les leçons de 2025 et revoyons nos stratégies de lutte en 2026 », exhorte-t-il.
LES DÉFIS DE L'OPPOSITION
Malgré ce constat d'échec, Aristide Mono reste optimiste. « Notre moral est resté inébranlable : Biya et ses gens ne pourront jamais vaincre notre détermination », affirme-t-il.
Mais les défis sont immenses. L'opposition est fragmentée, et les logiques partisanes l'emportent souvent sur l'intérêt général. Le RDPC, de son côté, a verrouillé le système autour de lui, rendant toute alternance « constamment piégée ».
Mono pose une question dérangeante aux forces de l'opposition : « Étions-nous prêts à sacrifier nos vies pour lui éviter une mort similaire à celle infligée à Anicet Ekané ou une prison à perpétuité ? » Son mot d'ordre est clair : « Arrêtons de sacrifier nos Généraux ! »
UNE NOUVELLE ÈRE POUR L'OPPOSITION ?
Les analyses du Dr Aristide Mono offrent une grille de lecture saisissante de l'impasse politique camerounaise. Trente ans de jeu sur le terrain de l'adversaire ont conduit l'opposition dans une impasse. L'élection de 2025, selon lui, devait être la dernière présomption de crédit accordée au RDPC.
L'heure est venue pour l'opposition de créer ses propres lieux de confrontation, d'imposer au pouvoir ses propres règles, d'inventer une nouvelle forme de lutte. La « Troisième Voix » théorisée par Mono est une piste. Mais elle exige une unité et une autonomie que l'opposition peine encore à construire.
Une chose est certaine : le débat sur l'alternance est ouvert. Et il ne se jouera plus sur le terrain des institutions verrouillées.
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
#Cameroun #Alternance #AristideMono #RDPC #PolitiqueLire aussi
- Mono : « Les institutions sont acquises au RDPC »
- 7 ans sans Conseil des ministres : le Cameroun en errance
- DISSIPATION DE LA CONFUSION ENTRE LE SUBJONCTIF IMPARFAIT ET LE SUBJONCTIF PLUS-QUE-PARFAIT
- Michel Ange Angouing : « La vérité affranchit »
- Paul Biya K.O : et maintenant, on fait quoi ?
LE DéBAT
- Afrique -Débat: Pourquoi la crise anglophone persiste au Cameroun?
- Divorces dans la diaspora camerounaise en Europe : explications ?
- Quand est-ce les Camerounais prendront enfin leurs responsabilités pour la gestion de leur équipe?
- Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ?
- Canada - Cameroun, Liberté de manifestation partisane au Cameroun : Encore une incurie liberticide de Biya Paul ?
POINT DU DROIT
- La problématique du changement de nom en droit comparé
- Les étapes et les frais de procédure du morcellement d'un terrain au Cameroun
- L'obtention d'un titre foncier au Cameroun à l'issue d'une vente de terrain
- Le jugement supplétif de rectification d'acte de naissance au Cameroun
- La procédure d'achat d'un terrain titré dans la ville de Yaoundé
partenaire
Vidéo de la semaine
Nadine de Liège: Retour triomphal à Lille Août 2026
Flore de Lille prépare son 06 Novembre 2026 à Sarcelles près de Paris
TEETY TEZANO à STRASBOURG Juillet 2026
AZIZ MOUNDE: HOMMAGE A ALAIN LE MIGNON
GASTON KELMAN décrypte NDAP BIKOKOO à Paris
Vidéo
Jeunesse engagée : retour sur la finale du Challenge PDF à Bruxelles
WILFRIED EKANGA À BRUXELLES : Il explique les objectifs du PDF, du MRC et les défis à venir
Charlotte Dipanda en concert à Bruxelles : une soirée qui restera dans les mémoires
Charlotte Dipanda au Cirque Royal : une première historique pour la musique camerounaise
Assassinat d'Anicet Ekanè : les révélations de sa sœur
il y a une semaine
Côte D'ivoire - Hervé Renard de retour en Côte d'Ivoire : le sorcier blanc revient
Cameroun - Succession de Biya : le fils du président sur le trône ?
Biya absent, l'armée camerounaise se tribalise
Cameroun : Biya promeut un général à la tête de la Garde présidentielle
Cameroun : le naufrage silencieux des universités publiques
il y a un mois
États-Unis - Exécuté à 14 ans, innocenté 70 ans après : l'incroyable histoire de George
Cameroun - Compétence universelle : Tchiroma attaque Biya en Suisse
Me Sikati : « Le Cameroun a besoin d'un chef d'État présent »
Faux diplômes, faux pasteurs : le Cameroun s'invente
Ahidjo vs Biya : le Cameroun a perdu son âme
il y a un an