Belgique - Aïcha CAMIN NJIKAM Lorsqu’une vocation devient un chemin de vie.. pour soi et les autres…
© Correspondance : Serges Ngounga | 30 Jul 2026 01:15:37 | 270Rencontre et échange avec un coach international
Il faut parfois avoir le courage de renoncer à une vie qui semble réussie pour embrasser celle qui nous correspond vraiment. C'est le choix qu'a fait Aïcha CAMIN NJIKAM, il y a bientôt dix ans… Originaire du Cameroun et installée en France depuis une vingtaine d'années, cette native du pays bamoun occupait un poste de direction de la restauration au sein d'un grand groupe français, lorsqu'elle décida de tout remettre en question. Après la publication d’un livre programmatique, intitulé « Osez votre transition professionnelle par l'intelligence émotionnelle », publié en décembre 2019, elle avait posé les bases de sa nouvelle vie.
Dès lors, Aïcha décide de tourner une page importante de sa vie pour en écrire une nouvelle. Une histoire de transformation personnelle devenue une mission de vie. Coach de vie, coach professionnelle, auteure et conférencière internationale, Aïcha accompagne depuis quelques années des entrepreneurs, des dirigeants, des femmes et des hommes en quête de sens, aussi bien en Afrique, en Europe qu’en Amérique du Nord. Son parcours, nourri par ses propres défis, fait aujourd'hui d'elle une voix écoutée sur les questions de leadership, de développement personnel et d'accomplissement. Rencontre avec une femme qui a fait de sa propre métamorphose un levier pour transformer la vie des autres.
Vous avez un parcours riche et inspirant. Pour connaitre un peu votre parcours de vie, je sais que vous avez quitté un monde de confort assuré pour vous lancer dans l’accompagnement des autres… quel a été le déclic qui vous a amenée à devenir coach et à consacrer votre vie à l'accompagnement des autres ?
« Le déclic », c'est mon départ évident pour moi Seule en 2017. Mais ce départ n'a été qu'un point de bascule, le vrai travail a commencé après. Je me suis formée, j'ai été coachée, j'ai fait un travail thérapeutique sur moi-même, parce que je suis convaincue d'une chose : le travail commence par soi. Par la connaissance de ses propres valeurs, de la guérison de ses blessures, avant de vouloir accompagner qui que ce soit d'autre.
J'ai aussi voyagé, à la découverte de mes racines et du monde. Et c'est là qu'a eu lieu la vraie révélation : comprendre que j'avais une mission de vie particulière, la mienne, et pas celle qu'on m'avait dessinée. À partir du moment où cette mission est devenue évidente, tout s'est mis à couler avec une fluidité que je n'avais jamais connue avant les choses se sont alignées, et surtout, les bonnes rencontres sont arrivées, comme si elles m'attendaient déjà. C'est ça, le déclic : ce n'est pas un instant, c'est un chemin de la rupture jusqu'à l'évidence.
Avant de transformer la vie des autres, dans votre ouvrage paru en 2019, vous racontez votre propre transformation. Quels ont été les plus grands défis que vous avez dû surmonter et quelles leçons en avez-vous tirées, quelques années plus tard ?
J’ai eu plusieurs défis, et je ne les cache pas, parce qu'ils font partie de mon chemin. Le premier, c'est le défi financier. On part souvent avec une somme d'argent, mais si on n'a jamais appris à la gérer, la réalité est très compliquée. Il y a eu des moments où je me suis retrouvée sans savoir avec quoi acheter à manger et la honte de devoir demander. Ce n'est pas quelque chose qu'on raconte facilement, mais c'est la vérité de beaucoup de reconversions.
Le deuxième défi a été psychologique : le doute. Se demander si les autres n'avaient pas raison de s'inquiéter, la peur du regard extérieur, et surtout celui de la famille à qui j'avais fait des promesses. Porter ces attentes-là en même temps qu'on essaie de se réinventer, c'est un poids en soi.
Le troisième défi a été un gros coup dur au niveau de la santé, après le COVID, qui m'a obligée à me retirer seule pendant un an. J'ai voulu vivre cette épreuve seule, par amour pour mes proches — je ne voulais pas les inquiéter. J'en ai fait un défi personnel, que j'ai fini par gagner. Mais derrière ce succès, il y a eu beaucoup de solitude, et beaucoup de larmes. La leçon que j'en tire aujourd'hui : la transformation n'est jamais linéaire, et elle a un prix — financier, émotionnel, parfois physique. Mais chaque défi traversé seul, en silence, m'a construite. C'est cette solitude assumée qui, plus tard, m'a permis de comprendre profondément ceux que j'accompagne : je ne parle pas de théorie, je parle d'un chemin que j'ai vécu dans ma chair. »
"Ce sont les pensées qui façonnent la vie d'un Homme." écrivait Marc Aurèle, philosophe et empereur de la Rome Anique, qu’évoque cette phrase pour vous au regard de votre parcours de vie ?
Cette phrase, c'est littéralement la base de mon travail de coaching, et le cœur de ma méthode EFA (Être et faire pour Avoir). Tout part de la pensée. J'ai compris, dans mon propre cheminement, que la pensée est le socle de l'émotion pas l'inverse. C'est d'ailleurs ce qui a nourri mon livre : la conviction que pour changer sa vie, il suffit de changer sa perception. Et quand on change sa perception, la réalité elle-même change.
Je peux vous donner un exemple très concret. Quand j'ai créé ma marque de thé, mes pensées se limitaient encore à l'Europe, c'était mon horizon mental à ce moment-là. Le fait d'avoir un mentor m'a permis d'élargir cette pensée, d'avoir une vision monde. Et à partir du moment où ma pensée s'est élargie, ma réalité a suivi : aujourd'hui, je n'ai plus de limite. C'est exactement ce que dit Marc Aurèle, et c'est exactement ce que j'essaie de transmettre à ceux que j'accompagne : on ne change pas sa vie en changeant d'abord ses circonstances, on la change en changeant d'abord sa pensée. »
Y-a-t-il aujourd’hui, quelque chose que vous n’avez pas encore faite et que vous souhaitez faire au cours des 5 prochaines années ? Si oui, ce serait quoi ?
Oui. J'ai un rêve très concret : visiter 80 pays avant de quitter ce monde. Ce n'est pas juste une envie de voyage pour moi, chaque pays, c'est une rencontre, une culture, une leçon de plus sur ce que peut être une vie humaine. Mais au-delà de ce chiffre, ce que je veux vraiment, c'est partir en ayant accompli ma mission de vie, et en laissant ma famille heureuse. Les 80 pays, c'est le chemin. L'objectif, c'est d'avoir semé quelque chose qui compte, et d'avoir aimé et protégé ceux qui me sont chers jusqu'au bout.
Vous avez accompagné des leaders, des entrepreneurs et des professionnels en Afrique, en Amérique du Nord et en Europe. Quelles sont, selon vous, les qualités qui distinguent les leaders qui réussissent durablement ?
Après avoir accompagné des leaders en Afrique, en Europe et en Amérique du Nord, je remarque que les qualités qui font la vraie différence ne changent pas d'un continent à l'autre. Ce sont des qualités humaines, avant d'être des compétences de management. La première, c'est la conscience de soi. Les leaders qui durent sont ceux qui ont fait le travail sur eux-mêmes avant de vouloir diriger les autres, ils connaissent leurs valeurs, leurs déclencheurs émotionnels, leurs limites.
La deuxième, c'est la résilience pas l'absence d'échec, mais la capacité à traverser l'échec sans perdre le sens de leur mission. La troisième, c'est l'humilité de s'entourer. Aucun grand leader ne réussit seul : ceux qui durent savent s'entourer de mentors, de coachs, d'équipes plus compétentes qu'eux sur certains sujets, sans que leur ego en souffre. Et la quatrième, c'est la clarté de la vision savoir pourquoi on avance, au-delà du simple objectif de résultat. C'est cette vision-là qui les tient debout dans les moments difficiles, et qui inspire ceux qui les suivent. »
Vous êtes également auteure. En quoi l'écriture de votre ouvrage a-t-elle marqué une étape importante dans votre parcours personnel et professionnel ? Et à quand le prochain ouvrage qui pourrait résumer les méthodes pratiquées par vous ou encore accompagner plus de monde sans votre présence physique ?
C'est une question qui me fait sourire, parce qu'au départ, je disais moi-même que je n'étais pas écrivaine, et que ce livre serait le seul. Aujourd'hui, j'en suis à onze livres et guides ! (rires)
En réalité, l'écriture est devenue un outil pour moi avant d'être une vocation. Elle m'évitait de répéter sans cesse les mêmes choses à l'oral, elle m'a permis de poser noir sur blanc les fondations de ma méthode. Et puis, à un moment, je me suis dit : « et si j'avais su tout cela quand j'étais jeune ? » c'est cette question-là qui m'a poussée à écrire deux livres pour les enfants, pour que ces clés-là leur arrivent plus tôt qu'à moi.
Au fond, l'écriture est une thérapie pour moi. Chaque livre a été une étape de plus dans ma propre transformation, autant que dans celle de mes lecteurs. Mon dernier ouvrage, justement, s'adresse aux professionnels. Aujourd'hui, je forme les futurs coachs, et j'ai voulu transmettre cette expérience-là dans un livre pour que la méthode continue de vivre au-delà de mes accompagnements en direct. Et ce n'est pas terminé... à suivre ! »
Au fil de vos conférences et de vos accompagnements à travers plusieurs continents, y a-t-il une histoire ou une transformation qui vous a particulièrement marquée et qui illustre la puissance du coaching ?
Oui, il y en a une qui restera toujours pour moi une preuve vivante de ce que le coaching peut accomplir. C'est l'histoire d'un directeur d'entreprise que j'ai accompagné alors qu'il était littéralement au fond du gouffre au niveau personne et professionnel. Son entreprise était endetté. Pendant que mes équipes travaillaient avec lui sur le « Faire » parce qu'une entreprise doit continuer à avancer, on ne peut pas tout arrêter moi, je me concentrais sur l'« Être ». C'est le cœur de ma méthode EFA : avant de changer les chiffres, il faut changer l'homme qui les porte.
Mon livre sur les émotions m'a servi de point de départ pour ce travail. Ça a été deux années d'accompagnement, en profondeur, pas un coaching éclair. Et le résultat a dépassé tout ce qu'on pouvait imaginer : cette entreprise, partie de moins 20 000000 CFA, est aujourd'hui à 60 millions en 2 ans. Mais ce qui me touche le plus, ce n'est pas le chiffre. C'est que dernièrement, lors d'un voyage au Cameroun, il m'a encore remerciée. Des années après. C'est ça, la puissance du coaching : ce n'est pas un résultat ponctuel, c'est une transformation qui continue de porter ses fruits longtemps après qu'on a cessé de se voir chaque semaine. »
Le monde évolue rapidement et les défis personnels comme professionnels se multiplient. Quels conseils donneriez-vous aujourd'hui à une personne qui souhaite révéler son potentiel mais qui n'ose pas encore passer à l'action ?
Le premier conseil, c'est de ne pas attendre d'avoir éliminé la peur pour agir parce qu'elle ne disparaît jamais complètement. Moi-même, quand j'ai commencé, j'avais des doutes, la peur du regard des autres, de ma famille. Ce qui a tout changé, ce n'est pas l'absence de peur, c'est le fait d'avoir travaillé sur l'« Être » avant de me lancer dans le « Faire » c'est exactement ce que j'enseigne aujourd'hui dans ma méthode EFA.
Le deuxième conseil, c'est de ne jamais rester seul avec ses doutes. Je crois profondément à la philosophie UBUNTU : seul on va plus vite, ensemble on va plus loin. Un mentor, un coach, un accompagnement ça change tout, parce que ça vous donne un regard extérieur que vous n'avez jamais sur votre propre situation. Ça m'a personnellement permis de passer d'une vision limitée à une vision monde.
Et le troisième conseil, c'est de commencer petit, mais de commencer maintenant. Le potentiel ne se révèle pas dans la tête, il se révèle dans l'action. Une pensée claire, posée, suivie d'un premier pas même minuscule c'est déjà le début de la transformation. »
Lorsque vous regardez le chemin parcouru et celui qui reste à accomplir, quelle est la vision qui vous anime aujourd'hui, et quel héritage souhaitez-vous laisser à travers votre travail ?
« Quand je regarde le chemin parcouru, je vois une femme qui est partie de rien, qui a traversé la peur, le doute, la solitude et qui en a fait une force pour les autres. Ça, personne ne pourra me l'enlever.
Mais ce qui m'anime aujourd'hui va au-delà de mon propre accomplissement. Ma vision, c'est que la méthode EFA continue de vivre et de transformer des vies, même sans ma présence physique. C'est pour ça que je forme aujourd'hui les futurs coachs, que j'écris pour transmettre plutôt que pour répéter. Je ne veux pas être indispensable je veux être multipliable. C'est ça, pour moi, l'esprit UBUNTU : ce que j'ai reçu, je le transmets, pour qu'à leur tour, ceux que je forme le transmettent aussi.
L'héritage que je veux laisser, ce n'est pas mon nom, c'est un impact qui continue de se propager des vies transformées, des coachs formés qui transforment eux-mêmes d'autres vies, une méthode qui devient plus grande que moi. Et à titre plus personnel, je veux partir en ayant accompli ma mission de vie, et en laissant ma famille heureuse. Si j'arrive à ça, j'aurai réussi. »
Pour terminer si vous étiez un fruit, ce serait lequel et pourquoi ?
La mangue, sans hésiter ! C'est un fruit qui me ressemble : elle à mes racines, le soleil de l'Afrique en elle. Elle est douce et sucrée à l'extérieur, mais il faut parfois passer un noyau, une épreuve, pour aller jusqu'au cœur. Et surtout, la mangue voyage partout dans le monde tout en gardant son goût, son identité un peu comme moi.
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