Cameroun - Succession Biya : Franck contre Ngoh Ngoh, la guerre des clans
© Camer.be : Avec JA | 09 Aug 2026 14:16:57 | 602Alors que Paul Biya, 93 ans, reste invisible depuis près de deux mois, la bataille pour sa succession fait rage à Yaoundé. Faux décrets présidentiels, manipulations médiatiques et rivalités entre clans : plongée dans les coulisses d'un régime qui s'accroche au pouvoir.
Le Cameroun retient son souffle. Depuis la réintroduction du poste de vice-président dans la Constitution, le pays attend toujours sa nomination. Une bombe à retardement institutionnelle, alors que Paul Biya, 93 ans au pouvoir depuis plus de 43 ans, n'est plus apparu en public depuis le 7 juin 2026. Dans ce vide, les clans s'affrontent, les faux décrets circulent, et les médias d'État deviennent des champs de bataille. Bienvenue dans la jungle politique de Yaoundé.
La guerre des clans : Frankistes contre Chantalistes
La question qui agite tous les esprits à Yaoundé est désormais formulée à voix basse : qui gouvernera après Paul Biya ? Deux camps s'affrontent en silence.
D'un côté, les « Frankistes ». Ce courant prête au président Biya l'intention de nommer son fils aîné, Franck Emmanuel Biya, au poste de vice-président. Une option qui ferait de la succession une affaire de famille. De l'autre, les « Chantalistes » la Première dame, Chantal Biya, pencherait pour un profil technocratique : Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence depuis quinze ans, véritable architecte de l'appareil d'État.
Cette rivalité oppose également deux hommes : Ferdinand Ngoh Ngoh et Samuel Mvondo Ayolo, directeur du cabinet civil. Deux géants qui se livrent une guerre d'influence larvée pour le contrôle du pouvoir.
Faux décrets : quand l'État bascule dans l'illusion
Le 12 juin 2026, un homme se présente au siège de la CRTV à Yaoundé. Dans une enveloppe : deux prétendus décrets présidentiels l'un nommant un vice-président, l'autre formant un nouveau gouvernement. Des sceaux officiels, une signature attribuée à Paul Biya. L'auteur du dépôt, Johann Sitchom, sera arrêté.
Mais l'affaire prend une tournure plus sombre. Selon Jeune Afrique, le nom d'Oswald Baboke, directeur adjoint du cabinet civil, apparaît dans une version du faux décret comme futur vice-président. Baboke nie toute implication, dénonçant un complot lié aux rivalités autour de la succession. Certaines sources sécuritaires évoquent désormais une tentative de « coup d'État institutionnel ».
La bataille des médias : CRTV contre PRC TV
La guerre des clans s'est déplacée sur le terrain médiatique. D'un côté, la CRTV, dirigée par Charles Ndongo, proche de Ferdinand Ngoh Ngoh. De l'autre, PRC TV, la chaîne de la présidence créée en 2022, placée sous l'autorité de Samuel Mvondo Ayolo.
Les tensions ont culminé autour du conflit entre Samuel Eto'o, président de la Fecafoot, et le ministre des Sports Narcisse Mouelle Kombi, proche de Ngoh Ngoh. Selon le récit, Ngoh Ngoh aurait demandé à Charles Ndongo de ne pas rendre publique la composition de l'équipe des Lions indomptables. Eto'o riposte en activant son réseau : Marie-Claire Nnana, directrice de Cameroon Tribune, divulgue la liste en invoquant un arbitrage présidentiel. Ferdinand Ngoh Ngoh voit rouge et réclame son limogeage. La patronne du quotidien gouvernemental conserve son poste grâce au soutien de la Première dame.
L'affaire Amougou Belinga : une ordonnance de libération « fictive »
En décembre 2023, les avocats des parties au procès Martinez Zogo sont convoqués en urgence au greffe du tribunal militaire. On leur remet une ordonnance de mise en liberté provisoire de Jean-Pierre Amougou Belinga, officiellement signée par le juge Sikati II Kamwo. L'espoir des proches de l'homme d'affaires est de courte durée : le ministère de la Défense affirme que l'ordonnance est un faux.
Les soutiens d'Amougou Belinga y voient la main de Ferdinand Ngoh Ngoh. Quelques mois plus tard, la présidence officialise le remplacement du juge Sikati II Kamwo. Le magistrat a-t-il payé le fait d'avoir rédigé l'ordonnance contestée ? Dans la jungle des clans et des « vrais-faux » documents, la vérité est bien difficile à trouver.
L'absence de Biya et le remaniement militaire
Paul Biya est à l'étranger depuis le 7 juin 2026 sa plus longue absence en 43 ans de pouvoir. Le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, a assuré sur RFI que le président « est en vie » et qu'il rentrera « très bientôt ».
Pendant ce temps, une série de décrets présidentiels a remanié en profondeur l'armée. Six nouveaux commandants territoriaux, cinq colonels promus au généralat. Surtout, le commandant de la Garde présidentielle, Raymond Jean Charles Beko'o Abondo, en poste depuis treize ans, est promu général de brigade tout en étant maintenu à la tête de l'unité une première depuis 1985.
Cette opération d'ampleur nourrit les rumeurs de coup d'État. Mais sa logique paraît défensive : sécuriser les casernes avant de régler la succession.
En attendant l'après-Biya
Le Cameroun a modifié sa Constitution pour organiser sereinement la transmission du pouvoir mais le poste clé demeure vacant. « Le successeur est censé être nommé par le président mais celui-ci ne l'a pas encore fait », constate un observateur.
Dans cette attente, les clans s'organisent. Ferdinand Ngoh Ngoh bénéficie du soutien de la Première dame et contrôle une partie des services de sécurité. Samuel Mvondo Ayolo, proche de la famille Biya, s'impose comme un organisateur hors pair. Et au centre, Paul Biya reste le maître du jeu ou ce qu'il en reste.
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