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Cameroun - Paul Biya K.O : et maintenant, on fait quoi ?

Le président Paul Biya, 93 ans, est absent du Cameroun depuis plus de deux mois. Comme un boxeur K.-O., il est au tapis. Ses accusateurs et les Camerounais doivent désormais passer du commentaire à l'action.

C'est le moment.

Comme dans un combat de boxe, Paul Biya est sur le tapis. Pendant quarante-trois ans, les coups sont partis de partout. Certains ont frappé au nom du peuple camerounais. D'autres en leur nom propre. Il y a eu ses propres enfants, ses propres créatures certains diraient ses monstres. Il y a eu ses adversaires politiques déclarés, les journalistes, les lanceurs d'alerte, les artistes, les activistes, les Camerounais anonymes.

Aujourd'hui, après quarante-trois ans de règne, le voilà enfin au sol.

Depuis le 7 juin 2026, Paul Biya a quitté le Cameroun pour ce qui avait été présenté comme un « court séjour privé en Europe ». Deux mois plus tard, il n'est toujours pas réapparu. À 93 ans, le plus vieux chef d'État du monde est introuvable. Et pendant ce temps, le Cameroun retient son souffle.

Le combat de quarante-trois ans

Paul Biya est au pouvoir depuis le 6 novembre 1982. Quarante-trois ans. Plus de quatre décennies pendant lesquelles le Cameroun a connu des hauts et des bas, des espoirs et des désillusions. Pendant toutes ces années, nombreux sont ceux qui ont tenté de le faire tomber.

Ses propres enfants politiques se sont retournés contre lui. Ses adversaires déclarés ont multiplié les offensives. Les journalistes d'investigation Boris Bertolt, N'zui Manto, Valsero, Rémy Ngono, Paul Chouta, Marie-Roger Biloa et tant d'autres ont enquêté, dénoncé, informé. Les artistes ont chanté la révolte. Les activistes ont manifesté. Les Camerounais anonymes, dans le secret de leurs foyers, ont rêvé de changement.

Pendant quarante-trois ans, chacun, à sa manière, a tenté de porter un coup. Qu'il s'agisse d'un coup pour le changement ou d'un coup bas.

Aujourd'hui, le voilà enfin au sol.

Le K.-O. de Paul Biya

Comme dans un combat de boxe, ses coachs et son staff se précipitent. Son épouse Chantal. Le personnel de la Présidence : SGPR, DCC, DCCA. Son parti, le RDPC. Son gouvernement, avec ses ministres et ses ministres d'État. Son armée : GP, BIR, DSP, forces de défense. Ses alliés étrangers français, israéliens et les autres. Tous essaient de le remettre debout.

Zéro. Le gars est K.-O.

Depuis le 7 juin 2026, Paul Biya est introuvable. Aucun déplacement, aucune image récente, aucune déclaration. Cinquante-huit jours, puis soixante, puis soixante et un jours d'absence. Le silence présidentiel est devenu un sujet de préoccupation nationale.

« Cela fait bientôt deux mois. Nous ne savons même pas si notre président est vivant ou non », confie un habitant de Yaoundé.

Pourtant, depuis Genève, il continue de signer des décrets et vient même de remanier l'armée. Une activité à distance qui ne trompe personne. Comme le souligne le politologue Cyrille Tchamba : « Après 58 jours d'absence sur le territoire national, il est normal que les Camerounais se demandent ce que cache cette situation. Le gouvernement donne une impression de cacophonie. Il existe une chape de plomb autour de la question de l'après-Biya, mais il est temps d'assumer ce débat ».

Ceux qui l'ont combattu sont aussi K.-O.

Pendant que celui que tout le monde voulait voir tomber est au sol, ceux qui passaient leur temps à le combattre semblent, eux aussi, K.-O.

Pire encore. Ceux qui, dans le secret de leurs maisons, rêvaient que les choses changent, mais que quarante-trois ans de peur ont rendus incapables d'agir, deviennent aujourd'hui les véritables adversaires de ce K.-O.

Habitués pendant quarante-trois ans à commenter plutôt qu'à agir, ils continuent à commenter. On commente le K.-O. d'un président qui ne voulait pas partir. Comme ils sentent que le temps du commentaire est terminé, ils décident de s'en prendre à celui qui aurait porté le dernier coup, le capitaine Effoudou.

Effoudou, le boxeur qui a porté le dernier coup

Le capitaine Kenneth Romuald Effoudou Awussi, ancien chef du bureau de renseignement de l'État-major particulier du président Paul Biya, a brisé trois ans de silence le 24 juillet 2026. Radié des cadres de l'armée le 13 mars 2024 et recherché pour « désertion en temps de paix », il a choisi l'exil européen pour livrer ses révélations.

Ses accusations sont explosives : il met en cause plusieurs hauts responsables camerounais, dont le colonel Didier Badjeck, qu'il qualifie de « prédateur sexuel ». Il évoque des tentatives de coup d'État, des complots au sommet de l'État, et une corruption généralisée.

Mais au lieu de voir que le champion est enfin au tapis, certains Camerounais s'attaquent à celui qui a porté le dernier coup. Comme si le problème était le boxeur qui a fait tomber le champion, et non le fait que le champion soit enfin au sol.

Ils ne voient pas ou refusent de voir que ce n'est plus le temps des petites querelles sur les réseaux sociaux, d'un tel contre un tel.

Le piège constitutionnel

Pendant que le Cameroun retient son souffle, une bombe à retardement institutionnelle est en place.

Le 4 avril 2026, le Parlement camerounais a approuvé une révision constitutionnelle réintroduisant le poste de vice-président de la République. Nommé par le président, il doit assurer la succession en cas de vacance du pouvoir. La réforme a été adoptée par 205 voix contre 16.

Mais à ce jour, le vice-président n'a pas encore été nommé.

Et c'est là que se situe le problème. Sous l'ancienne Constitution, en cas de vacance, c'était le président du Sénat qui assurait l'intérim. Avec la nouvelle Constitution, seul le vice-président peut saisir le Conseil constitutionnel pour faire constater la vacance du pouvoir. Mais si le vice-président n'a pas été nommé, qui saisit le Conseil constitutionnel ?

Un universitaire résume la situation : « Imaginez une vacance du pouvoir alors que le vice-président censé saisir le Conseil constitutionnel n'existe pas encore. La procédure est bloquée. Le pays peut sombrer dans une crise constitutionnelle ».

Pendant ce temps, l'administration est en veille. Les nominations, les arbitrages économiques, les ordonnances : tout est en attente de la signature présidentielle. Dans les ministères, on parle de « ralent i institutionnel ».

Le moment du Cameroun

En réalité, ils voient très bien ce qui se passe. Mais cette mauvaise habitude camerounaise de toujours chercher la polémique les pousse à fuir le moment historique qui se présente sous les yeux du monde entier.

C'est le moment.

Le moment du Cameroun. Le moment de changer enfin ce pays. Le moment où le rêve de la majorité captive peut enfin devenir réalité.

Pendant des années, il fallait parler pour sensibiliser. Il fallait écrire. Filmer. Enquêter. Dénoncer. Informer. Cette phase était nécessaire. Elle a produit son effet.

Aujourd'hui, la cible est au sol. Pourquoi continuer à faire exactement ce que l'on faisait avant ?

Ceux qui écoutaient ont compris. Ceux qui ont lu et relu savent maintenant. Ceux qui ont regardé et partagé n'ignorent plus rien.

La question n'est plus : Où est Paul Biya ? On le cherche pour le ramener où ? À 93 ans ?

La vraie question est désormais : On fait quoi ? Comment passe-t-on du statut de commentateur à celui d'acteur ?

De l'école des commentateurs à l'école de l'action

Hier, il fallait convaincre. Aujourd'hui, il faut agir.

Hier, il fallait dénoncer. Aujourd'hui, il faut décider.

Hier, il fallait attendre le moment. Aujourd'hui, c'est le moment.

Et vous voulez encore commenter quoi ?

Après l'école des influenceurs, des chroniqueurs, des commentateurs, des likeurs… nous entrons dans une nouvelle école. L'école où il va falloir apprendre à transformer ce K.-O. de Paul Biya en victoire.

Pas la victoire d'un clan. Pas celle d'une tribu. Pas celle d'une région. Pas celle d'une élite. Mais la victoire de tout le peuple camerounais.

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#Cameroun #PaulBiya #Transition #Effoudou #PolitiqueCameroun

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