Cameroun - Paul Biya : trois signes qui annoncent la fin du règne
© Camer.be : Paul Moutila | 30 Jul 2026 10:46:49 | 386Déménagement de Brenda Biya, déclaration d'Owona sur un « CDI », retraite du général Tchemo : trois signes qui, conjugués à 52 jours d'absence de Paul Biya, alimentent les spéculations sur une transition.
Absent du Cameroun depuis le 7 juin 2026, le président Paul Biya cumule les signaux troublants : sa fille quitte l'hôtel InterContinental, son ministre le compare à un simple salarié, et le numéro deux de l'armée est mis à la retraite sans successeur désigné. Coïncidence ou scénario de transition ?
Le 7 juin 2026, Paul Biya quitte Yaoundé pour un « court séjour privé en Europe ». Cinquante-deux jours plus tard, le président de 93 ans n'est toujours pas rentré. Trois décisions, prises en son absence, nourrissent l'idée d'un spectre de fin de règne.
Le déménagement de Brenda Biya de l'hôtel InterContinental vers une résidence personnelle. L'assimilation du chef de l'État à un « travailleur en CDI » par Grégoire Owona, l'un de ses plus fervents zélateurs. La mise à la retraite du général Tchemo, numéro deux de l'armée, alors que son supérieur est absent. Trois signaux. Une même question : la transition est-elle en marche ?
52 jours d'absence : un record qui interroge
Parti le 7 juin 2026 pour la Suisse, Paul Biya n'a toujours pas regagné le Cameroun. Ce séjour bat tous les records de durée hors du territoire pour le chef de l'État, qui a pourtant l'habitude de longs séjours à l'étranger.
Mais cette fois, le contexte est différent. Le président, âgé de 93 ans, vient d'être réélu pour un huitième mandat en octobre 2025. Les défis sont nombreux : crises sécuritaires aux frontières, pression sociale grandissante, opinion publique critique.
Le gouvernement multiplie les versions contradictoires. Samuel Mvondo Ayolo, directeur du Cabinet civil, affirme que le président est en « très bonne santé » et qu'il « travaille » depuis la Suisse. Le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, assure que la continuité de l'État est garantie. Puis le ministre du Travail, Grégoire Owona, ajoute une couche : le président serait en « congé annuel » et pourrait s'absenter jusqu'à 80 jours.
Trois versions. Une seule réalité. Et une question qui fâche : qui dit vrai ?
Brenda Biya quitte l'hôtel InterContinental : un signal fort
Premier signe : le déménagement de Brenda Biya. La fille du président a quitté l'hôtel InterContinental de Genève, où elle vivait depuis près d'une décennie, pour s'installer dans une maison qu'elle aurait achetée.
Ce départ est loin d'être anodin. En Suisse, les familles présidentielles africaines en exil savent ce que signifie quitter les hôtels officiels pour une résidence privée. C'est souvent le premier pas vers une installation durable, loin du pouvoir. Le déménagement de Brenda Biya laisse penser que la santé du chef de l'État n'est plus si solide, et que la famille anticipe une éventuelle transition.
Grégoire Owona compare Paul Biya à un travailleur en CDI
Deuxième signe : la déclaration de Grégoire Owona. Le ministre du Travail et de la Sécurité sociale a qualifié Paul Biya de « fonctionnaire de la République », estimant que le président a droit à un congé annuel et pourrait s'absenter jusqu'à 80 jours, sous peine d'être considéré comme démissionnaire.
Jamais un membre du gouvernement n'avait osé placer le chef de l'État sous l'autorité du Code du travail. La sortie d'Owona, l'un des plus grands zélateurs de Paul Biya, est d'autant plus frappante. Elle montre que le « totem présidentiel » a perdu de sa mystique. Avec un Biya disposant d'une forme minimale, jamais Greg Owona n'aurait associé le président à un simple travailleur.
Le général Tchemo à la retraite : un vide au sommet de l'armée
Troisième signe, et non des moindres : la mise à la retraite du général Hector Marie Tchemo. Le 28 juillet 2026, un décret présidentiel a officialisé l'admission en deuxième section du numéro deux de l'armée camerounaise.
Le timing interroge. Le général Tchemo, 84 ans, était le « Major général » des armées, un poste clé qui coordonne l'administration et représente le chef d'état-major en son absence. Or son supérieur, le général René Claude Meka, 87 ans, est absent de la scène publique depuis plusieurs mois.
Pourquoi effectuer des mouvements au sommet de l'armée dans ce contexte de perturbation et de trouble au sommet de l'État ? La question est sur toutes les lèvres. Sans successeur désigné, ce départ laisse un vide dans un état-major où les généraux de division se comptent sur les doigts d'une main.
La conjugaison des trois signes : un scénario de transition ?
La coïncidence de ces trois événements déménagement de la fille, déclaration d'un ministre zélé, retraite d'un haut gradé nourrit les spéculations. Le présidium de Paul Biya tirerait-il à sa fin ?
Une certaine faction travaillerait déjà à baliser le chemin pour son remplacement. La révision constitutionnelle d'avril 2026, qui a réintroduit le poste de vice-président, est un indice supplémentaire. Un mécanisme de succession est désormais en place.
Mais la question démocratique demeure : de quel poids l'opposition et le peuple comptent-ils peser pour que cette transition emporte les aspirations et les changements souhaités par la majorité ?
Le problème du Cameroun n'est peut-être plus Paul Biya, qui a achevé sa mission de destruction, mais des Camerounais qui n'ont pas encore compris qu'il est temps de reprendre leur pays pour le reconstruire.
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