Où est Paul Biya ? Le Cameroun crie, mais que veut-il ?
© Camer.be : Paul Moutila | 01 Aug 2026 14:50:56 | 361Paul Biya est absent du Cameroun depuis 54 jours. Mais au-delà de cette absence, c'est l'avenir du pays qui est en jeu.
Alors que le président Paul Biya, 93 ans, bat un record d'absence hors du Cameroun, une question plus profonde émerge : que voulons-nous vraiment pour notre pays ? La réponse conditionne l'avenir de la nation.
« Où est Paul Biya ? » Le cri roule sur les réseaux sociaux, enflamme les débats à Yaoundé, inquiète les diplomaties étrangères. Mais si cette question est légitime, elle en cache une autre, bien plus essentielle : que voulons-nous vraiment de lui ? La disparition médiatique d'un homme, aussi âgé soit-il, ne saurait résumer les maux d'un pays. La cherté de la vie, le chômage des jeunes, la crise anglophone, la corruption endémique… autant de fissures qui traversent la digue camerounaise. L'absence de Biya n'est qu'un symptôme. Le diagnostic est ailleurs.
54 jours et toujours pas de retour
Parti le 7 juin 2026 pour ce qui avait été présenté comme un « court séjour privé en Europe », le président camerounais Paul Biya n'est toujours pas rentré à Yaoundé. 54 jours se sont écoulés. Un record. Plus longue que toutes ses précédentes absences, cette traversée du désert médiatique a provoqué une onde de choc dans tout le pays.
Le gouvernement, lui, tente tant bien que mal de rassurer. Le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, affirme que le chef de l'État est en bonne santé et qu'il « travaille depuis Genève ». Le ministre d'État Jacques Fame Ndongo, porte-parole du parti au pouvoir, assure qu'« il n'y a aucune vacance de pouvoir au sommet de l'État ».
Mais ces déclarations officielles peinent à convaincre une population qui ne voit plus son président depuis des semaines.
Un vide juridique et politique
L'absence prolongée de Paul Biya a relancé le débat sur la continuité de l'État. Le député d'opposition Jean-Michel Nintcheu a saisi le Conseil constitutionnel pour qu'il constate la vacance du pouvoir.
L'Union démocratique du Cameroun (UDC) s'interroge sur l'exercice effectif des responsabilités présidentielles, d'autant que le poste de vice-président, réintroduit dans la Constitution en avril 2026, demeure vacant.
Le MRC, parti de Maurice Kamto, ironise sur un « Cameroun gouverné en télétravail clandestin ». Son vice-président, Mamadou Mota, dénonce un « exil de fait » qui crée un « vide institutionnel criant ».
Mais le problème est-il vraiment l'absence ?
Le texte source pose une question dérangeante : si Paul Biya apparaissait demain, qu'est-ce qui changerait vraiment ?
- Le prix des denrées de base baisserait-il ?
- Les jeunes trouveraient-ils soudainement du travail ?
- La crise anglophone disparaîtrait-elle ?
- La corruption cesserait-elle ?
- Le Cameroun se réveillerait-il comme un pays différent ?
La réponse est évidente : non. L'absence de Biya n'est qu'un révélateur, un accélérateur d'un malaise bien plus profond.
Le Cameroun de 2026 : un pays à la dérive
Les indicateurs sont préoccupants. L'économie camerounaise, pourtant première de la CEMAC, peine à créer des emplois pour une jeunesse qui représente les deux-tiers de la population. Le chômage, l'inflation et la dégradation des infrastructures publiques sont le quotidien de millions de Camerounais.
La crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest s'enlise, sans perspective de règlement politique. La corruption, endémique, ronge les institutions. La dette publique atteint des sommets. Les investisseurs internationaux, eux, regardent ailleurs.
Le système Biya à bout de souffle
« Le système Biya, à bout de souffle et fragilisé, tient toujours », écrivait Le Monde en octobre 2025. L'expression « tient toujours » est révélatrice. Le régime camerounais, après 44 ans de pouvoir, fonctionne sur l'inertie, sur les habitudes, sur la peur du vide.
Mais l'absence prolongée de son chef a ouvert une brèche. Les luttes de succession, les luttes d'influence, les rivalités entre clans autour du palais d'Étoudi sont désormais visibles.
La vraie question : que voulons-nous pour le Cameroun ?
Le texte source le formule avec justesse : la question n'est pas seulement « Où est Paul Biya ? » mais « Quel Cameroun demandons-nous, et que sommes-nous prêts à faire pour le construire ? »
La réponse engage chaque Camerounais. Car si l'absence de Biya peut être un symptôme, elle n'est pas la maladie. La maladie, c'est un système qui a épuisé ses ressources, une gouvernance qui a perdu le contact avec les réalités du pays, une classe politique qui pense davantage à ses intérêts qu'à l'intérêt général.
Que peut-on attendre du retour de Biya ?
Si Paul Biya revenait demain, il retrouverait un pays qui a changé. Les attentes sont immenses, les frustrations accumulées. Son retour, s'il n'est pas accompagné d'une véritable ouverture politique, d'un rééquilibrage institutionnel et d'une feuille de route claire pour l'avenir, ne serait qu'une rustine sur une digue déjà fissurée.
L'absence de Biya a posé une question que le régime évite depuis des années : le Cameroun peut-il encore être gouverné comme avant ?
Une opportunité ou un danger ?
Pour les uns, cette absence prolongée est une opportunité. Elle oblige à penser l'après-Biya, à envisager des mécanismes de transition, à réfléchir à la refondation de l'État.
Pour les autres, elle est un danger. Le vide institutionnel, les rivalités internes, l'incertitude politique peuvent déstabiliser un pays déjà fragilisé.
Dans les deux cas, le débat est lancé. Et il ne peut plus être refermé.
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